[22] Côtes d'Armor n°173 jan/fév 2020
[22] Côtes d'Armor n°173 jan/fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°173 de jan/fév 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général de Côtes-d'Armor

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 4,0 Mo

  • Dans ce numéro : enfance et famille, sur le chemin de la parentalité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PHOTO © LES VOIES ROMAINES EN BRETAGNE, JEAN-YVES EVEILLARD, ÉD. SKOL VREIZH 30 / À DÉCOUVRIR “ Trois Borne milliaire de Maël-Carhaix sur une carte postale ancienne. 50 av-JC. - V e siècle Les voies romaines en Côtes d’Armor En Côtes d’Armor comme ailleurs, les voies romaines formaient un maillage dense de chemins et de routes entre les cités des peuples gaulois. S’il reste peu de vestiges de ces anciennes voies, les recherches archéologiques ont permis de nous fournir des renseignements précieux sur l’organisation de l’Armorique romaine. P récisons-le d’emblée : par voies romaines, entendons l’ensemble des routes et chemins antiques qui ont Carte pu être foulés à l’époque romaine. En effet, bien avant la conquête romaine, nous savons que les peuples entretenaient entre eux des relations commerciales et qu’un réseau important de voies existait déjà. Pour tenter de définir une cartographie des voies romaines, les recherches se sont initialement appuyées sur deux documents antiques, qui dateraient du III e siècle, nous renseigne Jean- Yves Eveillard, dans son ouvrage « Les voies ro - maines en Bretagne* ». Il s’agit de la Table de Peuntinger, carte géographique sur laquelle ont été tracés de manière schématique les principaux itinéraires routiers, et de l’Itinéraire d’Antonin, qui recense dans ses 20 manuscrits 372 voies sur les 85 000 km que compte l’Empire romain. Ces deux témoignages ont notamment permis d’affirmer l’existence de la voie qui relie Rennes à la Rance en passant par Corseul. Ce sera la seule citée pour notre département, car n’ont été représentées sur ces itinéraires catégories de routes anciens que les voies qui faisaient communiquer Rome avec les extrémités du monde romain. Autres documents d’intérêt considérable qui ont fourni des indications précieuses pour l’étude du tracé des voies romaines : les bornes milliaires, ancêtres des bornes routières. Érigées le long des routes les plus importantes, ces colonnes de pierre, hautes de 1,50 m à 3 m, comportent le plus souvent le nom de l’empereur qui a fait construire la route, et la distance depuis le départ ou l’arrivée de la route. Au total, en Bretagne, un peu plus de 40 mil - liaires ont ainsi été découverts, sur un total de 700 environ sur l’ensemble des territoires de l’ancienne Gaule, et datant pour la grande majorité des années 237 à 293, sous le règne de Galère. En Côtes d’Armor, nous pouvons notamment recenser les bornes de Maël-Carhaix, Plounevez-Quintin, Plouasne, Saint-Méloir-des-Bois, ou encore de Lancieux. Des voies bombées encadrées de fossés Afin de pouvoir déterminer l’âge de ces voies, les recherches se sont beaucoup appuyées sur leur type de fabrication. L’architecte impérial d’Auguste, a décrit ainsi la composition des voies situées aux entrées des grandes villes : « Le stratunem formé de grosses pierres plates posées sur plusieurs rangs, le ruderatio, sorte de béton composé de pierres (…), le nucleus, liant de chaux à sec mélangé avec du sable et de la brique pilée (…), et le summa crusta (…), pavage ou dallage, ou quelquefois seulement cailloutis. La voie est bombée en son centre de manière à permettre l’écoulement des eaux de pluies vers les deux des voies romaines à la fin de l’occupation romaine, réalisée à la fin du XIX e siècle par René Kerviler, ingénieur et archéologue. Côtes d’Armor magazine fossés ». Les études convergent pour nous apprendre que seuls deux ou trois de ces éléments suffisent à caractériser une voie romaine, reconnaissable à son bombé très caractéristique, lié à sa construction, et aux fossés qui la bordent, eux-mêmes encadrés par des levées de terre. Pour autant, les nombreuses réfections des voies, par empilements successifs de nouvelles couches, ont rendu la datation souvent difficile. De plus, les voies ont souvent été construites par-dessus d’anciens chemins gaulois qui ont été rehaussés au fil du temps, pour aboutir à des voies composées d’indices de différentes périodes. Pour repérer les voies antiques, l’un des autres indices fiables a été leur utilisation comme limites paroissiales. Lorsque les paroisses ont été créées, pour la plupart d’entre elles entre le VI e et le XI e siècle, le découpage de leur territoire s’est appuyé notamment sur le tracé d’anciennes voies. L’origine des noms de villages et de lieuxdits a également son importance, car de nombreux lieux ont conservé dans l’écriture de leurs noms le souvenir des voies antiques. Un réseau routier dense et complexe C’est donc un faisceau d’indices qui a permis de dresser une carte précise des voies romaines sur le territoire costarmoricain, partagé entre le territoire des Osismes, à l’ouest, et celui des Coriosolites, à l’Est.
