[68] Haut-Rhin magazine n°34 fév/mar/avr 2011
[68] Haut-Rhin magazine n°34 fév/mar/avr 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°34 de fév/mar/avr 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Conseil Général du Haut-Rhin

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 5,5 Mo

  • Dans ce numéro : coup de chapeau à nos bénévoles.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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20 dossier L’étymologie de bénévolat dit tout. Le mot vient du latin « benevolus », la « bonne volonté ». Rencontre avec quelques femmes et hommes de bonne volonté. Un laboratoire du bien vivre ensemble Pascal Herrscher Dans la famille Cartagena, je demande la mère, le père, la fille et le fils. Gagné ! Ils sont tous les 4 bénévoles. Ou secouriste, ou pompier, souvent les deux à la fois. « Un jour raconte Patrick, ma fille rentre, me tend un papier et me dit : papa, j’ai déjà tout rempli, tu n’a qu’à signer. Tu verras c’est beaucoup mieux que de passer tes dimanches après-midis devant la télé. Et c’est ainsi qu’avec mon épouse nous nous sommes engagés à la Croix Blanche. » Dans son avis du 24 février 1993, le Conseil Economique, Social et Environnemental donne du bénévolat la définition suivante : « est bénévole toute personne qui s’engage librement pour mener une action non salariée en direction d’autrui, en dehors de son temps professionnel et familial ». Près de quatorze millions de Français, soit une personne sur quatre, ont souscrit à cet engagement libre et gratuit, au sein de plus d’un million d’associations. Pour l’Alsace, ces chiffres sont respectivement de 270 000 à 320 000 bénévoles pour un nombre d’associations Tous les psychanalystes vous le diront : la nourriture, c’est de l’amour ! Voilà plus de 23 ans que Denise Vogel (à gauche sur la photo), pilier de la très dynamique association des Amis de la Maison d’Accueil du Diaconat de Colmar (AMAC) anime des ateliers de cuisine avec les résidents.compris en 27 et 29 000. Des chiffres en réalité un peu trop flatteurs. Car si l’on ne devait tenir compte que des bénévoles qui consacrent régulièrement au moins deux heures par semaine à leur association, ces chiffres s’éroderaient de près de 80%. Qui sont-ils ces bénévoles et dans quels champs d’actions s’investissent-ils ? Le nombre de bénévoles culmine pour la tranche d’âge comprise entre 35 et 44 ans. Mais là aussi, ce fait recouvre des réalités très diverses. Ainsi les bénévoles actifs dans le domaine social sont globalement plus âgés que ceux des domaines culturels et sportifs. Deux secteurs associatifs qui se taillent la part du lion et qui mobilisent à eux seuls près de la moitié du travail bénévole. Selon une étude de l’INSEE, le bénévolat représenterait en France plus de 1,3 milliard d’heures d’interventions par an, soit 820 000 emplois équivalents à temps plein, soit 12 à 17 milliards d’euros en terme de valorisation, ou encore près de 1 point de PIB. Aussi importants soient-ils, ces chiffres toutefois ne disent pas l’essentiel. Car le monde associatif est un vivier de l’innovation, un lieu de revitalisation de notre démocratie et le plus formidable laboratoire du bien vivre ensemble.
L'éloge de la gratuité Directrice Générale d’Espoir Colmar entre 1981 et 2005, date de son départ à la retraite, Annette Ehrlacher est depuis ce jour bénévole au sein de l’association, en charge des… bénévoles. DRH en quelque sorte des 200 personnes qui, ponctuellement ou de manière plus assidue, donnent de leur temps. « Je les rencontre, les écoute et les oriente en fonction de leurs compétences, de leurs envies, de leurs disponibilités, vers le domaine d’activité de l’association où elles seront le plus efficaces. Alsace, terre de bénévolat. Mythe ou réalité ? Une incontestable réalité même si le profil du bénévole s’est considérablement modifié et que la nature et la forme du bénévolat ont beaucoup changé au cours de ces dernières décennies. Comment l’expliquez vous cette réalité ? Elle a des racines multiples, complexes parfois très anciennes. L’humanisme rhénan, même s’il est le fait d’une infime minorité, a jeté les bases du respect et du souci de l’autre, d’une éthique qui l’emporte sur les clivages sociaux, politiques, religieux. Terre profondément chrétienne, l’Alsace est paradoxalement aussi une région où la morale laïque est le plus solidement ancrée. C’est dans ce terreau fertile que nombre d’hommes politiques, d’acteurs du monde social et économique ont grandi. Des hommes et des femmes très attachés aux valeurs humanistes et sociales, animés par un esprit de tolérance et d’indépendance qui les fera souvent rester en marge des partis et des institutions traditionnelles. Leur apport à la dynamique du bénévolat a été considérable. J’ai côtoyé pendant de longues années ces hommes et ces femmes de bonne volonté. Permettezmoi un seul instant de revenir à mon expérience au sein d’Espoir. En 1973, l’assemblée constitutive de l’association réunissait une soixantaine de membres. Il y avait là des catholiques, des juifs, des protestants, des agnostiques, des avocats, des médecins, des ouvriers… C’est cela le génie de l’Alsace : sa capacité à dépasser les clivages, à réunir des hommes capables de placer l’intérêt supérieur au-dessus des intérêts particuliers. N’est-ce pas une vision un peu trop optimiste ? Il est vrai que beaucoup d’associations deviennent de simples lieux de consommation. C’est le cas de nombreuses associations sportives et culturelles, dont la dynamique repose sur une toute petite minorité de membres actifs. La réalité est toute autre en ce qui concerne les associations du champ social. Il n’y a ici rien à consommer si ce n’est un enrichissement au contact des autres. Vous ne considérez donc pas le bénévolat en perte de vitesse ? Le bénévolat a connu une période difficile au cours des années 1980, époque où l’on prônait le bien-être personnel et qui a conduit à un repli sur soi. Les technologies nouvelles, la facilité de l’accès aux crédits à la consommation -de mon temps on se partageait la tondeuse ! - ont indéniablement éloigné l’individu du groupe. C’est à un total revirement de situation que l’on assiste depuis quelques années. De plus en plus nombreux sont ceux qui s’investissent comme bénévoles dans les associations non seulement pour y donner de leur temps mais également pour y retisser du lien. Il est évident toutefois que les mutations sociales et économiques de ces dernières années modifient le paysage du bénévolat. La mobilité professionnelle a conduit à un moindre engagement. Les actifs bénévoles sont de plus en plus sollicités dans leur travail donc de moins en moins disponibles. Faut-il s’en inquiéter ? L’engagement bénévole permet de se confronter aux fondamentaux. L’association est un lieu d’échange, d’entraide, de respect, de partage. On y cultive un acte essentiel : la gratuité. Tout ce qui affaiblit le bénévolat ne peut qu’avoir des conséquences négatives pour l’ensemble de la société. Haut-Rhin magazine N°34 - Février 2011 dossier « Etre bénévole, c'est se confronter aux fondamentaux : entraide, respect, partage « 21



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