[22] Côtes d'Armor n°168 mar/avr 2019
[22] Côtes d'Armor n°168 mar/avr 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°168 de mar/avr 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général de Côtes-d'Armor

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 3,8 Mo

  • Dans ce numéro : efficace et proche des Costarmoricains.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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20/BRETON/GALLO ◀ Ronan Rocaboy et Dimitri Guérin sont inventifs, soutenus et inspirés par les gens du Mené. Tud ijinus, skoazellet hag awenet gant tud ar Mene eo Ronan Rocaboy ha Dimitri Guérin. Ronan Rocaboy e Dimitri Guérin ont de l’injin ; i sont en hare du monde du Menë, e eutcite les soutienent. ◀ Clés pour la lecture gallo ao = « aw » (caozer), ë = « eu » (pezeraë, avaë), pll = « pl » ou « pi » (pllace), cll = « cl » ou « qi » (cllôz), Gh = « dj « (ghéter), Qh = « tch » (qhulture) PHOTO THIERRY JEANDOT L’agriculture se réinvente Deux beaux-frères, 59 hectares et de l’énergie qui déborde. C’est ce qu’on rencontre au village du Bigna à Plessala. Dimitri Guérin et Ronan Rocaboy sont deux jeunes agriculteurs qui cherchent à réinventer le métier. Doareoù nevez da labourat an douar Daouvreur-kaer, 118 devezh-arat ha startijennbetek re. Sellaze ar pezh e vez kavet e kêriadennLe Bigna kostez Plessala. Dimitri Guérin ha Ronan Rocaboy a zo daou venajer yaouank o klask adijinañ ar vicher. Fére ergaimmer la qhulture Deûz biaos-fréres net qheurus e lous 59 ectares. Vaila de cai dan le vilaije du Bigna en Pllessela. Dimitri Guérin (Ghérin) e Ronan Rocaboy (Rocabaye) sont deûz jienes paizans qi ghétent a fére ergaimmer le metier. GERIA OUEG (1) liesgounezerezh  : polyculture (2 bevliesseurted  : biodiversité (3) heuliadus  : traçable (4) segalwinizh  : triticale, hybride de blé et de seigle (5) rotel  : compost (6) difuiñ  : isoler, isolation (7) hin  : climat VOCA BULAIRE MOTS (1) Bughins  : vers de terre (2) Ergaimmer  : réinventer (3) Enterjiets  : environnement (4) Pomelle  : orge (5) Saodraé  : saulaie (6) Fien  : fumier (7) Adlaizis  : rêveurs (8) Invencion  : impossible (9) Savancetë  : compétence (10) Galfataije  : isolation (11) Essâs  : tourteau VOCA BULAIRE Au village du Bigna vivent quelques familles, une vingtaine de truies et leurs petits, quelques centaines de poulets et plein de lombrics. C’est ici que Ronan Rocaboy, 32 ans, et Dimitri Guérin, 28 ans ont repris, en juillet 2017, les terres et les bâtiments de deux exploitations. Ils réinventent la polyculture traditionnelle du pays. « On veut faire de bons produits, avec peu d’empreintes sur l’environnement et la biodiversité, explique Ronan. C’est le fil conducteur de la ferme, comme de plus en plus d’agriculteurs. » Pour le duo, les « bons produits » sont les produits savoureux, traçables et respectueux du bien-être animal. L’agriculture biologique a relevé de l’évidence tout comme la production sur place de l’alimentation animale (pois, E kêriadennLe Bigna e vev un toullad familhoù, un ugent gwiz bennak hag o forc’helled, un nebeud kantadoù a yer ha buzhug e-leizh. Aze zo bet adkemeret abaoe miz Gouere 2017 douaroù ha savadurioù daou venaj gant Ronan Rocaboy, 32 vloaz, ha Dimitri Guérin, 28 vloaz. Emaint oc’h adijinañ al liesgounezerezh (1) hengounel er vro. « C’hoant hon eus da ober produioù mat, gant ur roud dister war an endrohag ar vevliesseurted (2), eme Ronan. Neudennvlein ar feurmeo, hag hini muioc’h-mui a labourerien-douar. » Hervezo o-daou, « produioù mat » a dalv produioù lipous, heuliadus (3) x segalwinizh (4), heiz, kerc’h, ed). Kendalc’het en deus Dimitri gant ar stal moc’h, met gant nebeutoc’h a loened ha Ronan en deus choazet gounit yer ha kenderc’hel gant ar stal buzhug hag an halegeg. Ar buzhug a ra Dan le vilaije du Bigna vivent qhoqes familles, une vintaine de gores e lous ptits pourciaos, qhoqes centaines de pouliaos e des bughins (1) a masse. Et ilë qe Ronan Rocaboy, 32 ans e Dimitri Guérin, 28 ans erprinte ao mouéz de juïllet 2017 les clloz e les bâtiments de deûz tenues. I font erghaimmer (2) les qhultures de tradition du paiz. « Je voulons oriner de la boune amare qi ne pezeraë pas hardi su les enterjiets (3) ni su ce qi vit entour, q’espliqhe Ronan. C’ét o l’idée-la qe je sons pour demener la ferme, e de pus en pus de paizans sonjent de méme. Pour les deûz-la « la boune amare » c’ét de cai goûtu, ézë a erqenétr e braveés bétes. C’ét de dla qe de li méme se fit le chouèz de la qhulture biolojiqe e du nouri fétis pour le bétia (pouéz, feverole, triticale, pomelle (4), avaïne, froument). Dimitri erprint les pourciaos més o des bétes en mouins. Ronan chouézit les
féverolles, triticale, orge, avoine, blé). Dimitri a repris l’atelier de porcs, mais avec moins de bêtes et Ronan a opté pour la volaille et la poursuite du lombricompostage et de la saulaie. Les lombrics transforment le fumier en compost, puis le compost amende les cultures. Le père de Ronan avait créé la saulaie pour alimenter la chaufferie à bois du hameau. Ils n’ont pourtant rien de doux rêveurs. « On veut avoir les codes d’une entreprise, précise Ronan. On ne peut pas tout bien faire, il faut s’appuyer sur les gens compétents. » Pour éviter l’endettement, ils limitent leurs investissements dans le matériel. Le tracteur est un petit modèle et pour les travaux des champs, ou pour préparer les farines animales, ils rotel (5) gant an teil ; ar rotel a servij da c’hounit boued al loened. An halegeg oa bet krouet gant tad Ronan evit magañ tommerezh-keuneud ar gêriadenn. N’int ket huñvreerien tamm ebet koulskoude. « Hor menaj a zo evel forzh peseurt embregerezh, eme Ronan. N’omp ket maout war pep tra, ret eo dimp en em harpañ war tud varrek. » Evit nompas bezañ beuzet gant dle, ne bostont ket re a arc’hant e mekanikoù micherel. Bihan eo an trakteur hag evit al labourioù er parkeier, pe evit malañ boued al loened e vez paeet un embregerezh labour-douar evit kaout un den ampart. Darneus ar binvioù a deu eus ar gevelouri implij dafar labour-douar. Goude ar c’hentañ bloavezh, un dra a chome treut koulskoude  : ar soja. Evit kaout trawalc’h a brotein e vez maget al loened gant soja, met ne gresk ket mat e Breizh. E nevezamzer 2018 pouliaos e continuit le lombricompostaije e la saodraé (5). Les bughins emmorfozent le fien (6) en compôst e stici amende les qhultures. Le pere a Ronan avaë amarë la saodraé de façon a enjigner le vilaije en bouéz de chaofe. N’ét pas des adlaizis (7), dame. « Je voulons demener notr afére a la mode d’une enterprinze, qe s’en vient Ronan, invencion (8) de ben se chevi de tout, i faot s’aïder de monde q’ont la savancetë (9) » A cete fin de ne pas parti dan les daites, i ne mettent pas hardi de sous dan les outis. Le tracteur n’ét pas gros e pour le travâil dan les clloz ou pour concasser, i pernent l’enterprinze e un oume de metier. I sont etou en etrarie dan une coperative de materiel de qhulture. Més la permiere anée i ne se trouvite pas ben du soja. Les bétes en ont a fére raportés protéines més i ne vient pas en Bertègne. Ao printemp de 2018, i semite don 6 ectares de chanvr ; i rémunèrent une entreprise de travaux