02 n°1 HS janvier 2012
02 n°1 HS janvier 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 HS de janvier 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Zoo galerie

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 9,2 Mo

  • Dans ce numéro : art contemporain en Pays de la Loire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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02point2/40 MMMMM… ! — Corrélations — Claude Rutault — Bruno Peinado itt Philippe Mayaux, Savoureux de Toi, 2006, Courtesy Galerie Loevenbruck. Photo : Fabrice Gousset Art de vivres — MMMMM… ! Centre d’art contemporain de Pontmain, du 20 octobre au 2 décembre 2012 par Eva Prouteau Comme pour aller directement à l’essentiel, « MMMMM… ! » s’ouvre sur une œuvre comestible signée Daniel Nadaud : un coffret de chocolats dont le couvercle s’orne d’une mouche verte, hôtesse usuellement familière des corps en décomposition. Voilà qui a le mérite d’être clair : derrière le thème de la gourmandise qui habille l’ensemble de cette exposition, c’est plutôt la nourriture comme métaphore érotique et thanatique du corps qui s’envisage ici. Bien sûr le visiteur est invité aux plaisirs de la table : vaste patchwork photographique d’Hervé le Nost où tournoient des verres de cristal sous le ciel bleu de Guyane, précieuse greffe de coquillage nacré et de service à thé réalisée par Daniel Nadaud, ou encore Do you moules à merveilles ?, œuvre collective généreuse signée Laurent Moriceau qui orchestra une performance-dégustation le soir du vernissage, armé de ses curieux appareils à sculpter la pâte. Toutefois, l’exposition aborde aussi la nourriture comme double confus de l’organisme, qui évolue dans l’obscurité du corps humain et de ses fantasmes. La tension ou l’affrontement sont dès lors assez présents : chez Daniel Nadaud, la bonne chère est aussi la chair qui nourrit les canons du côté de Verdun ou d’Alfred Krupp(Cuisine de guerre, 2011) ; dans les vidéos de Cécile Benoiton, corps alimentaire et humain font surgir l’excès, lorsqu’une tomate cœur de bœuf explose sous la pression d’un coude ou qu’une tartine disparaît sous un trop-plein de beurre. Quant aux rituels impeccables de Philippe Mayaux, ils tiennent la place d’honneur avec des sculptures-pâtisseries cannibales présentées sous cloche, feuilletés de tissus humains, vulves-moules, pieds ou langues sectionnés, charlottes de doigts, le tout traité chromatiquement sur le mode Nutella/rose bonbon. Savoureux de toi, Desirium très belle : ces confiseries morphologiques entrent en résonance avec les deux photographies de Natacha Lesueur qui montrent des aspics — spécialité culinaire moulée en gelée — appliqués sur le corps humain : le même double-mouvement de séduction/répulsion, d’érotisme/vanité s’y ressent. Enfin, à l’étage du centre d’art, les vidéos de Claude Closky et d’Hans Op de Beeck achèvent d’asseoir l’ambiguïté : le premier propose un cut-up de bouches « vues à la TV » qui ingèrent des aliments à l’envi, mimant le trop-plein de notre souriante société jusqu’à la nausée ; le second dresse le portrait de trois tablées – un enterrement, un mariage, un anniversaire — où les travellings circulaires au ralenti saisissent sur un air tragi-comique l’absurdité de ces moments de convivialité forcée. Éclatante solitude, aux antipodes du désir buccal primitif : fondre le corps de l’autre dans le sien. Roman Moriceau, Gordonia axillaris, 2012, Sérigraphie à l’huile de vidange, 42 x 29,7 cm Droits réservés Corrélations — Musée des Beaux-Arts d’Angers, du 25 octobre 2012 au 17 mars 2013 — par Patrice Joly Au Musée des Beaux-Arts d’Angers, l’exposition « Corrélation » réunit les œuvres de trois jeunes artistes aux parcours et aux productions de prime abord éloignées, et dont le seul point commun semble le passage par l’école des beaux-arts d’Angers, qu’ils y aient effectué leur scolarité (Vincent Mauger, Roman Moriceau) ou y aient enseigné (Raphaël Zarka). Selon les commissaires, Christine Besson et Christian Dautel, leurs œuvres seraient « corrélées », c’est-à-dire, selon une définition courante, qu’elles seraient fortement dépendantes et même, pour reprendre une définition plus fine de la corrélation, que les formes de l’une seraient « responsables » de celles des autres : belle formule qui permet de dire plus simplement qu’il existe des intrications formelles et des implications