02 n°1 HS janvier 2012
02 n°1 HS janvier 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 HS de janvier 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Zoo galerie

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 9,2 Mo

  • Dans ce numéro : art contemporain en Pays de la Loire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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02point2/38 Triops — Si j’avais un marteau — Cécile Bart — Explorateurs Jean Bonichon, Peau de chagrin, 2012 Vue de l’exposition « Si j’avais un marteau », au premier plan, Régis Perray. Triops — L’Atelier, Nantes, du 24 octobre au 10 novembre 2012 par Julie Portier « Triops », du nom de cet animal marin dont le corps, la tête et la queue semblent appartenir à différentes espèces. Le titre est bien trouvé pour cette exposition qui réunit comme chaque année les lauréats du prix des arts plastiques de la Ville de Nantes, heureux bénéficiaires d’une bourse et d’un atelier pour deux ans. Car les travaux de Jean Bonichon, Simon Dronet et Julien Nédélec, la mouture 2012, n’ont pas grand-chose en commun, si ce n’est peut-être l’aspect ludique de leurs formes qui donnent à cet ensemble mal assorti un abord joyeux, l’humour léger recouvrant toutefois une humeur plus mélancolique. Mais les trois artistes ne semblent pas avoir réservé leurs meilleures pièces pour l’exposition, même si Bonichon y présente sa dernière série, « Le bestiaire inadapté », et si Nédélec y condense dans une salle, hélas trop sombre, son exposition personnelle présentée cette année au Musée des beaux-arts de Mulhouse. La subtilité de l’œuvre de Simon Dronet n’est en tout cas pas servie par sa série de dessins « Slogan » réalisée lors de sa résidence au Lieu Unique, figurant des scènes de manifestations légendées par des slogans empruntés à des spots publicitaires. Plus cocasse est la série « Prothèse », dessins lisses et roses qui font le présage cauchemardesque de corps greffés de technologie. On ne retiendra malheureusement de ses installations vidéo qu’une complaisance dans le potache, flirtant par endroits avec l’héritage de Pierrick Sorin, mais cette attitude crétine revendiquée exprime un défaitisme devant l’invasion de la technologie qui anéantirait toute pensée philosophique ou introspective, à en juger par le remake du jeu vidéo primordial Pong où les raquettes et la balle sont remplacées par les mots « surmoi », « ça » et « moi ». Le romantisme dérisoire propre aux actions en plein air de Jean Bonichon n’est pas non plus rendu dans les sculptures exposées ici, ni l’efficacité plastique notable dans d’autres pièces, même si sa course de cornes en plâtre sur tôle ondulée dans le patio de l’Atelier fait son effet. Son « Bestiaire inadapté » est une déclinaison d’allégories mobilières figurant l’hybridation d’un animal avec un élément de décor domestique. Là où Julien Nédélec tire aussi son épingle du jeu, c’est en nous épargnant ces messages conformes et timides sur l’état du monde. Mais là encore, l’accrochage et la sélection des pièces excluent toute la réflexion sur le statut de l’œuvre (introduite par le multiple et le gratuit) et l’exercice de traduction d’un médium ou d’une consistance à l’autre (sa dernière exposition au Frac des Pays de la Loire, « Un bruit blanc », traduit des sons en sculptures). On pourrait même s’y tromper en ne jugeant que de la portée décorative, toutefois assumée et même conceptualisée par l’artiste, de ce graphisme déduit de têtes de vis (Dessins de tête), ou de ces collection d’entomologie mimées par des petits papiers colorés répertoriant des formes géométriques. Si j’avais un marteau — HaB Galerie, Nantes, du 19 octobre 2012 au 6 janvier 2013 — par Alexandrine Dhainaut Il suffit de l’observer au quotidien, le chantier, à petite ou grande échelle, est une forme plastique en soi. Une somme de gestes, de matériaux, d’occurrences et d’objets readymade que les avant-gardes, aux premières loges du développement des villes pendant les Trente glorieuses, ont révélés. Du blanc d’Espagne qu’on étale grossièrement sur les vitrines aux chenilles de seaux encastrés, en passant par les échafaudages, les artistes de toutes générations