[93] Seine Saint-Denis n°43 mar/avr 2015
[93] Seine Saint-Denis n°43 mar/avr 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de mar/avr 2015

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : Conseil Général de la Seine-Saint-Denis

  • Format : (195 x 290) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : élections départementales, mode d'emploi.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Mémoire L’éclosion des jardins ouvriers En Seine-Saint-Denis, les jardins ouvriers ont vu le jour dès la n du 19 e siècle, en même temps que les usines. 38 Par Isabelle Lopez Photographies Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs C’est un jardin extraordinaire. On vient l’arroser, le bêcher, on y passe du temps. On veut qu’il soit beau, généreux. On y élève des familles de lapins. On le borde de fleurs. On l’agrémente de cabanes, de tonnelles. Les premiers jardins ouvriers sont apparu à la fin du XIX e et au début du XX e siècle, en même temps que les usines. En Seine-Saint-Denis, ils s’implantent sur des terrains privés, municipaux ou appartenant à des sociétés locales (chemins de fer, congrégations religieuses, etc). En 1905, on en répertorie une quarantaine, notamment sur les glacis des forts, des terres concédées par la Ville de Paris N°43 MARS - AVRIL 2015 SEINE-SAINT-DENIS et le Génie militaire. C’est une langue de terre – appelée non ædificandi – de 200 à 300 mètres de large située en avant des fortifications, autour du fort d’Aubervilliers, à Saint-Ouen, Saint-Denis et Pantin, là « où rien ne doit être construit ». Des jardins ouvriers aux jardins partagés Un jardin du fort de l’Est à Saint- Denis. C’est ici que de nombreuses familles d’ouvriers font pousser leurs légumes. Pommes de terre, carottes, salades, haricots et radis semés de manière intercalée pour ne pas perdre de place. Les jardiniers évitent les artichauts, des plantations trop « encombrantes », et les asperges, qui ne produisent pas assez à leur goût. Il faut attendre 1906 pour y voir pousser des tomates, grâce à la diffusion de cours d’horticulture. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, le nombre de jardins évolue lentement. Mais dès les années 1920, l’actuelle Seine-Saint-Denis compte plus de 5 000 jardins ouvriers. La loi des 8 heures (de travail par jour), votée en 1919, ouvre le temps de l’expansion. De nombreux groupes indépendants voient le jour : à Clichy-sous-Bois (550 jardins), à La Courneuve (67 jardins), à Noisy-le- Sec (50 jardins) ou aux Lilas (13 jardins). En juin 1925, le Syndicat des jardins ouvriers de Pantin- Aubervilliers est créé. En 1935, une seconde association naît : la Société des jardins ouvriers des vertus. Alors que la première accordait aux jardins ouvriers la fonction d’antidote au bistrot, le siège social de la seconde est situé au bar Au bon accueil puis au bar L’Hirondelle à Aubervilliers. Durant l’entre-deux-guerres, les jardins ouvriers n’ont jamais été aussi nombreux. Les difficultés d’appro-
Mémoire visionnement en fruits et légumes et la misère des familles sont réelles. Ces jardins sont l’occasion d’améliorer le quotidien. Les jardins sont soumis à des règlements précis. Ils ne peuvent être ni sous-loués, ni donnés, ni vendus. La famille doit cultiver elle-même sa parcelle, « pour ses besoins propres » et à « l’exclusion de tout bénéfice ». Les légumes sont destinés à la consommation ou aux échanges entre proches. Et les jardiniers s’engagent à une tenue respectable, à une attitude décente et à de bonnes relations de voisinage. Aujourd’hui, ces jardins collectifs séduisent à nouveau les urbains. Les concessionnaires savent qu’ils doivent respecter les règles et les usages. Ils encourent le risque d’être expulsés du jour au lendemain, sans aucune indemnité. La redevance est en effet considérée comme une cotisation et non un loyer. À partir des années 1950, le nombre des jardins ouvriers baisse, du fait de l’urbanisation galopante mais aussi à cause des nouvelles habitudes de consommation. Aujourd’hui, ces jardins collectifs séduisent à nouveau les urbains que nous sommes. Ils poussent au pied des cités, dans les écoles, les collèges et dans nos écoquartiers. Ils prônent le bio et le bien-manger. Certains ont gardé leur appellation d’origine, comme à Villetaneuse, mais la plupart se font appeler « jardins familiaux » (nom officiel depuis 1952 des jardins ouvriers), ou « jardins partagés » (qui regroupent des habitants) et sont les dignes héritiers des jardins ouvriers. À LIRE s Jardins ouvriers et familiaux en Seine-Saint-Denis, Françoise Dedieu, 2011, 176 pages sur atlas-patrimoine93.fr jardins-familiaux.asso.fr/histoire.html L’abbé Lemire en visite ofcielle * En famille au jardin, 1934. Moment rare et solennel à Saint-Ouen lors de la visite du fondateur de la Ligue du coin de terre et du feu en 1920. « Le 24 juillet 1908. Rue du Bateau, sur le terrain vague qui couvre les pentes du Fort d’Aubervilliers, une poignée de familles est rassemblée pour célébrer la première fête annuelle de « leurs » jardins ouvriers. On attend la visite très ofcielle de l’abbé Lemire, député du Nord et fondateur de la Ligue du coin de terre et du foyer, qui chapeaute le mouvement national des jardins ouvriers. Il y a là le curé, les dames catéchistes et quelques notables d’ici. À l’entrée des jardins, le directeur du comité local, Alfred Bour, prononce le discours de bienvenue. Une bonne vingtaine d’enfants, Christophe Granger, enseignant-chercheur, membre du Centre d’histoire sociale du 20 e siècle André Boyer 78 ans, Villetaneuse DES SALADES, DE L’AMITIÉ ET DES FLEURS « En 1977, j’ai créé à Villetaneuse 253 jardins ouvriers. Mes parents avaient une ferme avec des vaches, des cochons, des canards, c’était grand. Nous, on avait déjà un jardin. J’ai eu envie d’en créer pour ceux qui n’en avaient pas. Ça a pris deux ans. J’ai encouragé les gens à y travailler un petit peu. Ça a bien marché. Tout le monde était content. C’était une ambiance, de l’amitié. Ces jardins existent toujours et j’en suis er. Ils se trouvent derrière l’école Jean-Baptiste-Clément et ils vont jusqu’au chemin de fer, jusqu’à la rue Jean-Jaurès. Il y a des cabanes, pas mal d’arbres fruitiers. Moi j’y faisais pousser des salades, des haricots verts et beaucoup de eurs… des roses, des pivoines rouges, des marguerites, pour les offrir à ma femme Evelyne. » les garçons déguisés en petits jardiniers, les jeuneslles en bergères, récitent un compliment et remettent un bouquet de eurs à l’abbé. Tout ce beau monde sillonne avec solennité les jardins, tend l’oreille au récit pittoresque des jardiniers et échange avec eux quelques conseils de circonstance. » educationpopulaire93.fr/spip.php ? article751 N°43 MARS - AVRIL 2015 SEINE-SAINT-DENIS 39



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