conceptuelles qui vont bien au-delà des apparences. Au demeurant, la corrélation apparaît d’emblée plus facile à détecter entre les sculptures de Zarka et celles de Mauger puisque les deux artistes expriment un rapport à la géométrie très prononcé. Si Zarka utilise des formes complexes qui renvoient à un usage savant (au sens ancien du terme) — le rhombicuboctaèdre participant de ce rapport quasiésotérique au langage scientifique — c’est avant tout dans le but de revisiter les origines du modernisme. Le travail de Mauger renvoie également à des objets que l’on croise rarement dans la vie quotidienne – en cela il est proche d’un Zarka, mais pas pour les mêmes raisons : là où ce dernier pioche dans un réservoir de formes obsolètes, Mauger, au contraire, en crée d’inédites, même si elles ont tendance à tourner autour de figures récurrentes comme les sphères, les hélices ou leurs dérivées dont ils s’ingénie à multiplier les déclinaisons. Entre Mauger et Moriceau et entre Moriceau et Zarka, la corrélation est beaucoup moins évidente à saisir, le benjamin du trio étant moins affecté que ses aînés par un répertoire identifiable d’emblée, se permettant de se promener à travers des genres très distants, de la sérigraphie à l’huile de vidange aux installations à la peinture phosphorescente. Au-delà de l’utilisation de médiums très différents, il existe chez ces artistes un rapport flagrant à la disparition des images qui se manifeste de manière littérale dans les sérigraphies de Moriceau – utilisant un produit volatil pour ses sérigraphies de plantes en voie de disparition – alors que, chez Zarka, ce même rapport se fait de manière beaucoup plus allusive, référentielle et citationnelle, l’artiste s’employant à ressusciter des formes oubliées. Ce rapport à la disparition existe encore différemment dans le travail de Mauger qui consiste la plupart du temps à gommer les saillies de cubes ou autres parallélépipèdes pour faire émerger d’autres formes, opposées car arrondies, (sphères, ellipses), jouant ainsi d’une usure « assistée » des matériaux… W S
Claude Rutault, AMZ. Le soleil brille pour tout le monde (Partie A), 1985 vue de l’exposition « Le sourire du chat (opus 2) » au Frac des Pays de la Loire, 2010 — œuvre de la collection du Frac des Pays de la Loire Claude Rutault sur l’Île de Nantes par Eva Prouteau Sur la pointe est de l’Île de Nantes, un lycée à vocation internationale ouvrira ses portes à la rentrée 2014. C’est l’architecte parisien François Leclercq qui a remporté le concours, avec un bâtiment de 25 000 m² conçu autour d’une vaste halle lumineuse rappelant symboliquement celles des chantiers navals. Dans cet espace, l’artiste Claude Rutault implantera son tout dernier projet, qui vient d’être sélectionné dans le cadre du 1% culturel par la Région des Pays de la Loire, maître d’ouvrage de l’établissement. Comme Claude Rutault l’exprime avec limpidité, chez lui toute peinture commence par l’écriture. Une nouvelle définition/méthode, texte programmatique qui définit un résultat pictural à atteindre, sera — et c’est une première — mise en avant et lisible un peu partout dans le lycée, traduite en une quarantaine de langues en résonance avec la vocation internationale de l’établissement. Une phrase de Paul Celan : « Élargir l’art ? Non. Prends plutôt l’art avec toi pour aller dans la voie qui est le plus étroitement la tienne. Et dégage-toi. » Claude Rutault considère cette phrase comme « une méta-définition/méthode qui va appeler les élèves à une participation active. » En effet, chaque lycéen cohabitera quotidiennement avec une matrice de mille cinq cents toiles placées au sol dans la halle centrale et pourra en emprunter une pour une durée déterminée afin d’y peindre ce qu’il désire. Aucune toile ne sortira du lycée. L’élève pourra ensuite exposer sa réalisation sur un mur de l’établissement, visible par tous, pour deux jours, trois mois ou une année scolaire, selon ses vœux. Passé ce délai, il recouvrira la toile de blanc et la replacera dans la pile, participant de ce fait au work in eternal progress. Claude Rutault va choisir une douzaine de couleurs différentes pour peindre certains murs du lycée qu’il investira avec des petites toiles peintes de la même couleur que le mur et qui, par un système de bandes auto-agrippantes, feront aussi office de clous pour suspendre les réalisations des élèves. La