02 n°91 sep/oct/nov 2019
02 n°91 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°91 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Zoo galerie

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 92

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : les frères Quistrebert.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 Interview Sylvain Darrifourcq 0 MILESDAVISQUINTET !, Watchin’with, 16.11.2017. Biennale Némo, La Dynamo, Pantin. Sylvain Darrifourcq  : percussions ; Xavier Camarasa  : piano préparé/prepared piano ; Valentin Ceccaldi  : violoncelle/cello ; Jean-Pascal Retel  : effets vidéo/video effects. Extrait de la vidéo de Jean-Pascal Retel/Still from the video by Jean-Pascal Retel. Vous décrivez FIXIN comme une installation activée par une performance  : le langage est ici clairement passé du côté des arts visuels… FIXIN est un projet scénique intensément visuel. Je suis avant tout un musicien, d’abord même un instrumentiste, et donc catalogué comme tel ; faire ce pas de côté vers une production rattachée aux arts visuels supposait de trouver des partenaires, un soutien pour effectuer cette délocalisation. Avec le MILESDAVISQUINTET !, nous avions déjà proposé une création un peu hybride en collaboration avec Jean-Pascal Retel qui réalisait une appropriation visuelle de notre musique. Un vidéoprojecteur relié à nos instruments via des capteurs projetait sur nos corps des sortes de pixels blancs au rythme de nos pulsations, ou en contrepoint, et ces formes dévoilaient, au fur et à mesure de la performance, l’entièreté du plateau. Le projet avait été co-produit par l’Arcadi et présenté lors de Némo, la biennale d’arts numériques  : c’est à ce moment que j’avais senti que ce pas de côté devenait possible. Et, plus j’ai réuni de partenaires (en particulier le Théâtre de Vanves dont j’admire le travail de défricheur, le Cube, centre de création numérique d’Issy-les-Moulineaux et la Muse en Circuit, centre national de création musicale à Alfortville), plus j’ai pu débrider mon imagination et envisager une installation dans laquelle je jouerais. Ce processus a pris environ trois ans. D’autant que je n’avais jamais touché à l’informatique pour la musique. Je suis parti de zéro en ce qui concerne cet aspect-là et me suis entouré d’ingénieurs fantastiques qui sont aussi, et même avant tout, des artistes  : Nicolas Canot et Maxime Lance. Et donc, qu’est ce que FIXIN, plus précisément ? Fixin est donc une performance/installation immersive dans laquelle interagissent un musicien et une multitude de moteurs montés sur des toms de batterie. Le dispositif — sorte de prolongement de mon instrument (lui-même caché) conçu pour être entouré par le public — est relayé par une mise en lumière qui cache/dévoile/dialogue en contrepoint. L’univers sonore est minimaliste et industriel. Il s’agit d’éprouver le musicien dans son humanité. Jusqu’à quel point l’homme peut-il se transformer
4 Interview Sylvain Darrifourcq 1 en machine ? Quelle est l’influence de l’un sur l’autre ? Comme je le disais, pour composer, j’utilise le logiciel Abelton Live qui me permet d’envoyer des signaux MIDI dans un boîtier — spécialement conçu par Max Lance — qui transforme l’information et la transmet aux moteurs. Il intègre une carte microcontroleur Teensy (proche de l’Arduino), des transformateurs (MOSFET), une alimentation, des connexions USB, Ethernet, etc. J’ai choisi les moteurs (solénoïdes, vibreurs, moteurs DC, fader motorisé, électro-aimant…) en fonction de typologies de sons que j’avais en tête, et tous les objets sur les toms sont des objets que j’utilise dans ma pratique de batteur (coquetiers en acier, petits moteurs de sex toys, objets de récupération les plus divers). C’est ici que commence le jeu d’aller-retour avec la machine. Après des années de travail pour contraindre mon corps et mes gestes musicaux à devenir machiniques, je programme ces moteurs pour qu’il imitent ces mêmes gestes déjà « rééduqués ». Ils retournent à l’envoyeur en quelque sorte, mais chargés de spécificités humaines (micro-erreurs, irrégularité, etc.). Pour moi, c’est une sensation incroyable. Je peux en modifier la vitesse ainsi qu’une multitude de paramètres. Le fader par exemple… C’est un contrôleur de table de mixage monté à l’envers, un objet assez fragile, plein de petits crans à l’intérieur, c’est l’objet le plus complexe ici. Je lui ai attaché du papier de verre et cela ouvre tellement de possibilités sonores selon l’objet que je lui fais frotter ! L’électro-aimant, en attirant les billes, produit une espèce de