[93] Seine Saint-Denis n°81H jui/aoû 2019
[93] Seine Saint-Denis n°81H jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°81H de jui/aoû 2019

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : Conseil Général de la Seine-Saint-Denis

  • Format : (195 x 280) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 8 Mo

  • Dans ce numéro : destination voyages pour 50 000 collégiens et collégiennes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Les Murs à pêches de Montreuil Sur le plateau du haut Montreuil, on peut découvrir de longues parcelles fermées par des murs blanchâtres. Nous sommes au cœur des fameux Murs à pêches, qui s’étendent sur 34 hectares. Retour sur une histoire qui a marqué la ville. 30 N°81 JUILLET-AOÛT 2019 SEINE-SAINT-DENIS Par Claude Bardavid Illustrations Editions Malcuit/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis Au 19 e siècle, les Murs à pêches s’étalaient sur plusieurs centaines de kilomètres et flirtaient avec les villes voisines de Bagnolet, Rosny-sous- Bois, Romainville et Fontenay. Deux siècles plus tôt, les horticulteurs montreuillois avaient eu l’idée, malgré un climat inadapté à ce type de culture, d’ériger des murs afin de protéger les fleurs du pêcher d’un coup de froid fatal et de pouvoir bénéficier chaque année d’une belle récolte de pêches. L’orientation des lignes de murs était calculée au cordeau pour tenir compte de la pente et de l’ensoleillement. Ces murs construits à partir de moellons, de terre et de plâtre, hauts de plus de deux mètres, étaient espacés de dix mètres et bornaient des parcelles longues de plus de deux cents mètres. Afin de faciliter leur entretien mais surtout la cueillette des fruits, les arbres sont élevés à plat le long des murs. Les branches sont fixées avec des morceaux de tissu cloués dans le crépi, technique appelée le palissage à la loque. L’abbé Roger Schabol, venu de Port-Royal à Montreuil pour découvrir les techniques locales, publie en 1750 un dictionnaire de jardinage qui fait connaître à toute l’Europe cet art pratiqué par les Montreuillois. Il y rapporte même la légende de l’origine des murs à pêches  : « Des habitants de Montreuil prétendent que l’un de leurs ancêtres, après avoir mangé des pêches de vigne, en jeta les noyaux dans son jardin et que ces noyaux levèrent le long d’une muraille. Le propriétaire du jardin, au bout de quelques années, les arbres venus de ces noyaux étant surchargés de fruits, s’avisa d’attacher les branches à la muraille. » 300 km de murs Pendant plus de quatre siècles, ces jardiniers ont occupé un territoire tout entier en bâtissant un gigantesque labyrinthe de murs. On estime que, à leur apogée, pendant la seconde moitié du 19 e siècle, les murs à pêches couvrent plus d’un tiers de la
Des coteaux bien exposés, du gypse dans son sous-sol pour fabriquer du plâtre, et une bonne dose d’ingéniosité  : Montreuil avait tous les ingrédients nécessaires pour devenir un haut lieu de production de pêches de qualité, faciles à récolter. ville, soit 320 hectares pour plus de 300 kilomètres de murs et près de 600 kilomètres de linéaires en exploitation. Cette passion pour les pêches et la volonté de les faire connaître et goûter à tous, y compris les têtes couronnées de toute l’Europe, les conduit à rivaliser d’ingéniosité. C’est ainsi que les producteurs imaginent des caches en carton pour faire imprimer par le soleil sur la peau des pêches des silhouettes comme celle dutsar Nicolas II, qui se faisait livrer chaque année des paniers entiers de fruits. Montreuil construit sa légende En raison de son exposition et de ses gisements de gypse fournissant une matière première à la construction des murs, le plateau de l’Est parisien est un lieu idéal de production. Bien entendu, la notoriété de ces horticulteurs hors pair dépasse les frontières communales et attire une main-d’œuvre des villages avoisinants mais aussi des paysans bourguignons. Ces travailleurs s’installent, louant des parcelles de terrain pour se lancer à leur tour dans cette aventure ; d’autres rachètent un bout de terrain au prix de durs sacrifices. Petit à petit, Montreuil construit sa légende. Aux Halles de Paris, un quartier leur est réservé pour vendre leurs fruits et, dès son ouverture en 1760, le marché d’Aligre les accueille. Grâce à la construction de cette multitude de murs, l’exploitation des plâtrières et des carrières de gypse prend un véritable essor, sur les sites des actuels parcs des Guilands et des Beaumonts. Cela contribuera à l’éclosion des premières implantations industrielles sur la commune.. Mémoire VERSAILLES OU MONTREUIL ? Qui de Versailles la royale ou de Montreuil la paysanne a érigé la première ces murs à pêches ? Jean-Baptiste de La Quintinie, responsable du potager du roi à Versailles, fait entourer de murs plâtrés plusieurs de ses jardins versaillais, louant les vertus du plâtre qui facilite tant la construction des murs que le palissage des branches. On raconte de source bien informée que c’est l’un de ses amis, le mousquetaire de la reine René-Claude Girardot, qui introduisit la technique des murs à pêches à Montreuil, à partir de sa propriété des Malassis à Bagnolet. La Quintinie n’ignorait rien de ce qui se passait dans ces deux villages. Connaissant très bien Girardot, il organisa la rencontre entre celui-ci et le roi Louis XVI au cours d’une chasse à Bagnolet. Le roi, s’étonnant devant son jardinier en chef de la qualité exceptionnelle des fruits de Montreuil, ordonna qu’on lui apporte à sa table des pêches livrées par Girardot lui-même et ensuite par ses descendants. N°81 JUILLET-AOÛT 2019 SEINE-SAINT-DENIS 31



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