[22] Côtes d'Armor n°174 mar/avr 2020
[22] Côtes d'Armor n°174 mar/avr 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°174 de mar/avr 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général de Côtes-d'Armor

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 3,6 Mo

  • Dans ce numéro : spécial budget 2020.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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30 / À DÉCOUVRIR Les Côtes d’Armor ont 30 ans Des Côtes du Nord aux Côtes d’Armor Alors que l’on fête, ce 8 mars, les 30 ans du changement de nom des Côtes d’Armor, retour sur plusieurs décennies d’un âpre combat pour en finir avec les Côtes du Nord, une appellation trop dévalorisante pour l’attractivité de notre département. L’ histoire commence le 4 mars 1790. Par décret royal, la France est découpée en 83 Départements. Les députés bretons de l’Assemblée constituante baptisent notre Département du nom de Côtes du Nord. Il faut savoir qu’à l’origine, le Finistère devait s’appeler Côtes de l’Ouest et le Morbihan Côtes du midi, mais leurs députés respectifs obtinrent gain de cause pour les dénominations actuelles. Restaient donc les mal nommées Côtes du Nord. Depuis, régulièrement, des voix s’élevèrent contre cette « injustice ». À partir du XIX e siècle, certains s’étonnèrent de ce nom mal approprié. Ainsi, en 1862, Monsieur Gaultier du Moltay, conseiller général, écrivait : « Cette À la Une du Télégramme, le 8 mars 1990. appellation est défectueuse… Les Départements de la Seine Inférieure et du Pas de Calais ont une étendue de côtes plus importante sur la Manche et sont plus au nord que nous. Ils auraient mérité l’appellation qui est la nôtre. » En 1914, c’est André Desportes, professeur au collège des Cordeliers à Dinan qui manifestait ainsi sa déception : « Nous vivons dans l’extrême ouest de la France, mais nous sommes des Côtes du Nord, un nom qui ne nous apprend rien. » Il faudra attendre 1953 pour que Pierre Olivaux, hôtelier à Saint-Cast-le-Guildo et délégué hôtelier du Comité d’études et de liaison des intérêts bretons (Celib), lance une enquête sur le changement de nom du Département. Les très nombreuses réponses révélèrent une immense majorité pour le changement de nom. Petit à petit, l’idée germe et en 1956, le Conseil municipal de Lannion vote un vœu en ce sens. 1959 : 307 communes votent pour les « Côtes d’Armor » Mais la première campagne d’envergure viendra de la Ville de Saint-Brieuc, le 10 juillet 1959, lorsque Fernand Durand, adjoint au maire, fait adopter à l’unanimité du Conseil municipal un vœu pour que les Côtes du Nord deviennent Côtes d’Armor, vœu repris dans la foulée par 307 communes du département sur 385, six seulement ayant voté contre, les autres ne s’étant pas prononcées. Et en novembre 1961, Saint-Brieuc va même jusqu’à imprimer « Côtes d’Armor » sur ses enveloppes de correspondance, provoquant l’ire du préfet et des PTT. Plus étonnante est la réaction négative de la société d’émulation pour laquelle « ar mor » signifiant « côte » en breton, on se Côtes d’Armor magazine - N°174 / Mars - Avril 2020 Charles Josselin. “ L’adhésion de la population a été instantanée retrouverait devant un pléonasme. Dans le même temps, le 10 janvier 1960, Victor Rault, conseiller général, soumet un vœu pour le changement de nom au vote de l’assemblée départementale, qui préfère, prudente, confier le dossier à une commission spécialisée. Le préfet, saisi des travaux de cette commission, confia le dossier aux Archives départementales. Pour autant, le débat reste ouvert au Conseil général et, le 20 avril 1962, sous la présidence de René Pléven, il demande officiellement au gouvernement de rebaptiser le département « Côtes d’Armor ». Mais il fallait pour ce faire l’accord de la Région et des trois autres Départements bretons. Le Finistère ne l’entendit pas de cette oreille, considérant qu’il dispose de deux fois plus de côtes (ar mor) que les Côtes du Nord. La demande essuie donc un refus du ministre de l’Intérieur de l’époque, Roger Frey, qui écrit à la députée Marie-Madeleine Dienesch que « attribuer PHOTO THIERRY JEANDOT
