02 n°91 sep/oct/nov 2019
02 n°91 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°91 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Zoo galerie

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 92

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : les frères Quistrebert.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 80 - 81  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
80 81
7 7 r e v i e w s 8 C’est certainement l’un des dix artistes les plus célèbres de la planète, il écume les grandes institutions et rares sont les médias qui ne lui ont pas consacré un portrait sur plusieurs colonnes  : Olafur Eliasson incarne depuis plusieurs années, à l’instar de son collègue Tomás Saraceno, un artiste profondément inscrit dans son époque et ses problématiques, cherchant dans son travail à sensibiliser le public sur les questions concernant l’avenir de la planète tout en conservant une formidable capacité d’innovation formelle. Le natif d’Islande représente une mutation bien réelle dans la perception qu’on a de l’artiste  : il y a peu de temps encore, on avait tendance à considérer ces derniers comme de doux rêveurs, n’ayant pas leur mot à dire au sujet des choses sérieuses — l’économie, les transports, la pollution, l’énergie atomique, le changement climatique, ces domaines étant réservés aux ingénieurs, aux experts ; les artistes étaient là pour égayer nos vies et orner nos salons (ce qu’il font encore par ailleurs…). Las, l’atome produit des tonnes de déchets indestructibles, les GAFAM nous volent nos infos, les constructeurs de voitures nous mentent sur la toxicité des gaz d’échappement, les marchands de pesticides empoisonnent les champs, les producteurs d’eau « minérale » pillent nos sources après que de toutes manières les nappes phréatiques aient été souillées par les précédents… Du coup, les choses commencent à s’inverser, ce n’est plus l’expert au service des multinationales qui produit de la « vérité », les poètes et les artistes propagent désormais des « vérités » largement aussi fiables que celles de ces experts parce que, justement, ils ne prétendent ni à « la vérité » ni à « l’objectivité ». Dans ce monde possédé par les multinationales et non plus dirigé par les peuples souverains, l’information est filtrée, orientée, euphémisée, pour ne pas effrayer le consommateur  : qui désormais est capable de mettre en branle les consciences ? Peut-être les artistes qui abordent les problèmes de notre époque sans moralisme excessif, sans catastrophisme et sans un spectacularisme qui risque de faire passer leur pratique du registre de l’attention juste au sensationnalisme, tout en restant conscients qu’il se doivent de réunir esthétique et non-littéralité du message. La voie est étroite. Rares sont ceux qui réussissent à concilier toutes ces attentes en proposant un art sexy. Eliasson y parvient quand il produit une série de photographies des glaciers de l’Islande de son enfance, nous faisant simplement constater par une sobre présentation que ces mêmes glaciers ont fondu, ou quand il apporte des blocs de glace en plein centre de Paris (Ice Watch Paris, 2015), les laissant disparaître par l’effet de la chaleur ambiante. Simple mais efficace  : comment marquer les esprits sans pour autant culpabiliser les consciences. Tout est affaire de perception et de réception  : chez Eliasson, cette dernière est primordiale, l’artiste cherche constamment à mettre en exergue les phénomènes de réception de l’œuvre et ceux de l’information (médiatique), un peu à la manière d’un Gustav Metzger dont il partage les préoccupations en matière d’écologie. La lumière est la première et la plus importante des informations  : sa transformation, sa diffraction, sa diffusion sont au cœur de sa pratique depuis The Weather Project, œuvre séminale qu’il déployait au centre de la Tate seize années plus tôt, illuminant le Turbine hall d’un soleil en miniature, pointant déjà la toute puissance de la lumière, origine de toute vie sur Terre mais indirectement responsable de la surchauffe actuelle si l’on considère que la combustion des matériaux fossiles n’est que l’ultime conséquence de la restitution de l’énergie solaire à l’atmosphère suite à la production de matière carbonée par la photosynthèse. Si l’exposition de 2019 — dont le titre « In Real Life » est déjà une sorte de critique larvée à l’encontre de la prégnance des réseaux que l’on dit sociaux — n’atteint pas la puissance du Weather Project qui restera comme une de ses installations les plus impactantes, Olafur Eliasson In Real Life par/by Patrice Joly Tate gallery, Londres, 11.07.2019 – 05.01.2020 Olafur Eliasson, Moss wall, 1994. Tate Modern, London, 2019. Courtesy Olafur Eliasson ; neugerriemschneider, Berlin ; Tanya Bonakdar Gallery, New York/Los Angeles. Photo  : Anders Sune Berg. 1994 Olafur Eliasson elle a le mérite de montrer une œuvre multiforme qui ressort à toutes les disciplines de l’art contemporain, mis à part peut-être la performance, et qui ne cesse d’élargir son champ d’investigation. Eliasson s’intéresse au design et à l’architecture et c’est par une vitrine accueillant une multitude de maquettes que débute l’exposition — il ne fait d’ailleurs pas que s’y intéresser puisque son studio a construit des pavillons bien