N°173 / Janvier - Février 2020 Essentiellement rural, avec peu de centres urbains, hormis Corseul, le territoire comporte principalement quelques vici (qu’on pourrait qualifier de petites villes de province) correspondant à des nœuds routiers ou des stations le long des voies. Parmi les voies les plus importantes, citons celles qui partaient de Corseul, en direction d’Avranche, Carhaix, Vannes ou Rennes. Un important maillage de voies secondaires et de chemins vicinaux complétait les voies principales et permettait de desservir une grande partie du territoire. Hors de l’axe de Corseul, ont ainsi été reconnues les voies qui reliaient Lannion à Carhaix, Lannion à Tréguier ou encore Lannion à Morlaix. Selon Silicus Flaccus, arpenteur du I er siècle de notre ère, il existait « trois catégories de routes dans le monde romain », rapporte Jean-Yves Eveillard : « les voies publiques, construites aux frais de l’État (…), les voies vicinales, qui s’embranchent sur la grande route, conduisent à travers la campagne et souvent, aboutissent elles-mêmes à d’autres voies publiques (…), et des chemins traversant des domaines particuliers, qui (…) doivent (…) livrer passage (…) à ceux qui en ont besoin pour parvenir à leurs champs ». Concernant le franchissement des cours d’eau, nombreux, en Côtes d’Armor, trois solutions étaient pratiquées : le passage avec un bac ou un bateau, la traversée à gué, ou la construction de pont, plus rare. En amont du passage de Jouvente sur la basse Rance, plusieurs gués ont ainsi été identifiés. Ainsi, en raison de son passage à gué favorable, le bourg de Taden est devenu un important vicus routier et portuaire, jouant « le rôle de port fluvial pour le chef-lieu des Coriosolites situé à 11 km seulement », note Jean-Yves Eveillard. PHOTO © LES VOIES ROMAINES EN BRETAGNE, JEAN-YVES EVEILLARD, ÉD. SKOL VREIZH La vie de la route L’étude des voies anciennes permet également de fournir quelques indications sur la vie de la route, même si la documentation sur le sujet, pour l’Armorique, est limitée. On sait toutefois que « les routes étaient empruntées par des artisans ou des commerçants se rendant au marché de la ville voisine (…), par des colporteurs sillonnant les routes, par des pèlerins allant assister aux fêtes religieuses dans les plus grands sanctuaires tels que le Temple de Mars à Corseul, par des messagers porteurs de missives, ou plus simplement par des voyageurs », indique Jean-Yves Eveillard. Comme autant de témoignages précieux, des boîtes à sceau, petits objets en métal qui servaient à sceller une lettre ou un paquet, ont été retrouvées sur les routes, dont quelquesunes par exemple à Saint-Brandan. Nous disposons de très peu de renseignements sur les moyens de transports dans la Bretagne antique, mais il est fort probable qu’ils aient été les mêmes que ceux du reste du monde romain. La majorité des déplacements se faisait à pied, à dos d’homme ou avec des bêtes de somme. Les marchandises plus lourdes étaient transportées soit par chariots légers à deux roues, soit par charrettes à quatre roues. Témoins de ces nombreux passages, de nombreuses pièces métalliques provenant de l’équipement des montures de chevaux, mules et ânes ont été découverts sur les voies antiques. À Corseul par exemple, « pas moins de 19 décorations de harnais, simples boutons ou appliques plus complexes ont été retrouvées », signale Jean-Yves Eveillard. Le long de toutes les routes, les voyageurs trouvaient les commodités qui leur permettaient de se restaurer, de changer de monture ou d’être hébergés pour la nuit. Sur la route, on pouvait également croiser des véhicules d’une bien plus grande richesse. Chaque province de l’empire était en effet régie par un gouverneur dont les missions, telles que la justice, la répartition et la levée des impôts et le maintien de l’ordre, l’obligeaient à sillonner son territoire. Il se déplaçait alors accompagné d’une suite importante de domestiques, gardes et scribes. L’utilisation de ses voies antiques se prolongera au-delà de l’époque romaine, durant tout le Moyen-Âge. Il faudra attendre le siècle de Louis XIV pour que de nouvelles routes remplacent les routes antiques. Le début d’une autre histoire des routes... ◀ Stéphanie Prémel * Les voies romaines en Bretagne, Jean-Yves Eveillard, éd. Skol Vreiz. À DÉCOUVRIR / 31 PHOTO © LES VOIES ROMAINES EN BRETAGNE, JEAN-YVES EVEILLARD, ÉD. SKOL VREIZH Corseul. Evocation de l’activité dans la rue principale du quartier de Monterfil II (dessin V. Bardel). Voiture attelée à deux roues, monument funéraire (Rheinisches Landes-museum, Trèves). PHOTO © LES VOIES ROMAINES EN BRETAGNE, JEAN-YVES EVEILLARD, ÉD. SKOL VREIZH



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