[92] HDS.mag n°27 jan/fév 2013
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  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°27 de jan/fév 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général des Hauts-de-Seine

  • Format : (215 x 275) mm

  • Nombre de pages : 76

  • Taille du fichier PDF : 15,1 Mo

  • Dans ce numéro : Rodin, côté Meudon.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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magazine 2 L’adoption n’est pas unedémarche humanitaire Psychanalyste et pédopsychiatre, Christian Flavigny est un spécialiste de la famille et de la filiation, thèmes auxquels il a consacré plusieurs ouvrages. HDS Dans quelles conditions un enfant est-il adoptable ? CF : Il y a deux cas de figure. Un enfant peut être abandonné parce que la femme qui l’a mis au monde n’a pas pu être sa mère, soit pour des raisons sociales soit pour des raisons psychologiques. Ce cas de figure rend possible l’adoption plénière. Ce mode d’adoption entraîne la rupture totale des liens de filiation de l’enfant avec sa famille d’origine. Ses parents d’adoption vont devenir ses parents comme s’ils l’avaient été de tout temps. Ce régime convient aux jeunes enfants. Le deuxième cas de figure est qu’un enfant soit délaissé. Cela ouvre la possibilité d’une adoption simple. L’adopté conserve alors dans sa famille d’origine tous ses droits tout en disposant des mêmes droits qu’un enfant légitime dans sa famille adoptive. Il y a donc une double référence de filiation cette fois-ci. Ce mode d’adoption, beaucoup plus rare, est privilégié pour les enfants plus grands. HDS L’adoption plénière est une spécificité française parfois critiquée. CF : L’adoption plénière a été instaurée en France en 1966 à la suite d’une histoire qui avait bouleversé l’opinion publique : le tiraillement d’un enfant au début des années soixante entre sa famille d’adoption et sa famille biologique. C’est l’affaire Novack. Elle a duré près de dix ans et donné lieu à trois arrêts de la Cour de cassation. Depuis la loi du 11 juillet 1966 donc, l’adoption plénière est considérée comme l’adoption de « droit commun », si je puis dire. Certains disent qu’elle est traumatique parce qu’elle rompt tout lien avec la famille d’origine. Or, elle considère au contraire qu’il n’y a pas de lien puisque la famille d’origine n’a pas voulu ou n’a pas pu devenir la famille de l’enfant. Ce mode d’adoption est destiné à soulager l’enfant de l’aspect traumatique de son abandon. C’est une manière de dire à l’enfant que certes sa famille d’origine n’a pas pu s’occuper de lui mais qu’il était attendu par sa famille d’adoption qui devient sa famille à part entière. HDS La loi américaine est très différente de la notre par exemple. CF : Ce régime juridique est spécifique à la France en effet. Aux États-Unis, l’adoption fonctionne sur un mode extrêmement différent. Ce que l’on appelle l’« open adoption », l’adoption ouverte, est en fait une cession d’enfants. Il y a une entente entre une femme qui abandonne son enfant et un couple qui va l’adopter sans qu’il y ait d’intervention des services sociaux. Les deux parties peuvent signer un contrat chez un avocat pour se mettre d’accord sur les détails, notamment les droits de la famille d’origine. Ce mode d’adoption peut entraîner des dérives : intermédiaires douteux, trafic d’enfants, surenchères financières. Des dérives que l’adoption française avec son cadre législatif souhaite éviter. HDS Combien y-a-t-il de personnes souhaitant adopter en France ? CF Aujourd’hui, il y a environ 25 000 agréments délivrés par les conseils généraux en France, la plupart à des couples, les autres à des personnes célibataires. Et il y a environ chaque année 7 000 adoptions, que ce soit en France ou à l’étranger. HDS Comment s’explique cette différence ? Parce qu’il y a peu d’enfants adoptables en France… CF : Il y a beaucoup d’enfants adoptables. Mais qui ne sont pas forcément les enfants que les familles souhaitent adopter. Tout le monde aimerait adopter un bébé en bonne santé et de préférence « proche » sur le plan ethnique. Je schématise mais c’est la réalité. Certains enfants sont déjà grands, d’autres ont des problèmes de santé ou un handicap. Les familles peuvent 6|hds.mag|n°27 - janvier-février 2013