réels — mais il est autant capable de renouveler radicalement l’esthétique de la fontaine publique (Waterfall, 2019) que de produire des lampes solaires rechargeables (Little Sun, 2012) ou d’installer une prolifération de lichens et de mousse qui colonise littéralement l’un des murs du musée, « tableau vivant » tactile et évolutif qui condense les préoccupations de l’artiste (Moss Wall, 1994). Comme de nombreux artistes de sa génération et de sa stature, Eliasson réunit un véritable think tank autour de sa personne étant en perpétuel recherche de nouveaux projets, et, si on peut lui faire le reproche d’être devenu le patron d’une petite entreprise et de faire du branding grâce à sa renommée, tout cela reste assez dérisoire en matière de promotion si l’on considère l’impact que peuvent avoir des expositions comme « The Weather Project » avec ses deux millions de visiteurs. L’un des rares bémols que l’on peut adresser à « In Real Life » mais qui n’est pas du fait de l’artiste, est que l’exposition manque un peu de respiration  : certaines pièces mériteraient de plus larges déploiements comme l’extraordinaire Big Bang Fountain qui se retrouve coincée dans une pièce exigüe ou encore cette fameuse traversée d’un brouillard coloré (Din blinde passager, 2010), un peu étriquée alors que l’on aimerait s’y perdre un peu plus complètement, comme dans « la vraie vie ».
7 7 r e v i e w s 9 Olafur Eliasson is undoubtedly one of the planet’s ten most famous artists, and a regular presence in the world’s major institutions ; rare, too, are the media which have not painted his portrait in several columns. For several years, like his colleague Tomás Saraceno, Eliasson has incarnated an artist deeply involved in his day and age and its issues, seeking in his work to familiarize the public with questions to do with the planet’s future, while boasting a tremendous capacity for formal innovation. This native Icelander represents a very real change in our perception of artists  : not so very long ago, we tended to consider such people as gentle dreamers, with not a lot to say about serious things—the economy, transport, pollution, nuclear energy, climate change and the like— which were the domain reserved for engineers and experts. Artists were there to brighten our lives and embellish our sitting rooms (something they are still doing, incidentally). Alas, the atom produces tons of indestructible waste, the GAFAM corporations steal our data, car manufacturers lie tous about the toxicity of exhaust fumes, pesticide dealers poison our fields, and « mineral » water producers plunder our springs once every manner of water table has been contaminated by their predecessors… All of a sudden, things are starting to shift the other way  : it is no longer the multinational-serving expert who is comingup with the « truth », but poets and artists who are now spreading « truths » which are every bit as reliable as the experts’versions because, it just so happens, they make no claimseither in terms of « truth » or in terms of « objectivity ». In this world which is in the hands of the multinationals and no longer run by sovereign peoples, information is filtered, rigged, and reduced to euphemisms so as not to frighten the consumer. Who, right now, is capable of jostling consciences ? Perhaps those artists who are broaching the issues of our time without too much moralizing, without alarmism and without resorting to spectacularism, which risks shifting their activities from the chord of appropriate attention to sensationalism, while remaining aware that they are bound to combine aesthetics with the non-literalness of the message. The path is a narrow one. Rare are those who manage to reconcile all these attempts by proposing a sexy art. Eliasson succeeds when he produces a series of photographs of Iceland’s glaciers which he knew as a boy, simply getting us to note, by way of a sober presentation, that these selfsame glaciers have now thawed, and when he takes blocks of ice into the middle of Paris (Ice Watch Paris, 2015), leaving them to vanish in the ambient warmth. Simple but effective ; how to mark minds but without making consciences feel guilty. Everything is a matter of perception and reception  : with Eliasson, this a. b. latter is quintessential ; the artist is constantly trying to highlight phenomena to do with the work’s reception, and with (media) information, a little like an artist such as Gustav Metzger, with whom he shares the same concerns with things ecological. Light is the first and most important item of information  : its transformation, its diffraction, and its diffusion lie at the heart of his praxis, ever since The Weather Project, a pivotal work which he presented in the middle of the Tate sixteen years ago, lightingup the Turbine hall with a miniature sun, already pinpointing the allpowerfulness of light, origin of all life on Earth, but indirectly responsible for the planet’s current excessive heat, if we reckon that the burning of fossil fuels is just the latest consequence of the reinstatement of solar energy in the atmosphere following the production of matter carbonated by photosynthesis. If the 2019 exhibition—whose title « In Real Life » is already a kind of embryonic criticism of the