[22] Côtes d'Armor n°173 nov/déc 2019
[22] Côtes d'Armor n°173 nov/déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°173 de nov/déc 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général de Côtes-d'Armor

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 4,5 Mo

  • Dans ce numéro : agir au quotidien.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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30/À DÉCOUVRIR PHOTO H. PAITIER INRAP Du VI e siècle av-JC à la conquête romaine Le département au temps des Gaulois Deux peuples gaulois ont occupé le territoire des Côtes d’Armor, du VI e siècle av. J.-C jusqu’à la romanisation de l’Armorique. Le plus étendu des deux, les Osismes, occupait toute la partie ouest du département, mais aussi l’ensemble du Finistère, tandis que les Coriosolites vivaient à l’Est du département. D les Romains. « Les peuples gaulois avaient aussi des relations entre eux. La plupart des grands axes antiques étaient déjà précédés par des voies gauloises. Les échanges vont très vite d’un point de l’Europe à l’autre pendant l’âge du Fer. Il n’y a pas de peuples en retard. Et, contrairement à ce que l’on entend parfois, la Bretagne a été romanisée comme l’ensemble de la Gaule ». On sait aussi, grâce à la découverte de monnaies sur place et aux écrits de César, que les peuples armoricains sont allés combattre à Alésia ou Gergovie. Les gaue nombreuses découvertes réalisées dans le département ont permis d’en savoir un peu plus sur les Gaulois. Les plus remarquables concernent Paule, Trégueux, Laniscat, Lamballe, Plumaugat ou encore Langrolay-sur-Rance. Tout commence à partir du VI e siècle av. J.-C. « C’est à ce moment-là que l’on voit l’émergence de fermes de plus en plus abondantes alors qu’avant nous avions du mal à cerner les habitats », explique Anne Villard-Le Tiec, conservatrice du patrimoine au Service régionale d’archéologie à Rennes, spécialiste des Gaulois et de l’âge du Fer. Ces fermes sont entourées par un système de talus et de fossés, de manière à protéger l’habitat et les récoltes stockées. En fonction de la richesse du propriétaire, l’habitat est plus ou moins grand. « Ces fermes, poursuit Anne Villard-Le Tiec, connaissent une floraison au V e siècle av. J.-C, au IV e ça végète un peu, puis au III e Le dépôt monétaire de Laniscat se compose de 547 monnaies gauloises du peuple des Osismes frappées dans un alliage d’or, d’argent et de cuivre. on voit des créations un peu partout et au II e elles sont très nombreuses par endroits, parfois une ferme tous les 300 mètres. On sent qu’il y a un succès dans l’exploitation du territoire. Les Gaulois commencent à disposer d’outils en fer très efficaces. Ce sont de très habiles forgerons. La démographie est importante et se développe jusqu’à la conquête romaine ». La forteresse de Paule En Côtes d’Armor, le site de Paule illustre parfaitement ce dynamisme gaulois. Cette grosse ferme, située en terres Osismes, à la limite avec les Vénètes au Sud, et fouillée pendant près de 25 ans, est fondée au VI e siècle av. J.-C, au croisement de plusieurs voies importantes. Ferme très prospère, elle voit à partir du III e siècle av. J.-C une évolution importante de son ampleur et de ses limites, jusqu’à la fortification du lieu au cours du II e siècle av. J.-C. C’est alors une véritable forteresse autour de laquelle se développe une agglomération. « Ce qui distingue aussi la Bretagne du reste de la Gaule, précise Anne Villard-Le Tiec, ce sont des exploitations créées au VI e siècle av. J.-C et qui perdurent très longtemps, alors qu’ailleurs on observe une rotation des habitats ». Côtes d’Armor magazine Plusieurs découvertes exceptionnelles de mobiliers seront faites à Paule, notamment des statuettes enfouies vers -50. Elles représentent des défunts. Parmi elles, un personnage, probablement un barde, tenant une lyre dans ses mains. Son cou est orné d’un torque, à savoir un collier en tôle d’or, accordé en signe de bravoure ou de dignité (Photo ci-contre). De nombreuses amphores provenant d’Italie ont également été découvertes sur le site, indiquant un commerce avec « La Bretagne a été romanisée comme l’ensemble de la Gaule
