[Auvergne] Zap n°158 avril 2017
[Auvergne] Zap n°158 avril 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°158 de avril 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Zap éditions

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 9,8 Mo

  • Dans ce numéro : la plus longue langue du monde...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Mauvaise foi 82 Re #158 CHRONIQUES DES HAINES ORDINAIRES JE HAIS LES HOMMES POLITIQUES Et je sais de quoi je parle. J’en connais. Il m’arrive même d’en côtoyer au gré de mes pérégrinations. J’ai dîné, en petit comité, avec un ancien ministre d’envergure ayant occupé des fonctions dans plusieurs gouvernements. J’ai déjeuné en tête-à-tête avec un jeune député en conquête. J’ai été dragué par une conseillère régionale. Jeune étudiant fougueux, j’ai alors eu pour enseignants plusieurs actuels élus auvergnats. J’ai serré la main de Jack Lang, de François Hollande, de Jean-Philippe Poutou, et j’ai même mis la main aux fesses de Christine Boutin, juste avant qu’elle me chuchote en me mordant le lobe de l’oreille  : « Raoul, montrez-moi jusqu’où vous pouvez haïr, j’ai pêché, je dois être châtiée » … non, je plaisante pour Christine. Notre rencontre était très chaste. J’en étais là, bien décidé à renverser l’échiquier politique régional et français d’un grand coup de pompe, à créer le scandale, prêt à donner des noms, à révéler des secrets d’alcôve, à expliquer qui couche avec qui, comment, dans quelle position et même sous le regard de qui, quand soudain, le Président Directeur Général de Zap, homme de pouvoir à l’instinct si développé, m’a téléphoné  : – Bonjour ami, comment allez-vous mon cher Raoul ? Vous voilà bien silencieux depuis quelques semaines, cela m’angoisse. C’est à cause d’une femme ? De plusieurs femmes ? – Bonjour Président ! Je fuis mes contemporains actuellement, c’est vrai, mais c’est parce que je commence mon sixième premier roman. J’en suis à la page 7. C’est déjà plus que le précédent. Sinon, j’étais précisément en train de rédiger une chronique sur les hommes politiques ! – (Long silence) Mon Dieu… (Se reprenant) Raoul, vous êtes un être exquis ! Quel courage ! – Merci, Président, mais ce n’est pas si téméraire de rédiger… – Ah si ! Oh que si ! Avec un tel sujet, vous devez éblouir votre lectorat ! Trousser un texte inoubliable ! Faire encore grandir votre légende ! Votre regard, en ces temps politiques si agités, doit être définitif ! Vous ne pouvez pas vous contenter d’être très bon, comme d’habitude, vous devez être, disons-le, providentiel ! – Ah… je pensais, modestement, écrire un petit texte savoureux qui… – Ah non ! Raoul ! Pas de petit texte savoureux, donnez-nous du grandiose au minimum ! Sinon, cela fera de vous l’égal de ces hordes de commentateurs politiques sans talent, sans vision, sans culture, et sans courage, qui pullulent dans les médias ! Vous valez mieux que ça, enfin ! Epatez-nous ! Donnez-nous du pain pour un siècle entier de chroniques zappiennes ! – Vos attentes sont particulièrement élevées, Président, et la réferénce à Louis-Ferdinand Céline me… – Courage, ami ! Bon, allez, je vous laisse, je pars me reposer quelques jours aux Açores. À mon retour, je veux du grandiose, n’oubliez pas, du grandiose ! Je n’ai pas oublié. Plusieurs jours après ce coup de fil, je passe et repasse devant mon ordinateur sans oser m’assoir en face de lui. Et si la rédaction de cette énième chronique me faisait basculer dans la catégorie des mauvais chansonniers, faisant de moi une sorte de Jean Roucas moderne sans les mauvaises imitations… Rater son texte au moment où la politique française vit sa révolution… Alors, faire court. Ramassé. Plutôt un mot de moins qu’un mot de trop. De la retenue, de l’élégance, de la finesse. Et puis, un coup de théâtre. C’est bien les coups de théâtre ! Quand je m’exclame « Je hais les hommes politiques », à quelques semaines d’échéances électorales capitales, entendons-nous bien, je ne me vautre pas dans l’anti-politique primaire. Je combats l’idée du « Tous pourris », même si certains hommes de pouvoir font, force est de constater, tout pour que nous puissions le penser. Mais le « Tous pourris » à caractère politique explose en vol, en se plaçant à l’aune des petits élus. A l’image de ces maires de petites communes, qui en plus de leur activité professionnelle, font le choix de gagner une misère pour se faire prendre régulièrement à partie par leurs administrés. Allez donc tenter d’expliquer à Thérèse, 87 ans, ancienne fonctionnaire des impôts acariâtre (tiens, un pléonasme), pourquoi il n’est pas possible d’installer un feu rouge, un dos-d’âne, un radar, et de poster un gendarme en faction juste en bas de sa rue, parce que, selon elle  : « les voitures roulent trop vite, et que tous ces chauffards, faudrait les mettre au bagne à vie, et toute façon, s’il y a un enfant qui se fait renverser un jour, vous aurez sa mort sur la conscience monsieur le Maire, vous qui ne faites jamais rien ou seulement quand c’est trop tard, d’ailleurs faudra pas s’étonner si aux présidentielles, y’a des surprises, croyez-moi bien… ». Or, le Maire de cette petite commune, au lieu de répondre à Thérèse qu’elle ferait mieux d’aller se faire remplir la feuille d’impôts un peu plus loin avec un gros stylo à plume, il doit lui sourire, expliquer, conseiller. Ramener à la raison. Chapeau ! Non, quand je m’écrie, avec un courage intellectuel évident, « Je hais les hommes politiques », je parle de ces hommes ayant choisi la politique comme métier. Les fameux professionnels de la profession. En particulier, les élus nationaux. Et là, je cible tout le monde. Ceux de gauche, de droite, du centre, des extrêmes. Et je vise aussi les fameux sans étiquette et ceux qui en ont plusieurs. Parce que derrière cet engagement politique, je perçois trop d’égo. D’ambitions personnelles. De goût pour la conquête, et pour le pouvoir. Trop de volonté de plaire. Cet attrait pour la représentation, cet art de rebondir sans cesse quels que soient les tourments ou les turpitudes, cette conviction de se sentir investi d’une mission quasi divine, de vouloir le bien des autres à leur place, sans oublier, le jeu des petites phrases, des perfidies balancées l’air de rien... Mon dieu, plus je déroule ma réflexion, plus je trouve que le portrait brossé, par mes soins, me ressemble étrangement... Et si par malheur, j’étais moi-même, sans le savoir, un homme politique... et si, j’étais de leur race. Le trop plein d’égo ? C’est moi ! Le rebond permanent ? C’est moi ! La mission divine à remplir, le bonheur mensuel que je vous ordonne de prendre à chaque numéro de Zap, les vacheries exprimées à l’égard des autres misérables journaux, le goût de parler à la place des autres ? C’est encore moi ! L’art d’esquiver les sujets qui fâchent, comme à cet instant où je rédige cette chronique inoffensive, je… je suis un homme politique qui s’ignore. Et je hais les hommes politiques pour cela. Parce qu’ils me ressemblent. Raoul raouldezap@gmail.com
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