significance of the so-called ‘social’networks—does not achievethe power of The Weather Project, which willalways be one of his most impactful installations, it has the merit of showing a multi-facetted œuvre drawing on all the disciplines of contemporary art, with the possible exception of performance, and one which is forever enlarging its area of investigation. Eliasson is interested in design and architecture and the exhibition opens with a showcase housing a host of maquettes—not only is he « interested » but his studio has built several very real pavilions—, but he is just as capable of radically renewing the aesthetics of a public fountain (Waterfall, 2018) as producing rechargeable solar lamps (Little Sun, 2012) or installing a mass of lichens and mosses which literally colonize one of the museum’s walls, a tactile and evolving « tableau vivant » which condenses all the artist’s concerns (Moss Wall, 1994). Like many artists of his generation and stature, Eliasson gathers nothing less than a think-tank around his person, forever looking for new projects, and, if we might reproach him for having become the boss of a small business and getting involved with branding, because of his reputation, all this remains quite trivial in terms of promotion, if we consider the impact which exhibitions like « The Weather Project can have », with its two million visitors. One of the rare downsides that we can toss at « In Real Life », but which is not the artist’s doing, is the fact that the exhibition lacks a little breathing space  : some pieces would deserve larger exhibition areas, one such being the extraordinary Big Bang Fountain, which is squeezed into a cramped room, another that famous walk through a coloured fog (Din blinde passager, 2010), which is slightly skimpy, when one would like to get a bit more thoroughly lost in it, as in real life. a. Olafur Eliasson, Din blinde passager (Your blind passenger), 2010. Tate Modern, London, 2019. Courtesy Olafur Eliasson ; neugerriemschneider, Berlin ; Tanya Bonakdar Gallery, New York/Los Angeles. Photo  : Anders Sune Berg. 2010 Olafur Eliasson b. Olafur Eliasson, Big Bang Fountain, 2014. Moderna Museet, Stockholm 2015. Courtesy Olafur Eliasson ; neugerriemschneider, Berlin ; Tanya Bonakdar Gallery, New York/Los Angeles. Photo  : Anders Sune Berg. 2014 Olafur Eliasson



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


02 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 102 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 2-302 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 4-502 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 6-702 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 8-902 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 10-1102 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 12-1302 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 14-1502 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 16-1702 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 18-1902 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 20-2102 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 22-2302 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 24-2502 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 26-2702 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 28-2902 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 30-3102 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 32-3302 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 34-3502 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 36-3702 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 38-3902 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 40-4102 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 42-4302 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 44-4502 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 46-4702 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 48-4902 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 50-5102 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 52-5302 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 54-5502 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 56-5702 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 58-5902 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 60-6102 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 62-6302 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 64-6502 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 66-6702 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 68-6902 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 70-7102 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 72-7302 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 74-7502 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 76-7702 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 78-7902 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 80-8102 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 82-8302 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 84-8502 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 86-8702 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 88-8902 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 90-9102 numéro 91 sep/oct/nov 2019 Page 92