réunis ici explorent l’image du chantier. À travers différents médiums, ils se réapproprient ou détournent ses outils (l’exposition se fait au son de la tronçonneuse de Vincent Mauger et du marteau de Monica Bonvicini), ses codes ou sa signalétique. Si le chantier offre du grain à moudre formel, certains l’ont aussi envisagé comme métaphore de la création artistique, en s’appliquant davantage à montrer une œuvre in fieri, comme le massacre à la tronçonneuse du funambule Mauger ou les « anarchitectures » de Matta-Clark. Réflexion sur la mutation constante du paysage, l’éphémère et l’entropie des matériaux, le chantier représente un cycle et, qu’il s’agisse de construction ou de déconstruction, il a évidemment rapport au temps, à la durée qui sépare deux états. Chez Didier Courbot, c’est l’antispectaculaire du chantier qui est mis en lumière. Dans sa série de photographies, le chantier et les ouvriers qui s’y activent s’entrevoient par métonymie, s’arrêtant plutôt sur les pelles ou les machines laissées en plan, pour traduire précisément ce temps intermédiaire. Métonymie aussi chez Lara Almarcegui qui non sans humour détermine le poids d’une ville (Dijon) par la quantité des matériaux avec lesquels elle a été construite. La maquette, omniprésente ici, sert à « accélérer » le temps, à prévisualiser le produit fini, exercice d’anticipation miniature que Didier Marcel prend à contresens en réalisant une maquette mobile d’un bâtiment en ruines, entre passé et futur de la forme. « Si j’avais un marteau » est une exposition cohérente mais elle n’échappe pas au côté inventaire du thème qui demeure, lui, déceptif, insatisfaisable même, soit parce que l’accrochage collerait trop au « genre chantier » en étant littéral – ce qui est parfois le cas ici comme avec le blanc d’Espagne à l’entrée –, ou soit parce qu’il serait traité de manière trop « propre » en déployant les pièces bien distinctement dans l’espace – ce qui est aussi le cas ici. C’est finalement quand elle met en perspective œuvres d’art et maîtrise d’ouvrage dans une salle dédiée aux travaux actuels du Musée des beaux-arts que l’exposition prend tout son sens. On y découvre les plans de l’architecte Clément Josso à qui l’on doit le bâtiment original, des études de sculptures pour la façade du Musée, des photographies des anciennes salles d’exposition, jusqu’aux maquettes des travaux actuels, illustration concrète de ce dont le chantier est porteur : le passage du désir à la réalité. R E
Cécile Bart, « Papagayo » — photo : Stéphane Bellanger Berdaguer & Pejus, Anna 18, Boris 29, Helena 18, Laure 18, Yann30, de la série Arbres, 2008. Cécile Bart, Papagayo — Galerie de l’École d’arts du Choletais, Cholet du 6 octobre au 29 novembre 2012 par Eva Prouteau D’un côté, la tension, la concentration, la précision d’installation. De l’autre, la sensualité, la texture charnelle, la profusion des transparences. Cécile Bart sait souvent atteindre ce difficile équilibre entre âpre abstraction et volupté formelle et chromatique, tout comme François Morellet allie en finesse allégresse et docte géométrie. Sa proposition à l’École d’Arts de Cholet se donne précisément comme un hommage à l’artiste qui habite à quelques encablures de là. Dans la maison Morellet, longtemps, un flamboyant perroquet a accueilli les visiteurs dans un salon entièrement peint en jaune, en clin d’œil à la salle à manger de Monet à Giverny. Cécile Bart reprend l’anecdote dans son titre (Papagayo, perroquet en espagnol) et décline le jaune en nuances citron, soleil, paille, cadmium… Sur chaque pan de mur des deux salles communicantes, elle installe ses panneaux de toile Tergal, étoffe arachnéenne et résistante qui n’est pas sans rappeler les trames de Morellet version fibre textile. Tendues sur d’épais cadres de métal au design industriel, ces peintures/écrans offrent des surfaces monochromes incroyablement mouvantes. Le tissu reçoit parfois une seule couche, parfois une épaisseur plus dense. Frontalement, le visiteur traverse l’écran translucide et son regard rencontre des constellations diffuses, ici de minuscules grains de peinture suspendus à la toile, là encore la figuration de l’empreinte du