[68] Haut-Rhin magazine n°29 fév/mar 2010
[68] Haut-Rhin magazine n°29 fév/mar 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°29 de fév/mar 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Conseil Général du Haut-Rhin

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : un budget 2010 solide et solidaire pour rendre le meilleur service aux Haut-Rhinois.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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36 territoires La statue de Lucius Munatius Plancus, fondateur de Bâle St-Alban Tor la civilisation, dans les créations et les soucis des hommes, une part aussi directe, aussi diverse, aussi étendue, aussi notoire que le Rhin ». Des dix fleuves qui drainent les eaux des Alpes et dont presque tous ont un cours continental ou alors débouchent sur des mers peu fréquentées, seul le Rhin est un fleuve atlantique, ouvert sur la mer la plus sillonnée de navires du monde. Selon l’expression Pascalienne, tout cours d’eau est un « chemin qui marche ». Mais il faut, précisera plus tard Victor Hugo, le génie de l’homme pour en faire une rue. Ce n’est pas la rue mais le boulevard du capitalisme occidental que l’homme a fait du Rhin. A proximité de ces rives se concentre la plus forte densité industrielle de la terre. Réduire le rôle de ce fleuve d’élite à sa seule fonction commerciale serait une grossière erreur toutefois. Car les cours d’eau, tout autant que des marchandises charrient des idées. Et de tous temps, les bateaux qui suivaient ou remontaient le courant du Rhin, portaient avec leurs richesses matérielles « la foi, l’espérance, la charité, la contestation et l’hérésie ». Le premier pont Le site de Bâle n’a jamais laissé les hommes indifférents. Il y a plus de 2000 ans déjà, les Celtes occupaient ce territoire. Mais c'est l’arrivée des Romains qui va bouleverser cette petite agglomération de pêcheurs. Ce n’est qu’au IVe siècle à vrai dire que Bâle commence à prendre de l’importance, après la destruction par les Alamans d’Augusta Raucher, situé à une dizaine de kilomètres et qui avait constitué le premier site d’implantation d’une colonie romaine en 44 avant JC. Haut-Rhin magazine N°29 - Févier 2010 Enjambons les siècles pour rapidement gagner le début du XIII e siècle. C’est vers 1225 en effet que Bâle lance sur le Rhin le premier pont fixe, acte fondateur de la vocation européenne de la cité. L’initiative est due à Heinrich von Thun, prince évêque éclairé de Bâle qui n’hésite pas à engager le trésor de l’église pour assurer son financement. Dans un premier temps, la vocation du pont est de joindre le petit Bâle, sur la rive droite du fleuve, et le grand Bâle situé en rive gauche. Mais rapidement son importance va croître car il s’agit ni plus ni moins du seul pont permettant de traverser le fleuve à pied sec entre Constance et la mer ! L’âge d’or Excepté l’assaut hongrois de 916 qui ravage la ville, Bâle a échappé à toutes les vicissitudes de l’histoire. Des siècles de guerres sanglantes se sont déroulés à ses portes sans jamais lui nuire Dans la cathédrale de du r a b l e me nt. Bâle, la pierre tombale Elle n’a pas pour d’Erasme, modèle de autant échappé l’intellectuel Européen, à toutes les catastrophes. En tolérant, probe, modéré. 1348, une épidémie de peste emporte plus de la moitié de ses habitants et 8 années plus tard un tremblement de terre détruit la quasi-totalité de la cité. Mais à chaque fois Bâle se relève avec une étonnante énergie. C’est que cette ville possède un esprit d’entreprise unique. A un point tel que Théodore de Bèze pouvait écrire en 1581 « … en peu d’années, il eut un aussi grand nombre de savants hommes en cette seule ville là qu’en l’un des plus grands royaumes du monde ». Bâle a été à l’avant-garde de la réforme et de l’humanisme. Constamment, la cité a été un asile ouvert aux hommes, aux pensées et aux biens, accueillant les intellectuels, réformateurs, scientifiques les plus divers : Erasme, Vésale, Paracelse, Calvin… Une formidable puissance de vie et de travail qui va féconder les siècles à venir.
Le musée suisse du papier Cuve à pâte à papier Le geste et la parole Le 24 juin 1840, Bâle était en liesse. Elle fêtait le 400 e anniversaire de l’imprimerie comme un événement d’importance mondiale. Cet « art divin » n’était certes pas né à Bâle, mais les officines d’imprimeurs éditeurs y étaient nombreuses. Jamais sans eux la pensée humaniste ne se serait développée. L’esprit et la main doivent toujours aller de pair. C’est une grande leçon que Bâle n’oubliera jamais. Innombrables sont les ouvrages d’importance publiés dans la cité. Nous n’en retiendrons qu’un, parce qu’il est l’un des plus remarquables et de surcroît l’œuvre d’un Alsacien, Sébastien Brant. « La nef des fous », « Das Narrenschiff », paraît à Bâle en 1494, et deviendra le premier best seller, le livre le plus diffusé après la Bible. L’ouvrage est d’un pessimisme radical et propose la vision d’un bateau ivre, porteur d’une humanité démente et voyageant vers la catastrophe. Pour Brant toutefois tout n’est pas perdu car « qui se croit sage, manifeste la gravité de son cas. Mais à qui s’accepte fou, le chemin de la guérison est possible ». La danse macabre C’est un vaste chapitre que celui de la mort à Bâle. Mourait-on davantage dans cette ville qu’ailleurs ? Certainement pas. Bâle pourtant, de manière plus intense et plus insistante qu’aucune autre ville, a toujours exprimé la fragilité, l’extrême vulnérabilité de la condition humaine. Innombrables sont les prédicateurs, écrivains et peintres, à nous avoir mis en garde contre l’ennemi armé de sa faux. Jean Tinguely a donné à Bâle une danse macabre extrêmement forte et dérangeante. Le 26 août 1986, un terrible incendie ravage une ferme située près de la maison de l’artiste. « Cette vision était si terrible qu’elle m’évoquait les camps nazis. Ce phénomène de carbonisation m’inspirait l’horreur, la chair des veaux aurait tout aussi bien pu être de la chair humaine. Toute la monstruosité des fours crématoires resurgissait de ces décombres ». Au cœur des décombres, l’artiste découvre les vestiges d’une moissonneuse. La marque de la machine est encore lisible : Mengele ! Un peu de folie dans un monde de raison Le Fassnacht, c’est la signature de Bâle. Une étonnante survivance en terre protestante. Trois jours durant, Bâle la sérieuse, la rigoriste, l’austère, se lâche. Tout le monde participe à la fête. Les costumes qui empruntent autant aux armées napoléoniennes qu’au carnaval de Venise rivalisent d’imagination. C’est « une fête compensatrice, libératrice, contestataire et unifiante, qui brise pour quelques jours le cloisonnement des êtres, des classes et des milieux ». Le Fassnacht trouve à vrai dire pleinement sa place au cœur de cette ville moqueuse, critique et sceptique. Nietzsche qui a enseigné à Bâle et qui a aimé cette ville ne disait-il pas que « parfois la folie est le masque d’un savoir trop certain ». Le Lella König, symbole d’une ville critique et moqueuse Mario Botta, Frank Gehry, Renzo Piano, Zaha Hadid… les plus grandes stars de l’architecture internationale ont travaillé à Bâle. Ici, le musée Tinguely. Le quartier nord de Bâle, celui de la chimie, depuis la Mittlere Brücke. A partir de 1859, Bâle devient l’une des premières places mondiales dans le domaine de la chimie et de la pharmacie. Illustrations : Christian Heinrich 37



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