le nom ‘Côtes d’Armor’ serait un pléonasme puisque ‘ar mor’ veut dire côtes en langue bretonne ». Il lui suggéra toutefois que le Conseil général puisse proposer un autre nom. Le projet fut alors provisoirement abandonné. Il y eut bien une autre tentative de l’union départementale des syndicats d’initiatives du département qui proposa « Côtes des granites » dans les années 78- 80, mais le projet n’aboutit pas. Le projet de changement de nom connaît un ultime rebondissement en 1984, lorsque Alphonse Boulbain, président de l’Union des syndicats d’initiatives, revient à la charge avec « Côtes d’Armor ». François Mitterrand : « Côtes d’Armor, c’est un joli nom » Les communes sont à nouveau consultées et le Conseil général, présidé par Charles Josselin, redemande officiellement le changement de nom le 22 janvier 1988. « Nous avons commencé par consulter la Région et les autres Départements bretons, se souvient Charles Josselin, et nous n’avons rencontré aucune opposition, pas même du Finistère ». Quelques mois plus tard, convié par le président de la République François Mitterrand pour une visite d’État en Tunisie, Charles Josselin profite du voyage en avion pour lui en toucher un mot. « Le président m’a écouté sans prononcer un mot puis, lorsque j’en eus terminé, il me dit simplement : ‘Côtes d’Armor, c’est un joli nom’. Je savais que la partie était gagnée ». Dans la foulée, Charles Josselin prend son bâton de pèlerin pour aller convaincre, avec succès, Adieu les « Nordistes » Alain Cadec Président du Département « L’anniversaire de tous les Costarmoricains » Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur, « qui me dit qu’il avait reçu des instructions du président Mitterrand », et Michel Rocard, Premier ministre, « avec qui ce fut une formalité ». En janvier 1990, le Conseil d’État dit oui, suivi du ministre de l’Intérieur et du Premier ministre. Le décret, signé le 27 février, est publié au Journal officiel le 8 mars 1990, presque 200 ans jour pour jour après la naissance des Départements. Les Côtes d’Armor ont enfin obtenu justice. « L’adhésion de la population, même des rares qui étaient réticents, a été instantanée, poursuit Charles Josselin. Ce changement de nom a contribué à renforcer l’identité des Costarmoricains. Et quelque temps après, François Mitterrand me confiait : ‘Vous avez beaucoup de chance, car baptiser, c’est un peu donner naissance’ ». ◀ À DÉCOUVRIR / 31 « Le nom de Côtes d’Armor est plus qu’un symbole, c’est l’incarnation de notre identité. Je veux saluer ceux qui ont été visionnaires à l’époque. Je pense à Alphonse Boulbain, président du syndicat d’initiative de Saint-Brieuc, et bien sûr à Charles Josselin qui a su fédérer autour de lui et mettre au service du Département son réseau et son aura nationale. Nous fêtons cette année le trentième anniversaire de tous les Costarmoricains, un nom dont nous sommes fiers. Célébrer cet anniversaire est donc une évidence, et nous jalonnerons l’année 2020 de temps forts, dont une grande soirée ouverte aux Costarmoricains le 19 mai prochain. » Bernard Bossard En 1989, soit un an avant le changement de nom, 40 % seulement des Français situaient correctement les Côtes du Nord. Près de 53 % les situaient entre les départements de la Manche et du Nord. En 1996, six ans après la naissance des Côtes d’Armor, ils étaient 67 % à situer correctement notre département. Une anecdote qui en dit long : en 1985, le bateau Côtes du Nord gagne le Tour de France à la voile. Un journal parisien titre « Victoire des Nordistes », et un autre pronostiquait : « Ce soir, Dunkerque va pavoiser »… Sans commentaire. PHOTO BRUNO TORRUBIA



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