[93] Seine Saint-Denis n°77 février 2019
[93] Seine Saint-Denis n°77 février 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°77 de février 2019

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : Conseil Général de la Seine-Saint-Denis

  • Format : (195 x 280) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : la petite enfance, priorité du département.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Il y a 150 ans, l’asile de Ville-Evrard Créé sous l’impulsion du baron Haussmann, préfet de la Seine, conseillé et assisté par le psychiatre Girard de Cailleux, l’asile de Ville-Evrard ouvre ses portes le 29 janvier 1868 à Neuilly-sur Marne. Pierre Roy (47 ans), cheveux châtains, menton rond, bouche moyenne et yeux clairs, vit depuis 8 ans à Gentilly. Il exerce le travail de journalier. Le 29 janvier 1868, le jour où Ville-Evrard ouvre ses portes, il fait partie des premiers internés. Son certificat établi par le médecin répartiteur du bureau central d’examen des aliénés du département de la Seine confirme qu’il est atteint d’alcoolisme, avec « hallucinations terrifiantes de l’ouïe, de la vue, bizarreries dans les idées et dans les actes, hésitations de la parole, tremblement de la langue, des lèvres et des mains ». C’est en 1862 que le Conseil général de la Seine engage, sur le domaine de Ville-Evrard, à Neuillysur-Marne, la construction d’un premier asile pour l’accueil de 600 « aliénés indigents », hommes et femmes. À son ouverture en 1868, le domaine de l’asile de Ville-Evrard compte près de 300 hectares, de bonnes terres fertiles sur lesquelles se trouvent 30 N°77 FÉVRIER 2019 SEINE-SAINT-DENIS Par Claude Bardavid Illustrations Le patronage des asiles de la Seine, Serhep une ferme et un château, la Maison de Ville-Evrard, acquis par le général Donzelot. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre De plan symétrique avec une organisation pavillonnaire et un regroupement des services généraux sur un axe central, il répond au principe de séparation des sexes et de classification thérapeutique des malades (malades de l’infirmerie, convalescents, faibles, paisibles, agités). « En ouvrant ces bâtiments destinés à surveiller et à soigner les aliénés, raconte Anne-Pascale Saliou, archiviste de l’hôpital de Ville-Evrard, la préfecture de la Seine obéit à une double exigence héritée des valeurs de la Révolution française, qui défendait l’idée d’intégrer ceux qu’on appelait les insensés dans une société plus juste, empreinte d’humanité. Les fous n’étaient plus
des personnes qu’on incarcérait mais des personnes que l’on pouvait soigner. » Construit sur une superficie de 6 hectares, l’asile est donc composé de deux divisions distinctes, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes. Chacune d’elles compte respectivement 6 quartiers à deux étages pourvus à l’arrière de jardins individuels de près de 1000 m². En 1888, on installera une volière dans chaque jardin pour la distraction des malades. Chaque quartier est aménagé pour recevoir 50 malades répartis en dortoirs de 16 lits, à l’exception des 8 cellules individuelles installées dans le quartier des agités et des 8 chambres doubles réservées pour l’isolement à l’infirmerie en cas de contagion. À Ville-Evrard comme dans tous les asiles psychiatriques, les fonctions médicales et administratives sont concentrées entre les mains d’une seule personne, le médecin-chef. Il faudra attendre 1879 pour qu’elles soient dissociées en raison de l’augmentation considérable des internés. « La liberté peut lui être rendue » Mémoire Durant l’année 1868, 346 hommes sont admis à l’asile et 134 en ressortent pendant la même période. Quant à Pierre Roy, il lui est notifié un certificat de sortie le 2 juillet 1869, où l’on peut lire qu’il est désormais « dans un état mental satisfaisant. Roy travaille à la ferme, sa conduite est irréprochable, sa raison saine. Il ne persiste plus aucun symptôme d’alcoolisme et la liberté peut lui être rendue sans inconvénient ni pour la société ni pour lui-même ». Peu de temps auparavant, Pierre Roy adressait une lettre au D r Dagron, réclamant sa libération  : « Aujourd’hui, je viens me rappeler à votre souvenir, étant capable, comme vous avez pu en juger, de rendre encore service à la société et, par ce moyen, me réhabiliter par mon travail. Car vingt mois de séquestration tant à Sainte-Anne qu’ici doivent suffire à un homme de cœur et d’énergie pour effacer ses errements passés et l’empêcher d’y retomber. » MUSÉE « L’histoire des oubliettes » La Société d’études et de recherches historiques en psychiatrie (Serhep) a été fondée en 1986 par quelques membres du personnel de l’hôpital de Ville-Evrard, parmi lesquels André Roumieux. Dès ses débuts, elle se spécialise dans « l’histoire des oubliettes », selon les mots de Lucien Bonnafé, psychiatre désaliéniste refusant l’effacement de l’histoire de la psychiatrie, inséparable de l’histoire des sociétés humaines. « Dès ses premiers pas, la Serhep constitue un lot d’archives à partir des dossiers médicaux des patients, explique Maria de Freitas, vice-présidente de la Serhep et psychologue pendant une vingtaine d’années à Ville-Evrard. C’est comme cela que l’on a pu retrouver le dossier de Camille Claudel. » Pour marquer le 150 e anniversaire de la création de l’asile, la société d’études a organisé des conférences autour des figures de Camille Claudel, d’Antonin Artaud et du père Komitas, qui furent internés dans l’institution. La Serhep ouvre au public une fois par semaine son petit musée d’art et d’histoire de la psychiatrie où l’on peut découvrir, entre autres, les folles machines à guérir les esprits tourmentés. Serhep, 202 avenue Jean-Jaurès, Neuilly-sur-Marne. Tél.  : 01 43 09 34 78. ssd.fr/mag/c77/1859 Un entretien avec Marie Bonnafé, psychiatre De 2 000 dans les années 70, le nombre de malades hébergés est passé à 400 aujourd’hui. L’EPS Ville-Evrard gère désormais un dispositif de soins en réseau avec de multiples structures dans les villes du département. N°77 FÉVRIER 2019 SEINE-SAINT-DENIS 31



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