[28] Eurélien n°18 mar/avr/mai 2012
[28] Eurélien n°18 mar/avr/mai 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de mar/avr/mai 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Conseil Général d'Eure-et-Loir

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 6,9 Mo

  • Dans ce numéro : Boostemploi... gagner la bataille de l'emploi !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Mémoires vives 24 Eurélien Magazine n°18• PRINTEMPS 2012 À l’affiche Tribune Parce qu’on est jeunes Paul Deschanel : un Eurélien président de la République À l’heure où ce numéro d’Eurélien est bouclé, l’issue de la campagne présidentielle n’était pas encore connue… En 1920, l’Eure-et-Loir a donné un président à la République en la personne de Paul Deschanel. Son mandat, très vite écourté, ne doit pas faire oublier le parcours exceptionnel de ce contemporain de Georges Clemenceau. Paul Deschanel naît près de Bruxelles en 1856, où son père a été contraint à l’exil par Napoléon III. Il grandira à Paris où il effectuera de brillantes études, avant d’entamer sa carrière politique avec les débuts de la III e République. D’abord secrétaire du ministre de l’Intérieur, Monsieur de Marcère, il est nommé sous-préfet à Dreux de décembre 1877 à avril 1879. Il est élu le 4 octobre 1885 sur la liste républicaine modérée d’Eure-et-Loir et siégera par la suite au sein de l’Alliance démocratique, au centre-droit. Un temps sous-préfet à Dreux Sa première intervention à la tribune a lieu le 28 juin 1886, pour défendre la taxe sur les céréales. Il obtient un franc succès, arguant à la fois de la contradiction qui fait que l’industrie est protégée par des taxes douanières, tandis que l’agriculture ne bénéficie d’aucune disposition particulière. Il fait un vibrant plaidoyer contre le libre-échange, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation. L’année suivante, il obtient un autre franc succès en défendant la protection des chrétiens d’Orient ; l’année d’après, c’est la marine qui bénéficie de son appui. Opposant à la peine de mort En septembre 1889, il se présente dans l’arrondissement de Nogent-le-Rotrou. Ardent défenseur de la liberté de la presse, il s’oppose à la peine de mort et écrit en 1908 : « Toutes les raisons qu’on donne pour le maintien de la peine de mort, de grands jurisconsultes les donnaient, il y a deux siècles, pour le Cette statue de Paul Deschanel se trouve dans le centre-ville de Nogent-le-Rotrou. À l’occasion de la séance du dimanche 19 octobre 1919, Paul Deschanel, Président de la Chambre des députés, évoque le retour à la liberté et à la justice, deux thèmes qui lui tiennent à cœur. Archives municipales de Nantes. maintien de la question. […] J’ai toujours été partisan de l’abolition de la peine de mort par un argument qui, à mon sens, renverse tous les arguments contraires. Il suffit qu’au cours des siècles, un seul homme ait été injustement condamné à la peine capitale, pour que la peine capitale doive disparaître. » Cette posture hostile à toute coercition sans nul doute au fait que son père, maître de conférences à la Sorbonne, a dû quitter la France en 1850 après la publication de « Catholicisme et socialisme ». Son fils partage son goût pour la littérature et fait siennes ses conceptions de la Nation. Comme l’a dit Maurice Maunoury dans le discours prononcé au cimetière Montparnasse le 28 avril 1923 : « Il fut l’adversaire résolu de tout système de contrainte collective, faisant à maintes reprises une impitoyable critique de toutes les conceptions qui aboutissent, par l’extension démesurée du rôle de l’État, à la négation de la liberté et à la destruction de l’initiative individuelle. » L’Eure-et-Loir, sa petite patrie On trouve peu de traces de son activité en Eure-et-Loir pendant ses différents mandats. Son intervention relative à la taxation des céréales est la preuve la plus
Assiette à l’effigie de Paul Deschanel. (Archives départementales d’Eure-et-Loir) Tout mon cœur reconnaissant… manifeste de son implication locale. Si les trente-cinq années comme député du département ont laissé peu de traces dans les archives, en revanche le discours prononcé à Chartres le 9 juin 1918 dans lequel il déclare : « Je n’avais pas en France de petite Patrie, vous m’en avez donné une depuis trente ans, vous me l’avez conservée à travers tout, laissez-moi aujourd’hui, devant vous, exprimer toute ma piété filiale, tout mon cœur reconnaissant », atteste des liens forts tissés avec le département. Son action comme Président de la commission des Affaires extérieures, Président de la Chambre, et enfin président de la République, a plus retenu l’attention. Mais parvenu à ce terme, sa santé vacille après quelques mois et il doit se démettre. Élu sénateur en 1921, il meurt le 28 avril 1922. PORTRAIT DE PAUL DESCHANEL De 1895 à 1919, Paul Deschanel fut Conseiller général. En 1898, il était Vice-Président du Conseil général d’Eure-et-Loir et un destin exceptionnel allait le conduire à exercer la plus haute fonction de la République française. AD 28 HISTOIRE Président à la barbe de Clemenceau L’élection présidentielle de 1920 semblait tout acquise au « Père la Victoire ». L’orgueil de Clemenceau en décida autrement. S’abstenant de faire campagne, il prend le risque de narguer Aristide Briand, qui fédérera contre lui tous ses ennemis, de la gauche socialiste à la droite catholique. La majorité républicaine modérée s’accorde alors rapidement sur le nom d’un nouveau candidat, en la personne de Paul Deschanel. Son positionnement centriste, son parcours et le duel à l’épée qui l’opposa à Clemenceau en 1894 lui donnent un profi l idéal pour remporter l’élection. Ce qu’il fera avec 734 suffrages, obtenant la plus large majorité de toute l’histoire de la III e République. En ce 17 janvier 1920, il interpellera une dernière fois Clemenceau avant que ce dernier ne quitte la vie politique : « Vous avez gagné la guerre, nous gagnerons la paix. » ANECDOTE Chute du train Le 23 mai 1920, groggy par des médicaments, Deschanel se penche à la fenêtre d’un train et en tombe en pleine nuit, près de Montargis. Recueilli par un cheminot, hébété et vêtu d’un pyjama, il mettra plusieurs heures à convaincre de son identité malgré le bon sens de l’épouse du garde-barrière : « J’avais bien vu que c’était un monsieur : il avait les pieds propres ! » Ses opposants s’empareront de l’histoire pour le faire passer pour malade mental alors qu’il est probable qu’il ait tout au plus été sujet à un surmenage. Deschanel prendra cependant prétexte de son état de santé pour démissionner le 21 septembre 1920. PRINTEMPS 2012• Eurélien Magazine n°18 25



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