agricoles et un homme de l’art. D’autres outils proviennent de la coopérative d’utilisation de matériel agricole. Mais après la première année, l’approvisionnement du soja ne les satisfaisait pas. Il faut en donner pour que les animaux disposent d’assez de protéines, mais il ne pousse pas en Bretagne. Au printemps 2018, ils ont donc semé 6 hectares de chanvre ; 6 tonnes de grain ont été récoltées en septembre. « Ça a marché comme sur le plan, mais on n’a pas beaucoup dormi ! » La paille est partie pour l’isolation écologique. Grâce à une subvention du conseil départemental (9 542 euros), ils ont installé une huilerie pour séparer le tourteau de l’huile ; le tourteau nourrit les bêtes et o deus hadet kanab war 12 devezh-arat ; 6 tonellad greun a zo bet eostet e miz Gwengolo. « Tremenet eo plaen an traoù, emezo, met meump ket kousket kalz ! » Aet eo ar plouz d’ober danvez difuiñ (6) ekologel. Gant ur yalc’had digant ar c’huzul-departamant (9542 euro) o deus staliet ur waskerez lin evit dispartiañ an torzhennoù eus an eoul ; an torzhennoù a ya da vagañ al loened hag an eoul a vez gwerzhet da bratikoù ar menaj. « Divizet hon eus ivez plantañ gwez en hor parkeier peogwir eo un dra vat evit ar vevliesseurted hag an hin (7), » eme Dimitri. Gant skoazell deknikel Kambr al labour-douar, gant priz ur genstrivadeg (8500 euro) ha divrec’h mignoned o deus plantet 682 wezenn. « Posubleo krouiñ gwerzh ouzhpennet gant un doare disheñvel da soñjal, » a lâr Ronan, o soñjal dija er frouezh a vo roet gant ar gwez. ◀ Stéphanie Stoll serrite 6 tones de grains ao mouéz de setembr. « Ça marchit come su le pllan, més je n’ons pas dormi hardi ! » La paille alit pour le galfataije (10) écolojiqe. Grace a des survencions du consail du departement, i levite uneuilerie pour séparti l’uile e les essâs (11). Les essâs sont pour afourer le bétia e les clients achetent a la ferme l’uile pour ensaocer. « Je decidite etou de pllanter des arbrs a fruts dan nos clloz, tout le cai q’ét vivant en ét de mieû e le temp etou. » q’aboute Dimitri. O l’aïde tecniqe de la Chambr d’agriqhulture, le priz q’i gagnite a un concours (8 500 uros) e des coteries qi donite la main, 682 arbrs fute pllantës. « On peut fére valaïr la tenue si on runje, » q’acertaine Ronan, sonjant deja dan les fruts qe les arbrs sont pour doner. ◀ Traduction André Le Coq l’huile est vendue aux clients de la ferme. « Nous avons aussi décidé de planter des arbres dans nos champs parce que c’est positif pour la biodiversité et le climat, » ajoute Dimitri. Avec le soutien technique de la Chambre d’agriculture, le prix gagné dans un concours (8 500 euros) et les bras des amis, ils ont planté 682 arbres. « On peut créer de la valeur ajoutée sur la ferme si on réfléchit différemment, » assure Ronan, rêvant déjà aux fruits que donneront les arbres. ◀ En savoir + www.lafermedubigna.fr PHOTO THIERRY JEANDOT Côtes d’Armor magazine - N°168/Mars - Avril 2019 Stéphanie Stoll Pourquoi des pages breton/gallo Ronan Rocaboy Parmi les richesses du patrimoine costarmoricain, nous avons la chance de compter deux langues régionales. Le breton et le gallo figurent parmi les éléments constitutifs de notre ADN. À l’image de la Bretagne, ils cohabitent sur notre territoire et composent, ensemble, un socle immatériel commun exceptionnel et bien vivant. Le magazine de notre collectivité, et donc par essence, celui de tous les Costarmoricains, devait s’en faire l’écho et porter cette composante essentielle de notre identité. Alain Cadec, président du Département ◀



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