[34] L'Hérault n°221 février 2013
[34] L'Hérault n°221 février 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°221 de février 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général de l'Hérault

  • Format : (192 x 240) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12,2 Mo

  • Dans ce numéro : l'abonnement à L'Hérault, ça marche !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA GRANDE HISTOIRE rez-de-chaussée ou au premier étage. Yvette, Carmen et Clothilde rejoignent le deuxième étage, le secteur protégé. Libres de sortir. À une condition… On monte librement au deuxième étage. Mais pour en descendre, il faut composer le code de l’ascenseur. Une mesure de sécurité essentielle. La mémoire à court terme leur faisant défaut, les malades d’Alzheimer ont tendance à fuguer pour retourner dans l’un des lieux où ils ont vécu. « Ils sont "protégés", mais ils ne sont pas en prison. C’est avant tout un lieu de vie. Ils peuvent sortir à condition d’être toujours accompagnés par un proche », explique Anthelmette Brizon, directrice des Jardins d’Aniane. L’Ehpad a la capacité d’accueillir quarante-cinq personnes âgées, dont douze dans le secteur protégé. Certains y sont atteints de la maladie d’Alzheimer, d’autres du syndrome de Korsakoff - un trouble neurologique causé par l’abus d’alcool ou une malnutrition sévère - ou encore de démence « à corps de Lewy », qui présente les symptômes conjugués des maladies d'Alzheimer et de Parkinson. Confier son parent à un Ehpad... Pas facile. « Si la famille a accepté que leur proche doit être en Ehpad, ça se passe bien, confie Anthelmette Brizon. Je leur dis souvent : Laissez-nous faire ce qui n’est pas agréable, et quand vous venez, ne prenez que l’agréable ! » Musique zen, accessoires de massage, huile d’Argan Le mercredi après-midi, le secteur protégé se transforme en salle de spa. Objectif : détente ! « C’est un moment privilégié. Je leur masse les mains, le visage, le cuir chevelu. Certains me racontent leur vie. Toutes les semaines, ils me la racontent, parce qu’ils oublient qu’ils l’ont déjà fait. Je la connais par cœur, leur vie, maintenant (rires) ! », confie Delphine. Cette ex-prof de fitness en avait assez des cours en maison pour tous avec des jeunes. « Ici, je sens beaucoup plus de reconnaissance. Et puis, ça me plaît de créer des activités. Je fais partie de leur vie, même s’ils ne me remettent pas toujours dans le bon contexte. » Delphine se partage toute la semaine entre les quarante-cinq résidents. - « Mme J., je vous fais un petit massage ? Les mains ? » - « Les mains, les pieds… J’adore qu’on me tripote ! » répond Clothilde. Delphine prend délicatement sa main dans la sienne, et la masse avec l’huile d‘argan. « Laissez-nous faire ce qui n’est pas agréable, et quand vous venez, ne prenez que l’agréable. » Anthelmette Brizon, directrice des Jardins d’Aniane. « Plus on stimule le cerveau, plus on retarde la progression de la maladie. » Blandine Rolland, art-thérapeute. - « Ces mains, elles ont tellement travaillé. À Espéraza, je fabriquais des chapeaux en feutre, raconte Clothilde. Puis j’ai travaillé à l’hôpital. » Marthe s’approche. Elle se sent mal, veut s’asseoir, puis se lever… Une infirmière lui propose d’aller s’allonger. - « Si m ma peut-être parce que schch, oui mais ça memennarré, bah oui. Voilà heeeh voilà, voilà ! » dit à voix haute Addie, un petit bout de femme blonde, très menue. Qu’a-t-elle voulu nous dire ? Impossible de le savoir. Addie passe son chemin, les mains serrées. Chez elle, la maladie d’Alzheimer provoque une déambulation permanente. Elle ne s’arrête que lorsque son corps est épuisé. Delphine propose de m’impliquer dans la séance de massage. J’attrape la main gauche de Georges, 84 ans, vêtu d’un T-shirt très rock’n roll. En discutant avec lui, j’apprends qu’il était imprimeur dans les PTT et qu’il aime peindre. Ses aquarelles sont dans la salle, suspendues à un fil par des pinces à linge. Son épouse aussi est ici, trois sièges plus loin. Elle a 92 ans et s’appelle Anne-Marie. Confier ses proches Frédéric F. est l’un des fils de Georges et Anne-Marie. Il a aujourd’hui 51 ans. Son père est à l’Ehpad depuis deux ans. Sa mère l’y a rejoint plus récemment. « Les troubles de mon père ont commencé il y a une dizaine d’années : pertes de mémoire, difficultés pour marcher… » se souvient Frédéric. George est hospitalisé à maintes reprises. Il change trois fois de neurologue. Puis le diagnostic tombe : Alzheimer associé à Parkinson. Pendant six mois, une personne vient à domicile pour les repas, ainsi qu’une infirmière matin et soir. « Mais mon père tombait, il fallait le ramasser. Il se perdait en sortant de chez lui. Le médecin m’a dit que le mettre en Ehpad, c’était la seule décision à prendre. Ça fait drôle… Dans mon esprit, c’était un mouroir. » Avec son frère, ils cherchent un établissement près de Montpellier. « Mais c’était bondé. Et ça devenait urgent pour mon père d’être accueilli. Sa maison n’était plus adaptée. Il aurait fallu une aide-soignante 24 h/24. Et puis, on a trouvé Aniane. Il y avait de la place. C’était tout neuf, on a eu un très bon accueil. » Au début, c’est dur. Frédéric rencontre la psychologue des Jardins d’Aniane. « On n’osait pas dire à mon père qu’il resterait là définitivement. On lui disait : "Tu es là et on verra par la suite". Il avait du mal à s’y faire. "C’est qui tous ces 34 —Février 2013
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