pinceau, aussi légère qu’une bourrasque sur un sol sablonneux. La toile, décollée à quelques centimètres du mur, surimpose ces nébuleuses au monochrome du mur qui l’accueille et, comme l’exposition est baignée de lumière naturelle, les ombres portées s’animent de façon assez hypnotisante. Or la même toile devient totalement opaque contemplée en oblique, matière mate ou plus irisée, rappelant la luisance bleutée des charbons anthracites ou les élytres de certains scarabées. D’où cette sensation de modulation dynamique dont le visiteur est le décisionnaire, celui qui dévoile tour à tour une peinture aérienne et lourde, cinématique ou statique, contenue ou dissoute alentour, brouillant complètement les frontières entre espace pictural et espace réel. Une peinture cérébrale qui se dérobe et danse, opulente comme un plumage. Et aussi : « Suspens de Nantes, 2012 », sept peintures/écrans de Cécile Bart en suspension dans la trémie centrale des Galeries Lafayette de Nantes. Une œuvre pérenne réalisée dans le cadre du Voyage à Nantes. Explorateurs — Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables d’Olonne, du 8 juillet au 10 novembre 2012 par Mai Tran V I 1 Écrite par Stéphanie Fargier-Demergès (CNAP), mise en forme par les graphistes du collectif Müesli, Paris. Au musée des Sables d’Olonne, les artistes réunis pour « Explorateurs » traquent l’inconnu du réel, l’aventure des confins, la découverte d’horizons nouveaux autant géographiques qu’intimes : d’El Salto Angel au Venezuela (Dove Allouche) à Luang-Prabang au Laos (herman de vries), de l’Écosse au Portugal (Marcel Dinahet), du Mont-Blanc inframince (Julien Discrit) à la Montagne sans nom au Pandjsher Valley, en Afghanistan (Marine Hugonnier), des cartographies stellaires (Luigi Ghirri et Claudio Parmiggiani) aux coordonnées GPS des deux îles dénommée Inaccessible en Atlantique et en Antarctique (Charles Lopez)… Sébastien Faucon et Gaëlle Rageot-Deshayes, les commissaires de l’exposition, se muent en découvreurs-chercheurs et trouvent ici un terrain de jeu idéal qui soulève le parallèle incontournable entre la démarche artistique et l’exploration au sens large, physique, mentale et psychologique. Des défis du voyage en révélations de terres secrètes, en présentant une trentaine d’œuvres issues des collections du CNAP, le parcours de l’exposition s’ingénie à troubler l’imaginaire, à questionner notre rapport à la nature, au paysage, à notre dasein. Loin des récits de voyages épiques et rocambolesques, ces « explorateurs » offrent des formes à la fois conceptuelles (Fulton, Lopez, Kawara…), imaginaires (Berdaguer & Péjus, Parmiggiani, Discrit, Kuitca, Hutchinson), documentaires (Tixador & Poincheval, Renaud, Ghirri) et littéraires (Abdessemed, Dinahet, Detanico & Lain, Talec) déviant subtilement la réalité géographique vers l’inconscient, la solitude et le silence. Relevés topo- et cartographiques, traversée des mers, contemplation des montagnes, explorations souterraine et sous-marine, fragments de météorites, constellations… Une utopie mystérieuse de l’exploration est à l’œuvre, empreinte de la représentation à la fois poétique et politique de nouveaux espaces-temps fascinants. À l’image de la carte blanche donnée à l’écrivain Alberto Manguel et de la Bibliographie suggestive 1 dans le catalogue de l’exposition, laquelle de l’Odyssée d’Homère à l’exposition Voyage Voyage conçue par Albertine de Galbert traverse magistralement deux mille ans d’écrits, de cinéma, de conférences, de traités et d’atlas… Œuvres du CNAP de Martine Aballéa, Adel Abdessemed, Pierre Alferi, Dove Allouche, Berdaguer & Péjus, Biosphere, Andrea Blum, Vija Celmins, herman de vries, Angela Detanico & Rafael Lain, Marcel Dinahet, Julien Discrit, HreinnFridfinnsson, Hamish Fulton, Luigi Ghirri, Kristjan Gudmundsson, Sigurdur Gudmundsson, Marine Hugonnier, Peter A. Hutchinson, Anne Marie Jugnet, On Kawara, Guillermo Kuitca, Charles Lopez, Claudio Parmiggiani, Pratchaya Phinthong, Abraham Poincheval & Laurent Tixador, David Renaud, Vladimir Skoda, Nathalie Talec. Commissariat : Sébastien Faucon et Gaëlle Rageot-Deshayes. Les reviews 02point2/39



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