signature de Claude Rutault devient diffusément omniprésente autant qu’instrumentalisée, rendue fonctionnelle et ponctuellement invisible. Une forme d’humour, et un recul certain de l’artiste vis-à-vis de sa propre pratique. Hydre à plusieurs têtes, le projet comporte également un grand parallélépipède en plexiglas, sculpture-enveloppe contenant à nouveau mille cinq cents petites toiles (mille cinq cents est le nombre de lycéens qui seront accueillis dans le nouvel établissement). Chaque élève recevra en quittant le lycée l’une de ces toiles brutes, non préparées. « Je suis confiant, dit Claude Rutault. Sur le tas, certains vont en faire quelque chose, de ces toiles. » Bruno Peinado, œuvre pour l’Institut de Cancérologie de l’Ouest, 2011 : Sans titre, le jardin aux sentiers qui bifurquent réalisée dans le cadre de l’action « Nouveaux commanditaires » Bruno Peinado, Sans titre, le jardin aux sentiers qui bifurquent à l’Institut de Cancérologie de l’Ouest, Saint-Herblain. par Aude Launay Il y a des contextes de création plus risqués que d’autres. Il y a les 1% réalisés dans les établissements scolaires, les casernes de pompiers ou les hôtels de ville, qui, par leur symbolique, ne sont pas des bâtiments faciles pour mettre l’art en œuvre, et il y a des commandes plus délicates encore car touchant à des questions extrêmement sensibles comme celles qui s’inscrivent dans les hôpitaux ou les maisons de retraite. Fruit d’une alliance entre les Nouveaux Commanditaires et la commande publique, l’œuvre destinée à créer « un espace apaisé et stimulant » 1 pour le nouvel Institut de Cancérologie de l’Ouest fut de celles-là. Confiée à Bruno Peinado, cette réalisation fut un véritable défi : comment concilier un environnement a priori inhospitalier pour l’art contemporain avec « le désir d’une œuvre vivifiante » émis par les patients ? Comment s’insérer, comme le demande le cahier des charges, dans les « espaces d’attente et de circulation », des espaces que l’art a tendance à fuir et à laisser aux designers ? Sans titre, le jardin aux sentiers qui bifurquent est une réponse foisonnante à ces questions, une réponse labyrinthique qui pour autant n’élude pas les problématiques en jeu. Empruntant son titre à 1 Voir à ce sujet le livret d’accompagnement de l’œuvre édité par l’association Entre-deux, médiateur-relais en Pays de la Loire pour l’action des Nouveaux Commanditaires de la Fondation de France. À travers les Nouveaux commanditaires, la Fondation de France permet à tous les citoyens qui le désirent, isolés ou regroupés, de prendre l’initiative d’une commande d’œuvre à un artiste contemporain. L’originalité du dispositif repose sur la collaboration entre trois acteurs : l’artiste, le citoyen commanditaire et le médiateur culturel agréé par la Fondation de France, accompagnés des partenaires publics et privés réunis autour du projet. 2 Mick Peter, « Actes du colloque Voyage autour de ma chambre (Conférence dans un institut non spécifié situé dans l’« Eurozone ») », Bruno Peinado, Myself, Me & I, Éditions Casino Luxembourg, 2012, p.92. une célèbre nouvelle de Jorge Luis Borges réputée pour être le premier texte traitant de l’hypertexte qui, tout en métaphores et en périphrases, réussit à cerner son sujet sans jamais en mentionner le nom, l’œuvre se pare avant cela d’un « sans titre » générique à propos duquel Mick Peter dira : « Nul titre d’œuvre d’art ne fut mieux imaginé pour éveiller la curiosité et attirer le regard. » C’est un réseau de lignes convergentes, divergentes et parallèles, une arborescence aux couleurs franches très inhabituelles dans un espace clinique théoriquement teinté de beige et de gris, qui se déploie dans tout l’institut. Ce pourrait être un arc-en-ciel qui aurait touché terre et aurait essaimé sous toutes les formes à sa disposition : s’éployant en une marqueterie au sol sur plus de 600m 2 par étage, se révélant au travers d’une trentaine de caissons lumineux installés au plafond, s’étirant aux murs des petits boxes d’attente en de grands wall paintings, émoustillant jusqu’aux couleurs des rideaux et des banquettes, il offre aux soignés et aux soignants un territoire d’exil intérieur possible autant qu’un lieu de passage entre le médical et l’extérieur qui tient plus de la communication que de la simple circulation. Les reviews 02point2/41



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