[48] Couleurs Lozère n°49 jui/aoû/sep 2019
[48] Couleurs Lozère n°49 jui/aoû/sep 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°49 de jui/aoû/sep 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général de la Lozère

  • Format : (267 x 210) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,8 Mo

  • Dans ce numéro : l'épopée des grands voyageurs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Souvent présenté comme un ogre dévorant des tonnes et des tonnes de victuailles, avalant des rivières et livrant des combats titanesques contre d’autres géants purement imaginaires, Gargantua n'a aucun point d'attache précis. Il se déplace sans cesse et a laissé sa marque un peu partout sur le territoire français, que ce soit dans la toponymie ou dans les légendes locales. Dans la multitude des sites identifiés, la Lozère n'échappe pas à la règle et son périple, à pied, sans Grand Jument, commence en Cévennes. Se plaignant de pas trouver au Cham des Bondons une seule pierre à jeter aux chiens (il a du mal regarder c'est certain !) , il y forme l'Esquino d'Ase, le "dos d'âne", une arête rocheuse, ainsi que deux mamelons, les Puech d'Allègre et de Mariette, en secouant ses sabots porteurs de terre calcaire des Causses. Il fertilise ainsi des ilots de terre granitique. UN PALET LANCÉ, UNE DÉPATTURE, UNE EMPREINTE, UNE RIVIÈRE BUE... Un pied posé sur le tertre qui domine Grizac et l'autre sur un sommet qui, à 5 km de là, s'élève près du village de Ventajols aux environs de Florac, le géant 20 Histoire Quand Gargantua passait par là... Le plus grand voyageur de tous... Raconté par Rabelais en 1534, le géant aurait été aperçu dans les Gorges du Tarn, au sommet de la Margeride et bien sûr au Cham des Bondons... Partout où passa Gargantua, la Lozère pris ses formes généreuses. Suivons ici les traces du père de Pantagruel... couleurs lozère n°49 juillet/août/septembre 2019 encombré de la fameuse pierre plantée - le menhir de Grizac - s'en débarrasse en la jetant avec force dans le sol. Elle s'y trouve toujours fichée et aide les voyageurs à se repérer dans la neige les jours de tourmente. Au cours de ses déplacements, Gargantua, dépeint comme un combattant, n'a jamais les mains vides, il porte des instruments ou "Le Repas de Gargantua", Gustave Doré, 1848 - Gravure [2422*3000] des armes qu'il se fabrique à sa mesure, tables de dolmens ou blocs erratiques. Après avoir détaché une colonette du massif de Rocheblave à Molines pour fabriquer une arme, il teste sa solidité en appuyant sa pointe sur le sol. Sa force titanesque laisse place à un grand trou béant dénommé aujourd'hui la Grotte de Rocheblave. Les légendes le décrivent souvent portant une hotte chargée de pierres et de terre qu'il se fatigue à Façonneur de paysages, Gargantua agit au niveau du sol, de façon fantaisiste, et en fonction de ses besoins naturels, expliquant les irrégularités et bizarreries de la nature comme ici, aux Bondons.
porter. Continuant son chemin dans les gorges du Tarn, il s'y sent à l'étroit tant ses épaules heurtent les rochers. On retrouve alors la trace de ses genoux posés au sol sur le causse de Sauveterre où se creusent deux ravins parallèles de la Mine et de Dolan. Il passe devant le Château de la Caze construit selon lui "pour des fourmis" puis s'extasie au Point Sublime. QUAND UNE LÉGENDE CHASSE L'AUTRE... Surpris par la nuit et affamé, il décroche une étoile qu'il fixe au sommet d'une aiguille de pierre et s'en sert comme d'une chandelle pour pêcher à la luminade (pratique imitée ensuite par les locaux pendant des décennies). Il ne lui reste plus qu’à gratter de la main le fond de la rivière pour rateler des truites avec ses doigts. Cette pêche miraculeuse serait à l'origine du fameux chaos rocheux du Pas de Soucy qui obstrue le cours du Tarn, et la torche plantée dans les pentes est également toujours là  : c'est Roc Aiguille. A noter que cette légende se téléscope quelque peu avec celle de Sainte-Enimie poursuivie par le Diable ; la princesse mérovingienne aurait en effet invoqué le seigneur qui fit s'écrouler sur le passage du Drac un énorme rocher'Roquesourde'resté, depuis ce jour en travers de la rivière. Plus rationnels, les géologues eux voient dans le "Pas de Soucy" deux principaux éboulements d'âges très différents. Le premier daté des temps préhistoriques, le second causé par Le pas de Soucy le tremblement de terre de l'an 580. GARGANTUA, MAÎTRE DU PAYSAGE Faisant ombrage aux bottes de l'ogre du Petit Poucet, on dit qu'une enjambée de Gargantua mesurait environ 10 à 12 lieues soit environ 4 kilomètres. P lus au Nord, Gargantua laissa ses sabots  : le gauche à Châteauneuf de Randon et le droit au signal de Randon. Pour se distraire, il joua au palet, cette pierre plate et arrondie que vous retrouverez sans difficulté à Villeneuve sur le causse Méjean et au Thort sur le chemin de la Régordane. Gargantua tarit en buvant l e Bès à Recoules-d'Aubrac. Toujours assoiffé à Chapeauroux (Saint-Bonnet-de-Montauroux), il se désaltère en buvant l'Allier avec un bateau contenant des moines de Chamalière, un pied sur Casterousse en Haute-Loire, l'autre sur la montagne de Mont-Gros, et il saigne du nez à la Rougeyre, ce qui explique la couleur de l'argile. Son sang, on le retrouve aussi quand il se blesse au doigt dans un champ aux couleurs écarlates près de Luc et dans une traînée de terre rouge visible à Naussac. Eternel pérégrin, celui que l'on appelle aussi communément le Juif Errant boira également la Jonte un pied sur le Causse Méjean, l'autre le Causse Noir. L'histoire enfin veut qu'il abatte des bois pour en faire un fagot, le donner à une pauvre vieille femme et lui permettre ainsi de se chauffer pendant sept ans. Aujourd'hui, la Lozère rend encore hommage à ce grand bonhomme débonnaire et jovial. Manifestations festives, trail sportif, confrérie, restaurants et même club de rugby local portent son nom. Gargantua et compagnie, la légende des paysages de Lozère La Lozère, notre pays de pierres, est tout en creux et en bosses, en avens, gorges, chaos, trucs et puechs. Depuis toujours les hommes se sont demandés comment ces formes étranges se sont créées. La compagnie Paroles de Sources, basée à Florac, a souhaité réactiver cette mémoire au travers du projet « Gargantua et Compagnie ». La conteuse Sophie Lemonnier a rassemblé plusieurs des contes et légendes locaux pour en faire un spectacle où le merveilleux côtoie l'humour ou le récit initiatique. Prochaine représentation de "Gargantua & Cie" le mercredi 24 juillet 2019 à Ispagnac (au Jardin du Lien ou au CCAS en cas de mauvais temps) de 21h à 22h. The Life of Gargantua and of Pantagruel Frontispice de l'édition originale de 1532. Histoire couleurs lozère n°49 juillet/août/septembre 2019 21



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