entretien Christian Flavigny est l’un des intervenants du prochain « Questions de famille ». Consacré à l’adoption, il sera mis en ligne courant février sur www.hauts-de-seine.net (voir page 50). considérer que c’est une responsabilité qu’elles ne peuvent pas ou ne veulent pas assumer. HDS Est-ce pareil à l’étranger ? CF : La France a signé la Convention de La Haye de 1993 portant sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale. Elle encourage l’adoption dans les pays qui l’ont signée. Ils sont au nombre de 89. Mais il est vrai que l’adoption internationale chute. J’étais au Brésil récemment et l’adoption nationale y est désormais favorisée. Les demandes étrangères passent en second. Ce qui fait que les enfants proposés à l’adoption internationale sont grands, ils ont plus de trois ou quatre ans. L’enfant est déjà inscrit dans une langue qui ne sera pas celle de ses parents adoptifs. Les enfants proposés à l’adoption peuvent également être des enfants dits « à besoins spécifiques ». Ces enfants sont difficilement adoptables du fait de leur situation personnelle, leur histoire, leur handicap ou, et c’est la majorité des cas, leur état de santé. HDS Une fois l’enfant adopté, la filiation se construit-elle différemment d’une famille « classique » ? CF : Elle se construit exactement de la même manière mais avec quelques particularités. À commencer par l’absence de liens biologiques. Or, le lien biologique est quelque chose de rassurant parce qu’il est à l’origine des ressemblances physiques. Je me reconnais dans mon enfant. Cette difficulté première va devoir être surmontée. En sachant que des ressemblances se créent de toute façon de manière secondaire : traits de caractère, expressions, gestuelle… HDS Le processus est-il le même pour le père et pour la mère ? CF : Non. Tout homme devient père par adoption en quelque sorte. Alors qu’une femme devient mère parce qu’elle porte un enfant. C’est toute la spécificité du lien maternel. Dans l’adoption, c’est donc la mère qui est le plus privée de la constitution habituelle du lien. Il faut donc restaurer ce qui a manqué à la femme pour devenir la mère de cet enfant. HDS Quand faut-il dire à son enfant qu’il a été adopté ? CF : Il ne faut pas faire une grande déclaration solennelle. C’est une belle démarche que d’adopter un enfant. Il n’y a pas de raison d’en faire quelque chose de caché. Il faut que ce soit toujours présent de manière implicite. En revanche, que l’enfant sache qu’il a été adopté ne veut pas dire qu’il doit connaître la personne qui l’a abandonné. Ce sont deux choses différentes. Il est possible que l’enfant réclame de connaître sa mère de naissance. Cela signifie que l’enfant se demande pourquoi il a été abandonné, s’il a été un mauvais enfant. Or, cette question doit être réglée dans la famille d’adoption. Si l’enfant se pose ces questions c’est parce qu’il a peur de ne pas donner entière satisfaction. HDS L’adoption peut-elle être lourde à porter pour un enfant ? CF : Tout enfant est redevable envers ses parents et souhaite leur restituer une partie de ce qui lui a été donné. Mais la question de la dette peut être plus chargée, plus lourde à porter dans le cas d’un enfant adopté. S’il a le sentiment d’avoir été sauvé, que sa dette est trop lourde, il rejettera l’adoption. Cela arrive notamment au moment de l’adolescence. C’est pour cela que l’adoption ne doit pas être une démarche humanitaire, une générosité faite à l’égard d’un enfant en péril. C’est un intérêt partagé : celui d’un enfant qui n’a pas de famille et de parents qui souhaitent un enfant. n Propos recueillis par Émilie Vast Photos : Olivier Ravoire janvier-février 2013 - n°27|hds.mag|7



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