02 n°91 sep/oct/nov 2019
02 n°91 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°91 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Zoo galerie

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 92

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : les frères Quistrebert.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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7 Interview Ben Thorp Brown 0 Ben Thorp Brown — s’entretient avec Patrice Joly Ben Thorp Brown présente au Jeu de Paume une exposition en trois parties qui décline ses préoccupations en matière d’empathie, sentiment difficile à définir — à ne pas confondre avec la compassion — et qui semble avoir du mal à s’imposer dans un monde livré à des démons individualistes et plus tenté par les théories transhumanistes que par des réflexes d’entraide. La déroutante vidéo Cura produite dans le cadre du programme Satellite suit les déambulations d’une tortue dans la célèbre maison VDL de Richard Neutra, construite selon des principes portés par des préoccupations en matière d’empathie assez proches de celles de l’artiste. En tentant de redonner de la légitimité et de la force à une pensée de l’utopie à laquelle on oppose systématiquement l’irrationalisme de ses prérequis quand ce ne sont pas les arguments irréfragables du darwinisme, l’artiste démontre que les forces qui sous-tendent l’empathie reposent sur une autre vision de l’histoire, à base de collaboration (entre les hommes bien sûr mais aussi avec les animaux, le vivant, la nature, les choses) qui remet à plat certains fondamentaux que l’on peut rendre responsables de nombre de dysfonctionnements sociétaux. Comme toute pensée utopique cependant, cette dernière soulève de nombreux questionnements que nous avons essayé de mettre en lumière dans cet entretien. Il est fortement question d’architecture dans le film que vous présentez au Jeu de Paume, à travers la figure d’une tortue, animal représentatif de l’architecture s’il en est. Vous déplorez le fait que cette dernière n’offre plus cette possibilité d’interconnexion entre les humains qu’elle possédait autrefois lorsqu’elle était encore composée de matériaux naturels, poreux, et qu’elle s’est déplacée vers une fonction sécuritaire et de fait « cloisonnante » qui correspond aux profondes tendances individualistes de l’époque, bref, que les habitats sont devenus des sortes de coffres-forts pour humains. Cela ne vous empêche pas de défendre une vision plus empathique et de faire montre d’un grand optimisme, mais pensez-vous réellement que le futur sera plus favorable à l’endroit des habitants des grandes villes alors que les décennies à venir vont amener irrémédiablement une surconcentration de la population planétaire dans les grandes métropoles et, de fait, rendre plus difficile la mise en place de programme architecturaux plus respectueux du sensible, de l’interconnexion, de l’entraide, etc. ? Je pense que c’est une question de priorités qui s’enracine essentiellement dans celle de la manière dont nous voyons les autres. Nous avons récemment pu être témoins d’exemples assez extrêmes de la façon dont le monde construit et le monde naturel entrent en conflit, qu’il s’agisse d’incendies, de la hausse des températures, d’ouragans ou d’autres drames plus directement du fait des humains comme au niveau de la sécurité des bâtiments — la tour Grenfell, notamment —, ou la persistance dans l’utilisation de tuyaux de plombdans le réseau hydraulique dans des endroits comme Flynt, dans le Michigan (entre autres), qui cause d’importants problèmes de santé. Je considère qu’il s’agit là de phénomènes liés dans un monde qui perd de sa capacité à prendre soin les uns des autres et de lui-même. Pour chacun de ces exemples, nous pouvons désigner les causes spécifiques qui ont mené à ces scénarios, nous renvoyant souvent à des explications qui semblent hors de notre contrôle en tant qu’humains, cependant, cela m’intéressait aussi de spéculer sur un nouveau type d’empathie qui pourrait s’étendre entre les humains, le monde naturel et le monde des choses, modifiant le récit que nous nous racontons. J’ai essayé d’y parvenir par la fiction et j’ai imaginé un nouveau chapitre au mythe romain de la déesse Cura raconté du point de vue d’une tortue qui vit dans une maison d’architecte moderniste à Los Angeles, chapitre qui est une composante de mon projet L’Arcadia Center, une institution créée pour soutenir une communauté dans l’étude de ces questions. Vous voulez opposer un autre récit à celui que pointent certains auteurs transhumanistes comme Yuval Noah Harari qui mettent en avant le dépassement des limites biologiques de l’être humain par sa contamination par les technologies et les algorithmes, option qui selon vous met en danger notre propension à l’empathie et à la collaboration. Mais ne pensez-vous pas qu’il soit déjà trop tard, que le cyborg (pour reprendre l’expression de Donna Haraway) est déjà en nous et que nous sommes déjà largement prothétisés et algorithmisés ? Je pense que le récit dont je souhaite vraiment me démarquer est celui de la survie du plus fort que nous avons hérité de Darwin et qui a été utilisé
[Toutes les images/all the images] Ben Thorp Brown, Cura, 2019. Vidéo. Coproduction  : Jeu de Paume, Paris ; CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux ; Museo Amparo, Puebla. Ben Thorp Brown. 7 Interview Ben Thorp Brown 1



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