[94] Val de Marne n°321 mars 2015
[94] Val de Marne n°321 mars 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°321 de mars 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général du Val-de-Marne

  • Format : (230 x 285) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 12,7 Mo

  • Dans ce numéro : budget 2015 du département.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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20 D.R. ENTRETIEN CONSTRUIRE LE VAL-DE-MARNE « Nous avons voulu redonner une humanité à ces martyrs » Jean-Pierre et Jacqueline Brossard, chercheurs et travailleurs de mémoire Jean-Pierre 1933, naissance dans le Loiret. 1952/1989, instituteur puis professeur certifié d’histoiregéographie, notamment au collège Jean-Charcot de Joinville-le-Pont. Président de la commission Histoire de l’amicale du camp de concentration de Neuengamme de 1994 à 2008. Jacqueline 1933, naissance dans le Loiret. 1955/1989, rédactrice, chef de bureau puis directrice territoriale à la ville de Champigny-sur-Marne. Depuis trois ans, ce couple de retraités campinois effectue, avec la délégation départementale des Amis de la fondation pour la mémoire de la Déportation (AFMD), des recherches pour recenser l’ensemble des déportés nés, domiciliés et/ou arrêtés en Val-de-Marne. Ce Mémorial des déportés du Val-de-Marne sera présenté le 6 mai aux Archives départementales. Comment vous êtes-vous engagé dans cette recherche sur la déportation en Val-de-Marne ? ◆ Jean-Pierre Brossard : Je suis fils de déporté. Mon père, Gaston, décédé en 1988, s’est engagé dans la Résistance dès 1940 à Toulouse, puis, en 1941, à Artenay dans le Loiret. Après son arrestation le 4 juillet 1944, il a été déporté au camp de concentration de Neuengamme, fin juillet. Il est arrivé dans ce sinistre camp sous le matricule 39 739. Le père de Jacqueline, mon épouse, a également eu des activités de Résistance pendant la guerre. À notre retraite, en 1990, nous avons rejoint l’amicale de Neuengamme. J’ai participé à la réalisation d’un premier livre-mémorial sur les déportés de ce camp, puis à celle du Mémorial national de la fondation pour la mémoire de la Déportation. Étant membres de l’AFMD du Val-de- Marne, c’est tout naturellement que nous avons accepté de travailler à l’élaboration de ce Mémorial des déportés du Val-de-Marne, en y associant notre fils, Éric Brossard, agrégé d’histoire et secrétaire national de l’AFMD. Pourquoi ce travail de mémoire ? ◆◆J.-P. B. : Les nazis voulaient faire disparaître toute trace d’humanité chez les déportés. Ils les réduisaient à des numéros matricules, des stücks (terme comptable utilisé dans les camps pour désigner les détenus). Ils les exterminaient soit par la faim, le travail ou par gazage pour les déportés juifs. Avec nos amis de l’AFMD, nous avons voulu redonner une mémoire à ces martyrs, une humanité avec des listes de noms au plus près de leurs lieux de naissance, de résidence ou de combat. C’est pour cela que nous avons procédé à ces recherches ville par ville pour les 47 communes du Val-de-Marne. Que fut la déportation en Val-de-Marne ? ◆◆J.-P. B. : Il y a deux aspects dans ce drame. Notre département a connu la déportation de très nombreux juifs établis dans des villes limitrophes de la capitale. Nombre d’entre eux, souvent des familles entières, furent victimes des mêmes rafles qu’à Paris. Et puis, il y a eu une déportation de résistants et de militants politiques, opposés au régime de Pétain et à l'occupation nazie. Ces derniers travaillaient dans des villes industrialisées de notre banlieue sud-est. Combien avez-vous recensé de victimes de cette barbarie ? ◆ J.-P. B. : Nous avons débuté avec une liste de 1 200 personnes. Au bout de trois années
Des chars de la 11 e division blindée américaine entrent dans le camp de Mauthausen, le 6 mai 1945. Les détenus espagnols ont accroché au-dessus du portail une banderole portant l’inscription « Les antifascistes espagnols saluent les forces libératrices ». de recherches, nous en sommes arrivés à un peu plus de 2 500 déportés dans notre département. 1 400 d’entre eux furent victimes de la répression des nazis et un peu plus de 1 100 autres victimes de la Shoah connurent les camps d’extermination. Mais ce nombre sera sans doute un peu réduit car certains déportés sont cités dans plusieurs villes. Comment avez-vous procédé pour établir ce Mémorial ? ◆◆J.-P. B. : Nous avons beaucoup visité les archives municipales et nous nous sommes déplacés dans près de la moitié des villes du département. De nombreux archivistes nous ont apporté leur aide par l’envoi de documents. Ce fut un travail de fourmi. Nous avons trouvé des noms de déportés mélangés à des listes de victimes de bombardements ou de morts en Allemagne durant le service du travail obligatoire (STO). Nous avons découvert des registres de juifs qui furent radiés de la naturalisation française, d’autres établis à partir des biens spoliés aux familles juives… C’est épouvantable. 70 ans après la libération des camps, il ne reste presque plus de témoins. Comment envisager la poursuite de ce travail de mémoire ? ◆◆J.-P. B. : La délégation territoriale du Valde-Marne de l’AFMD déposera le résultat de nos recherches aux Archives départementales, le 6 mai. Je souhaite annoncer que ce travail est une source de travaux à venir pour des étudiants. Aujourd’hui, nous voulons passer le relais à d’autres. Nous espérons qu’à partir de ce Mémorial, il y aura d’autres travaux. Quand nous voyons ce qui se passe aujourd’hui, cette haine qui se propage à nos portes, nous craignons pour l’avenir de nos petits-enfants. Il ne faut surtout pas oublier l’exemple de cette terrible tragédie. ◆PROPOS RECUEILLIS PAR ALAIN JÉGOU RENDEZ-VOUS ENTRETIEN 21 CONSTRUIRE LE VAL-DE-MARNE Présentation du Mémorial des déportés du Val-de-Marne le 6 mai de 18 h à 19h. Archives départementales du Val-de-Marne, pavillon des Archives (10, rue des Archives), à Créteil. Une initiative organisée par l’AFMD/DT94, en partenariat avec les Archives départementales et l’Office départemental des anciens combattants. LE MAGAZINE DU CONSEIL GÉNÉRAL N°321 MARS 2015 DONALD R. ORNITZ/COLL. USHMM, WASHINGTON/MUSÉE DE LA RÉSISTANCE NATIONALE



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