synthèse granulaire acoustique  : il s’allume, il s’éteint, les billes s’y collent et s’en décollent en permanence ; là encore, c’est un rapport on/off. Il y a aussi les vibreurs dont je me sers comme des basslines. Il y a plein de rapports à explorer entre eux  : la force que je leur donne, la tension de la peau au-dessus, la tension de la peau au-dessous et l’acoustique de la salle. Et c’est chaque fois différent car les fréquences qui résonnent naturellement dans un lieu ne sont jamais les mêmes. Et tout sera apparent, il n’y aura pas de boîtier pour dissimuler les choses ? Au début j’avais pensé à cela mais comme les objets ajoutés sur les toms sont ceux avec lesquels je pratique habituellement, ils ne peuvent pas être trop proprets. Il fallait que cela reste cohérent, la partie installation ne peut pas être trop soignée par rapport à la batterie sur laquelle je jouerai sinon j’en serai comme exclu, et l’installation est vraiment comme une prolongation visuelle de mon instrument mais aussi de mon corps et de mes intentions. Je serai dans le noir, parfois en lumière. Mon geste commence et s’arrête vraiment comme un clic, il n’a pas de dimension évolutive. C’est une démarche de minimaliste, après des années passées à engranger de la technique, que d’enlever l’harmonie, d’enlever la mélodie, d’enlever tout ce qui serait la chair de la musique pour en revenir à ses fondamentaux, c’est-à-dire l’émission d’une fréquence on/off, et refaire de la musique avec ça. C’est vraiment compliqué car il faut se débarrasser de tout ce que l’on a appris. C’est une démarche à la Picasso, ce désapprentissage. C’est tout à fait cela. J’ai appris la musique par la musique écrite et, quand j’ai découvert la musique improvisée libre, cela a déjà été une façon de désapprendre ce que j’avais appris. Vous n’avez pas toujours été batteur… J’ai étudié les percussions classiques, c’est un champ assez large qui regroupe les claviers, les timbales, les vibraphones, toutes les percussions d’orchestre — j’ai joué en orchestre longtemps puis je me suis spécialisé dans la batterie vers mes dix-sept ans. Les musiques improvisées, c’est venu ensuite. J’ai découvert le jazz, puis les musiques vraiment abstraites encore plus tard, et je me suis intéressé à chaque champ avec le même dogmatisme  : déconstruisant, reconstruisant, en tirant des choses puis m’écartant de tous ces dogmes, donc, là, je recommence un nouveau cycle. Mais c’est très naturel car ce projet rejoint parfaitement ma pratique instrumentale qui était déjà dépouillée. Vous parliez donc de « jouer comme un ordinateur »  : automatiser votre corps est-il une visée purement esthétique, une performance physique, ou y a-t-il une dimension plus conceptuelle, voire politique, dans cette idée ? Je pense notamment aux études des mouvements humains des Gilbreth — pour prendre un exemple pionnier de ce champ — à leur découpage des mouvements des travailleurs en combinaisons de mouvements simples, à toutes ces questions d’optimisation appliquées au management industriel… Je lis beaucoup de sociologie et de sciences cognitives, des recherches qui recoupent économie, statistiques et psychologie cognitive, notamment dans le champ de la rationalité en tant que facteur décisionnel. Quelle raison nous pousse à prendre telle décision ? Pourquoi prend-on telle décision a priori irrationnelle ? Quel biais cognitif est en action à ce moment là ? Tout ceci entre certainement en écho avec ma pratique d’improvisateur où il s’agit de prendre des décisions et d’agir en temps réel, même si les choses sont peut-être moins transparentes dans ma tête que ma façon de le formuler ici. Mais, en même temps, je m’intéresse aussi aux théories plus coercitives et déterministes. Pour appréhender une théorie, j’ai besoin de comprendre le champ dans lequel elle se situe et la contradiction me semble être le moyen adéquat. Ces nourritures ont pour but de compléter un champ de savoir plutôt que d’entretenir mes préjugés, notamment politiques ou sociologiques. De la même façon, mes recherches artistiques sont purement spéculatives. Je ne donne pas de réponse, je ne me positionne pas politiquement, je propose un objet esthétique qui participe aux questionnements homme/machine. Je laisse à chacun le soin d’en tirer ce dont il a besoin. La prochaine étape, pour moi, serait justement de collaborer avec des scientifiques. Pour l’heure, j’applique mes idées à des moteurs et je commence à travailler avec des chorégraphes sur ces mêmes thèmes. J’entame notamment



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