[22] Côtes d'Armor n°171 sep/oct 2019
[22] Côtes d'Armor n°171 sep/oct 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°171 de sep/oct 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général de Côtes-d'Armor

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : les Côtes d'Armor ont des talents.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PHOTO THIERRY JEANDOT 30/À DÉCOUVRIR PHOTO THIERRY JEANDOT Plussulien Sur les traces de la hache polie Au sud de Plussulien, sur la colline de Quelfénec, une pierre particulièrement rare, la métadolérite à grain fin, a été exploitée pendant près de 2 000 ans, jouant un rôle considérable dans le développement de l’agriculture à l’époque Néolithique. U n affleurement rocheux d’environ 15 mètres de long et deux mètres de haut s’offre à la vue du visiteur, dans un cadre paisible et boisé. Le site néolithique de Quelfénec, Le site de Quelfénec où était extraite la métadolérite. propriété du Département depuis 2005, a été identifié au milieu des années 60 comme un haut-lieu d’extraction de métadolérite à grain fin (dolérite de type A, extrêmement rare). Une pierre servant à fabriquer des haches polies dont on a trouvé des exemplaires dans une grande partie de la France, mais aussi en Allemagne, en Belgique et dans le sud de l’Angleterre… « Ces haches en dolérite de type A étaient bien connues des archéologues. En revanche, on ne connaissait pas leur provenance », explique Danielle Le Gall, ancienne présidente de l’association Chemins de l’archéologie, créée en 2005 pour animer le site de Quelfénec et le musée qui lui est consacré à Plussulien. Côtes d’Armor magazine Les haches polies de Quelfénec sont en métadolérite à grain fin, une pierre très recherchée pour sa dureté et sa résistance. Au cours des années 1960, entre en scène un jeune archéologue et géologue, Charles-Tanguy Le Roux. « À l’occasion du remembrement, poursuit Danielle Le Gall, une carte du secteur géologique de Quintin a été refaite. Charles-Tanguy Le Roux y a vu une anomalie, c’est ainsi qu’il a découvert le gisement de dolérite de Plussulien en 1964 ». Des travaux de recherche vont ensuite se dérouler de 1969 à 1976. Les fouilles archéologiques interviennent autour d’un affleurement rocheux où les déchets d’extraction s’entassent parfois sur plus de deux mètres d’épaisseur… Il faut dire que la durée d’exploitation du site est estimée à environ 2 000 ans, entre - 4 000 et - 2 000 av. J-C.
N°171/Septembre - Octobre 2019 « La pierre de fer » Mais pourquoi cette pierre était-elle autant recherchée ? « Elle est dure, elle est résistante et elle peut être réaffûtée, » indique Vincent Aubin, président de l’association Chemins de l’archéologie. « Cette dolérite de type A est spécifique à Quelfenec, complète Jean Le Pommelec, ancien maire de Plussulien. Les anciens l’appelaient men houarnen breton, la pierre de fer, parce qu’elle abîmait le socle des charrues en produisant un son métallique caractéristique. C’est une roche très dense ». « Plusieurs millions de haches ont été produites sur le site PHOTO THIERRY JEANDOT Et le moins que l’on puisse dire est que les haches de Quelfenec ont voyagé. Si environ 50% d’entre elles sont répertoriées en Bretagne, on en trouve aussi en Allemagne, dans les îles anglo-normandes et au Sud de l’Angleterre. « On estime que plusieurs millions de haches ont été produites sur ce site, reprend Vincent Aubin. Charles-Tanguy Le Roux considère que c’était une petite usine. On voit par rapport aux traces d’extraction, qu’il y a eu une exploitation Les hommes du Néolithique utilisaient la pierre polie (ici, une herminette) pour travailler le bois. importante. Ces haches ont permis aux hommes du Néolithique de défricher les forêts pour cultiver des champs mais aussi de couper du bois pour construire leurs maisons sur poteaux ». À Quelfénec, la fabrication des haches polies comprend essentiellement trois étapes  : l’extraction de la pierre, l’ébauchage des lames et le bouchardage. Il existe en revanche peu d’indices concernant l’étape de polissage. Il semblerait que la plupart des lames étaient polies ailleurs. L’explication avancée est que cela permettait à l’utilisateur final d’ajuster parfaitement la lame au manche sur lequel elle devait être fixée. On estime qu’il fallait une journée entière de travail pour obtenir une lame de hache et que 30 kg de roche étaient nécessaires pour aboutir à un outil de 300 g ! Le feu était alors utilisé pour faire éclater la roche. Des vestiges de ces foyers ont été retrouvés au cours des fouilles, ce qui a permis la datation précise de l’exploitation du site par radiocarbone. Une fois le bloc extrait, le tailleur procédait par percussions afin d’arriver à une ébauche de lame, sans cesse plus affinée, avant le polissage. Cette dernière étape consiste à frotter la pierre contre une autre pierre pour en lisser la surface et affûter le tranchant. Devenue plus régulière, la lame est aussi plus facile à emmancher. Si dans un premier temps, les lames étaient simplement fixées directement dans le manche, elles furent par la suite positionnées dans une gaine en bois de cerf, elle-même fixée au manche, la gaine ayant pour fonction d’amortir les chocs. Quant au déclin de l’extraction sur le site de Quelfénec, il s’explique tout simplement par l’arrivée du bronze puis du fer, signant la sortie du Néolithique. Régulièrement, l’association Chemins de l’archéologie organise des visites du site, des démonstrations d’utilisation de la hache polie et, chaque année au mois d’octobre, une conférence. Un musée, ouvert toute l’année au sein de la mairie, retrace l’histoire de la métadolérite de Plussulien grâce à une scénographie entièrement repensée en 2017. ◀ À DÉCOUVRIR/31 Un polissoir portable du Néolithique. ▶ Maison de l’archéologie 23 rue du Centre à Plussulien Tél. 02 96 28 25 17 ou 06 66 04 08 47 maisonarcheologie@gmail.com Laurent Le Baut PHOTO THIERRY JEANDOT



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