[34] L'Hérault n°220 janvier 2013
[34] L'Hérault n°220 janvier 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°220 de janvier 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général de l'Hérault

  • Format : (192 x 240) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12,1 Mo

  • Dans ce numéro : en mer avec les pêcheurs du Grau-d'Agde.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA GRANDE HISTOIRE centre du pont et forment une espèce de puzzle géant bleu et jaune. Les couleurs du matériel de la criée d’Agde tranchent avec le blanc oxydé du bateau. Les trois hommes prennent place devant les tables de tri, situées à bâbord* et à tribord et entament un ballet digne des centres de tri postal. D’une main, ils font voler les poissons vers les caisses, de l’autre ils rejettent le reste à l’eau. Une fois les caisses pleines, elles sont lavées à grande eau, couvertes de glace et stockées à l’intérieur du bateau. Sous la glace : des baudroies, des capelans, des congres, des merlus, des rougets, des grondins*, des poulpes… Le gasoil, c'est l'ennemi du métier. Le bateau en consomme 2 000 litres par jour. Chaque mois, c'est une facture de 25 000 €. L’usine-sur-mer Avant de remonter une seconde fois les filets, les matelots s’accordent une pause déjeuner. Direction la cuisine. La banquette encastrée autour de la table rappelle les cabines de mobil-home. La pause est courte. Un café et retour sur le pont, ciré sur le dos. 12 h 30, rebelote : câbles remontés, filet vidé et remis à l’eau, poissons triés, nettoyés, rangés, mis sous glace et stockés. 15 h 45 : Alain et Yves remontent une dernière fois les filets. Déjà trois fois en huit heures qu’ils enchaînent les mêmes gestes. Cinq jours par semaine, vingt jours par mois minimum. « C’est l’usine, lâche le capitaine qui remet le cap vers le Grau-d’Agde. Tous les jours, c’est pareil. L’hiver, c’est plus intéressant : l’anchois, on le cherche, on fait des petites calées* de trente minutes. » Le Raymond-Elise 4 regagne tranquillement les terres, escortées par une escouade de mouettes trop chaleureuses pour être honnêtes. Arrivée estimée vers 17h. Le temps que le poisson soit vendu à la criée, le capitaine et ses matelots rentreront chez eux vers 19h, avant de souper et d’aller au lit à 20 h 30, histoire d’être frais quand le réveil sonnera le lendemain à 1 h 30. « On dépasse les 80 heures de travail par semaine », calcule Jean-Marie Nouguier. « Le samedi matin, on revient pour réparer les filets, entretenir le bateau. » Et la vie de famille dans tout ça ? « Y’en a pas … Un matin, vous vous réveillez et votre fille se marie... Le weekend, je fais des efforts, je vais promener en famille, même si je suis fatigué. En juin, quand on a dû s’arrêter de pêcher pendant sept semaines, on a dormi du matin au soir, les premiers jours. Là, on a vu que nos corps étaient vraiment fatigués. Mais je ne ferais pas un autre métier ! Quand mon père faisait ça, c’était plus familial, plus convivial. Ils gagnaient moins, mais avaient moins d’emprunts à rembourser. « Un matin, vous vous réveillez et votre fille se marie... » Aujourd’hui, on a les yeux rivés sur les chiffres ! Parce que nos marins, on est responsables d’eux. L’hiver quand t’as du -10° et que tu te prends des coups de mer, t’es trempé de la tête aux pieds. Alors, quand je ne peux leur donner qu’un chèque de 200 € à la fin de la semaine, j’ai honte. » Les chiffres, justement. C’est souvent tabou, mais le capitaine joue le jeu. « Mon bateau m’a coûté 900 000 €. Je le rembourse sur 15 ans avec des traites de 6 000 € par mois. Mais le plus cher, l’ennemi du métier, c’est le gasoil. Le bateau en consomme environ 2 000 litres par jour. On le payait l’équivalent de 13 centimes d’euros en 1991, se rappelle Jean-Marie Nouguier. On est aujourd’hui à 64 centimes d’euro ». Soit plus de 25 000 € par mois de facture carburant. « En ce moment, 50% de la recette va dans le réservoir, alors que pour être bien, il faudrait qu’on soit à 30%. Et puis il y a les salaires. J’ai trois matelots, dont un est en congé aujourd’hui. Ils gagnent entre 1 200 et 2 000 € nets par mois. Plus les charges. L’an dernier, j’ai fait un chiffre d’affaires d’environ 600 000 € ». Le chalutier est presque à quai, la discussion n’ira pas plus loin. Bientôt dans votre assiette Pendant que le capitaine est à la manœuvre pour aborder, Alain et Yves terminent de laver les dernières caisses de poissons. Sur le quai, quelques curieux attendent pour voir la pêche du jour. Le père du capitaine est là pour donner un coup de main aux amarres et décharger. La passion est manifestement plus forte que la retraite. À l’intérieur de la criée, le poisson est pesé, calibré et proposé aux acheteurs selon un système d’enchères descendantes qui limite le risque de voir brader la marchandise. Quand toutes les caisses du Raymond-Elise 4 sont passées, les chiffres tombent : aujourd’hui, Jean-Marie Nouguier et ses matelots ont ramené 857 kg de poisson, d’une vingtaine d’espèces différentes. « On a fait une bonne journée », résume le capitaine. Quelques caisses partent chez des acheteurs locaux, mareyeurs et restaurateurs. Le reste est chargé dans des camions frigorifiques. Le poisson sera à Rungis vers minuit et à Barcelone à 3 h du matin. L’heure où le Raymond-Elise 4 prendra le large, encore une fois … Jean-David Bol (texte) Max Cabanes (dessins) 38 —Janvier 2013
A noter Le Grau-d’Agde est un port départemental. Il en existe six autres dans l’Hérault : Vendres-Chichoulet, Bouzigues, Marseillan-Tabarka, Marseillan-les Mazets, Mèze-ville et Mèze-Mourre blanc. Depuis 11 ans, le Département a investi 48 M € dans ces ports et au profit de la filière pêche. Objectifs : les moderniser et les équiper afin de limiter leur impact environnemental, notamment sur l’écosystème fragile de l’étang de Thau. Au port du Grau-d’Agde, plusieurs aménagements ont été réalisés en 2011 : un nouveau quai de stationnement de 330 mètres et de nouveaux pontons flottants. Un plus pour la quarantaine de bateaux qui étaient à l’étroit, et pour les 450 emplois directs et indirects générés par la criée. Investissement : 8,1 M € financé à 90% par le Département. En chiffres 1 400 marins vivent de la pêche et de la conchyliculture dans l’Hérault 22 ports dans l’Hérault, dont 7 départementaux 5 500 tonnes de poisson débarquées dans les criées de Sète et du Grau-d’Agde en 2011 Contacts Vous souhaitez acheter local ? Vous régaler des poissons pêchés par la Raymond-Elise 4 et les autres bateaux du Grau-d’Agde ? Retrouver la liste de toutes les poissonneries et grandes surfaces héraultaises qui s’approvisionnent à la criée en vous connectant sur herault.fr. Janvier 2013 — 39



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