[38] Isère magazine n°12 octobre 2017
[38] Isère magazine n°12 octobre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de octobre 2017

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général de l'Isère

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 8,5 Mo

  • Dans ce numéro : collège de l'Isère, la classe !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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> 42 ENSEMBLE « NOTRE HISTOIRE > ISÈRE MAG I SEPTEMBRE/OCTOBRE 2017 I #12 Après avoir servi Henri IV, qui le qualifiait de « rusé comme un renard », il a désormais l’oreille du roi Louis XIII… LESDIGUIÈRES LE ROMAN D’UN RENARD Dernier connétable de France, le duc de Lesdiguières, qui est actuellement à l’honneur avec une exposition dans son ancien château de Vizille, fut l’une des figures marquantes des XVI e et XVII e siècles. Un personnage très habile, dit-on, que l’Histoire avait un peu oublié. Bonne-Lesdiguières, ce seul nom remplit encore d’épouvante l’Espagne et l’Italie », peut-on lire sur sa pierre tombale. Décédé le 28 septembre 1626, à Valence, à l’âge de 83 ans, François de Bonne fut l’une des plus grandes figures du XVI e siècle et du début du XVII e siècle, cumulant les plus hautes distinctions militaires, dont celle de connétable de France. « Louis XIII la laissa vacante parce que personne ne pouvait être comparable à ce grand homme dans la conduite et le gouvernement des armées », écrira Louis Videl, son biographe. Quant à ses funérailles, elles furent grandioses tant à Valence qu’à Grenoble, où son corps, embaumé, arrivera le 14 octobre. Les cérémonies débutèrent cinq jours plus tard, le temps d’organiser avec faste le convoi funèbre entre sa demeure et la cathédrale Notre-Dame, recouverte de velours noir. Après l’office, la dépouille est transportée au château du Glaizil, dans les Hautes-Alpes, où un mausolée a été édifié. Retour à la case départ. C’est en effet à proximité de ce village, à Saint-Bonnet-en-Champsaur, que le jeune François est né, le 1er avril 1543. Durant son enfance, il s’impose vite comme un leader  : « On le vit se faire capitaine des enfants du village, les armer de bâtons, former entre eux des partis… », poursuit Louis Videl. En âge d’apprendre, il est envoyé en Avignon puis à Paris où on le destine au métier de robe. Il y échappera en s’engageant, en 1562, dans les troupes du lieutenant-général du Dauphiné. Avec les guerres de Religion, son destin basculera. Il rallie les armées protestantes de son cousin, Antoine Rambaud, et montre vite sa valeur au combat. En 1575, il devient le chef des protestants du Champsaur et, en 1577, le chef des réformés du Dauphiné. Courageux mais aussi très habile, il mène des combats de guérilla, harcelant sans cesse les troupes catholiques. En 1577, il prend Gap, puis fortifie La Mure et fait bâtir, en 1581, la forteresse de Puymore. En 1589, avec l’avènement d’Henri IV sur le trône de France, ancien chef protestant, son ascension n’a plus de limite. GARDIEN DES ALPES En 1590, il assiège Grenoble, dont les édiles contestent la légitimité du roi. Pour les impressionner, le rusé Lesdiguières leur montre ses troupes « de manière que la même repasse cinq ou six fois de suite… ». Les Grenoblois capituleront sans conditions. Toujours dans la manœuvre, alors que beaucoup pensaient à se venger, Lesdiguières se montre d’une totale bienveillance envers la population. Il renforcera aussitôt les défenses de la ville et entreprendra des travaux d’agrandissement. Mais à peine a-t-il repris son souffle que le duc de Savoie et ses alliés espagnols avancent dangereusement vers 1 Grenoble. Le stratège fait encore merveille et les Hispano-Savoyards sont écrasés le 18 septembre 1591 à la bataille de Pontcharra. Il affichera par la suite d’autres combats victorieux tant en Dauphiné qu’en Provence. Car sa mission consiste désormais à protéger le royaume de France sur sa frontière alpine. Inlassablement, il multiplie les patrouilles, repousse les infiltrations, s’aventure parfois en Piémont pour ouvrir d’autres fronts. Gardien des Alpes, il est nommé lieutenant-général du Dauphiné en 1597, maréchal en 1609, duc et pair de France en 1611. À la fois chef de guerre et administrateur, il règne avec poigne sur sa province, la dotant d’ouvrages d’art, digues et ponts, tout en servant aussi ses propres intérêts. À la tête d’une immense fortune, il acquiert ou fait construire de nombreux châteaux, dont celui de Vizille. En 1622, à la faveur de sa conversion au catholicisme, il reçoit l’épée de connétable. Après avoir servi Henri IV, qui le qualifiait de « rusé comme un renard », il a désormais l’oreille du roi Louis XIII. En 1623, il est nommé gouverneur de Picardie et, en 1625, repart guerroyer, contre les Génois. Atteint de fièvres, il décédera l’année suivante. Sources  : Un prince pour les Alpes, de Stéphane Gal, 2017 (voir page 50) ; Histoire de la vie du connestable de Lesdiguières, de Louis Videl, 1638. Par Richard Juillet
2 REPÈRES LESDIGUIÈRES EN HÉRITAGE Qu’a laissé Lesdiguières comme héritage en Isère ? S’il est l’un des personnages les mieux représentés dans l’univers grenoblois avec une rue qui porte son nom, mais aussi un lycée hôtelier, un stade et un centre commercial, on lui doit aussi de nombreux édifices encore visibles  : la porte de France et la porte Saint-Laurent, par exemple, quelques fragments de fortifications, l’ancien hôtel de ville et son jardin, rue Hector-Berlioz où il résida, le vieux pont de Claix sur le Drac, achevé en 1610, et bien sûr le château de Vizille et son parc, propriété, depuis 1973, du Département de l’Isère. 3 4 Dans le cadre de 2017- Année Lesdiguières, initiée par le Département de l’Isère en association avec le Département des Hautes-Alpes, de nombreux événements vont se dérouler dans l’ancien Dauphiné. En Isère, le Musée de la Révolution française présente ainsi, jusqu’au 12 mars 2018, l’exposition « La splendeur des Lesdiguières, le Domaine de Vizille au XVII e siècle » où ZOOM NOTRE HISTOIRE I ENSEMBLE LESDIGUIÈRES FOREVER sont dévoilés de nombreux documents sur la création du château et de son parc. À partir du 21 octobre, le musée de l’Ancien évéché, à Grenoble, dévoilera le travail de Jean de Beins, « Les Alpes de Jean de Beins, des cartes aux paysages (1604-1634) », tandis que le Musée dauphinois rendra hommage à « Lesdiguières, le prince oublié ». Contact  : www.lesdiguières2017.fr 1 > La prise de Grenoble en 1590 par Lesdiguières. 2 > Le château de Vizille, construit à partir de 1600 par Lesdiguières (par Alexandre Debelle). 3 > Figure de l’Histoire de France, le connétable de Lesdiguières fut en son temps le premier personnage de l’État, après le roi Louis XIII. 4 > Ses ossements reposent depuis 1822 dans l’église Saint-Pierre, à Sassenage. Sa première épouse fut en effet Claudine de Béranger-Sassenage. #12 I SEPTEMBRE/OCTOBRE 2017 I ISÈRE MAG Photos  : Coll. Musée Dauphinois > > 13 43



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