[49] Maine & Loire n°12 novembre 2011
[49] Maine & Loire n°12 novembre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de novembre 2011

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général de Maine-et-Loire

  • Format : (210 x 265) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,9 Mo

  • Dans ce numéro : la boule de fort, l'Anjou adore.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 | dossier Je croyais que la boule de fort, c’était un truc de vieux. » Soyons honnêtes, nous avions à peu près le même point de vue que Grégory, douze ans, jusqu’à notre visite à Miré un mercredi après-midi. Un jour pas tout à fait comme les autres à l’Union, la vénérable société de boule de fort de cette petite commune du Haut-Anjou. Imperturbables, quelques anciens battent le carton pendant que Grégory, sa sœur Mélodie et les autres occupent le jeu de boules. Ils sont une dizaine, entre 7 et 16 ans. La boule de fort, ils adorent. Avant l’entraînement de football ou de basketball, ils s’éclatent en rivalisant d’adresse et de stratégie. À l’autre extrémité du bâtiment, accoudé au garde-corps, un homme se frise la moustache. « Lui, c’est José Ribeiro, une figure locale. Il s’occupe de l’école de boule de fort. Elle existe depuis six ans », chuchote Roger Aubry, le président de la société. Les élèves guettent chaque conseil. « Cela réclame beaucoup de patience, de À Coutures et ailleurs, la boule de fort est un jeu d’adresse et de patience. Coralie Pilard parole de pro Yannick Taugourdeau Fabricant de boules de fort en bois à Beaufort-en-Vallée calme et de concentration », prévient le professeur. L’art de prendre son temps Le principe est simple. Comme à la pétanque, il s’agit de placer la boule au plus près du cochonnet, ici on l’appelle le « maître ». Mais tout devient plus plaisant quand on vous tend une boule pas tout à fait ronde et que vous devez la faire rouler sur un terrain pas tout à fait plat. C’est toute l’originalité de ce jeu qui, à chaque fois, suscite la curiosité et l’amusement du spectateur non averti. « Nous sommes quatre ou cinq fabricants de boules de fort. Je suis quasiment le seul à les réaliser en bois, soit avec du cormier, soit avec du buis. J’en fabrique une quarantaine par an. Quand je me suis installé comme tourneur sur bois il y a presque deux ans, j’ai voulu respecter la tradition. Elles ne roulent pas mieux que celles en plastique, qui sont désormais plus courantes, mais elles sont plus jolies. » On peut jouer à tous les âges, à la campagne ou à la ville, comme ici à Angers. Seulement, n’oubliez pas vos chaussons ! 40 000 sociétaires pratiquent la boule de fort. Mensuel du du Conseil général de Maine-et-Loire | n°12 | novembre 2011
Avec son côté plus lourd appelé « fort » d’où son nom, la boule suit des trajectoires d’autant plus surprenantes qu’elle évolue sur une surface en forme de gouttière. Lâchée avec précaution sur une aire de jeu longue d’une vingtaine de mètres, elle roule en moyenne près d’une minute avant d’atteindre son but. La boule cultive ainsi l’art de prendre son temps, une autre idée peut-être de la douceur angevine. « Une partie peut durer trois heures, interrompt José Ribeiro. Avec les jeunes, on réduit la séance à une heure et demie. » Et ils reviennent, certains finissent même par concurrencer les plus anciens dans la vitrine aux trophées. Les premières écoles ont vu le jour il y a une quinzaine d’années afin de rajeunir les rangs. Aujourd’hui, 40 sociétés, sur les 307 que compte le département, proposent des cours aux plus jeunes. Ils ne pourront devenir sociétaires qu’à leur majorité. « Le problème, c’est qu’à 12 ou 13 ans, ils commencent à courir après les filles, et on ne les revoit plus. Nous, on avait le temps de faire les deux », sourit José Ribeiro. Une tradition angevine Les temps ont bien changé. Imaginez à l’époque florissante des sociétés de boule de fort, à l’aube du xx e siècle, des cercles fermés à l’organisation parfaitement codifiée. Les règlements intérieurs jaunis par le temps, toujours placardés sur les murs, témoignent encore d’une époque révolue. « Au décès d’un sociétaire, tous les autres sont tenus d’assister à l’enterrement sous peine d’amende… Si un chien vient dans le jeu de boule, son maître sera condamné… Les discussions politiques et religieuses sont interdites… », peut-on s’amuser à lire ici ou là. Ne rentrait pas qui voulait. Pour devenir sociétaire, il fallait obtenir le parrainage de deux membres et attendre le vote de l’assemblée générale. Cette tradition a survécu, mais les modalités se sont assouplies. Souvent entachés d’une mauvaise réputation, considérés comme des repères à Cercle très fermé, longtemps réservé aux hommes, la société de boule de fort s’est ouverte aux femmes dans les années 1980. Le jeu mesure entre 22 met 24 m de long et de 5,5 m à 6 m de large. Archives départementales de Maine-et-Loire parole d’élu Gilles Grimaud Vice-président du Conseil général en charge des sports et du patrimoine « Les touristes et visiteurs de passage en Anjou sont toujours étonnés de découvrir, au cœur de l’un ou l’autre de nos villages, la tradition de la boule de fort. Ce jeu atypique appartient au patrimoine local. À travers ses nombreuses sociétés, lieux de rencontre et de partage, sa pratique participe à la vie sociale et culturelle de notre territoire. En consacrant chaque année 20 000 euros à la rénovation des jeux, le Conseil général entend veiller à la sauvegarde de cet élément important du patrimoine ligérien. Le Département est par ailleurs un partenaire historique de la Fédération des sociétés de boule de fort de l’Ouest. Chaque année depuis 1993, il parraine la plus importante compétition de la discipline, le Challenge du Conseil général de Maine-et-Loire, qui rassemble près de 800 équipes de deux joueurs. » 12,5 cm de haut, 10 cm d’épaisseur, de 1,2 kg à 1,5 kg… c’est la boule de fort. anita nouteau | 13



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