N°172/Novembre - Décembre 2019 lois étaient du reste divisés sur l’attitude à adopter vis-à-vis de la conquête romaine. Certains, comme les Pictons (région de Poitiers) choisissent de collaborer avec César. D’autres, c’est le cas des Osismes, des Coriosolites mais aussi des Vénètes (Morbihan), décident de se liguer contre l’envahisseur. « C’est peut-être la raison pour laquelle on a le sentiment que beaucoup d’habitats, comme Paule ou Trégueux, ont été abandonnés. Peut-être que l’ensemble de l’aristocratie bretonne a été décapitée. Ou alors ces grands aristocrates ont choisi de rejoindre les capitales de cité fondées par les Romains, à savoir Corseul, la capitale antique des Coriosolites et Carhaix, la capitale antique des Osismes ». Car il semble en effet que l’administration romaine a choisi de créer ex-nihilo des cités nouvelles. Ainsi, il n’y a pas de traces jusqu’à aujourd’hui de substrat gaulois à Carhaix, Corseul ou Rennes. Outre la découverte de Paule, d’autres sites costarmoricains ont nourri les connaissances sur les Gaulois. À Laniscat, un dépôt monétaire exceptionnel a été découvert au sein d’une ferme. Il se compose de 547 monnaies gauloises du peuple des Osismes frappées dans un alliage d’or, d’argent et de cuivre. « Ce sont les monnaies qui nous permettent de bien distinguer les peuples, indique Anne Villard-Le Tiec. On trouve beaucoup de trésors en Bretagne avec cette particularité que les pièces sont thésaurisées, conservées dans des dépôts, alors qu’ailleurs en Gaule elles sont dispersées dans l’habitat. On ne sait pas vraiment pourquoi ». À bien des égards, les Gaulois demeurent d’ailleurs un peuple mystérieux, dans la mesure où, bien qu’ils connaissaient l’écriture, la transmission était orale, et le crédit que l’on peut accorder aux écrits romains est sujet à caution. « Il semble qu’il y ait une sorte d’interdit de l’écriture posé par les druides pour ce qui est de la transmission des connaissances. N’ayant pas de textes, nous ne pouvons que faire des hypothèses ». Les souterrains, une spécificité bretonne Au-delà des trésors, il existe une autre singularité des Gaulois armoricains, notamment dans la partie la plus à l’ouest de la péninsule  : les fameux souterrains. En Côtes d’Armor, il en a été découvert à Prat (illustration ci-contre), à Plouaret, à Paule, etc. Leur fonction n’est pas certaine dans la mesure où rien n’y a été retrouvé, mais les archéologues formulent l’hypothèse qu’ils servaient surtout à garder des denrées au frais et PHOTOL. STÉPHANON ARTS GRAPHIQUES ET PATRIMOINES Restitution de l’agglomération de Paule vers 150-50 av. J.-C. peut-être, dans certaines circonstances, faisaient-ils office de cachette pour les personnes. « Plus l’habitat est important, plus il y a de souterrains, observe Anne Villard-Le Tiec. Ils sont creusés dans la roche et les entrées sont cachées ». Au rang des découvertes importantes, citons également le site de Trégueux, mis au jour lors des fouilles préventives avant la construction de la rocade de déplacements briochine. Cette agglomération gauloise est notamment composée d’une enceinte fortifiée et d’un grand bâtiment public. Les interprétations divergent. Serait-ce une place de rassemblement ? Une place marchande ? En l’absence d’objet permettant de trancher, c’est là encore un mystère gaulois qui reste à élucider. ◀ À DÉCOUVRIR/31 Laurent Le Baut PHOTO HERVÉ PAITIER L’une des quatre statuettes découvertes à Paule représentant un barde avec sa lyre. Une représentation du souterrain gaulois de Prat. PHOTO STANISLAS BOSSARD



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