[18] Cher magazine n°35 mar/avr 2012
[18] Cher magazine n°35 mar/avr 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de mar/avr 2012

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général du Cher

  • Format : (215 x 270) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : un retour vers l'emploi main dans la main.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 16 - 17  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
16 17
le Cher en actions expertise égalité femme/homme : tout le m Directrice du Centre social de Bourges Val d’Auron, Sandra Bourogaa est également sociologue universitaire spécialiste de la transmission des stéréotypes. Elle invite à réagir contre toutes les discriminations et les comportements sexistes. Interview. Cher Magazine : S’ajoutant aux inégalités sociales et professionnelles, les femmes sont confrontées aux comportements sexistes persistants. Comment percevezvous cela ? Quelles en sont les raisons ? Sandra Bourogaa : Nous sommes en ce domaine dans un système social ancestral. Cette inégalité femme/homme touche tout l’univers humain et traverse tous nos actes : de l’aspect linguistique jusqu’au partage des tâches. Il est extrêmement difficile d’agir à la fois sur l’ensemble de ces actes, sur la manière d’échanger, sur la gestuelle. Il faudrait que cette prise de conscience soit unanime, ce qui n’arrive jamais. Ces comportements relèvent de l’antémémoire, de la pré-histoire au sens strict du terme. On nous renvoie donc en permanence l’idée que cela est naturel (1), dans l’ordre de la nature. Or, la science aujourd’hui produit suffisamment de connaissances pour affirmer le contraire, à savoir la prépondérance du culturel (2). Il n’empêche que le sensoriel s’enferre encore dans cette notion œuvrer pour l’égalité femme/homme passe aussi par des campagnes nationales - Ici celle du Laboratoire de l’égalité www.laboratoiredelegalite.org chermagazine| n°35 | mars-avril 2012 « Il est nécessaire d’avancer par petites touches, mais le plus possible dans tous les domaines. » de naturel. Cela explique l’écart entre les acquis scientifiques que l’on peut aujourd’hui clarifier et les comportements persistants, la permanence des idées reçues et des stéréotypes. CM : Comment agir aujourd’hui pour battre en brèche ces idées reçues, ces clichés rabâchés concernant par exemple le « sexe faible » et le « sexe fort » ? S. B. : Il faut agir à tous les niveaux de vie. Nous devons prendre conscience que ces questions traversent tout notre quotidien. Il est important de continuer à produire de la connaissance scientifique sur ces thématiques-là, puis de les vulgariser, de les rendre accessibles à tous et ceci dès le plus jeune âge. Pour tout ce qui touche à l’humain, nous ne sommes pas forcément dans une progression linéaire. Il est nécessaire d’avancer par petites touches, mais le plus possible dans tous les domaines. Dans le domaine professionnel en faveur de l’égalité professionnelle, de la formation, même si cela ne se traduit pas encore effectivement dans les faits. Beaucoup d’entreprises prennent cependant conscience de ces enjeux-là. Avancer aussi dans tout le champ social où l’on peut se saisir de ces problèmes, comme cela est le cas dans la lutte contre les violences faites aux femmes. CM : Vous confirmez le rôle décisif de l’éducation dès le plus jeune âge. Vous intervenez à cet effet dans les établissements scolaires du Cher. Comment ? S. B. : Nous intervenons dès le cours préparatoire, et même parfois en maternelle. Il s’agit en premier lieu de travailler avec les plus jeunes sur leurs propres représentations symboliques. Intervention de Sandra Bourogaa dans l’école élémentaire Auron à Bourges Tant que l’on ne sera pas pleinement persuadé que l’équité (3) entre hommes et femmes doit être perçue au niveau de l’inconscient collectif et individuel, l’inégalité des salaires perdurera, les formations et le travail resteront sexués. Il reste encore difficile pour un homme de travailler dans la toute petite enfance, ou pour une femme d’être maçonne. Des jeux que nous avons imaginés pour les plus jeunes à partir de ces problématiques facilitent la discussion. Ils permettent l’observation et aident à faire ressortir les stéréotypies. Par exemple, on parle beaucoup d’histoires de couleurs. à quoi renvoie le bleu, le rose ? On parle aussi des compétences des uns et des autres que nous abordons avec des termes adaptés pour distinguer ce qui relève de la nature ou de la culture, du naturel ou de la construction. Il en ressort des réflexions fort intéressantes avec les plus jeunes à partir de ce qu’ils ressentent, par exemple lorsqu’on peut discuter avec eux du droit des garçons à pleurer aussi comme les filles.
onde y gagne CM : Pour vous l’équité femme-homme relève bien d’un véritable enjeu de civilisation ? S. B. : Effectivement. Pour moi il s’agit d’un combat identique à celui mené contre le racisme. Par ailleurs, on constate que cette organisation sociétale affecte aussi les hommes qui doivent « prouver leur virilité ». Je veux ajouter qu’au niveau individuel travailler à un schéma différent respectant l’égalité (3) rendrait forcément les individus plus heureux, plus équilibrés dans leur vie personnelle et professionnelle. Au niveau collectif, je pense que cela produirait bien plus de compétences. Femmes, hommes : tout le monde y gagne dans l’équité entre les unes et les autres. Propos recueillis par Alain Raynal 19,2% C’est en pourcentage l’écart de salaire net annuel moyen entre hommes et femmes au plan national (chiffres 2008, INSEE). En 2008, un peu moins d’un tiers des femmes occupaient un poste d’encadrement dans le secteur privé et semi-public (ministère de la solidarité et de la cohésion sociale). les jeux avec les enfants permettent de les sensibiliser à la place des un(e)s et des autres dans la société. (1) naturel : c’est-à-dire biologique. (2) culturel : ce qui relève de l’apprentissage, de l’éducation, de l’échange social. (3) équité/égalité : l’équité est la démarche qui consiste à corriger les inégalités pour conduire à l’égalité des droits entre hommes et femmes. L’égalité conçue dans le respect des différences et non dans l’unification, l’uniformisation. expertise le Cher en actions Faire bouger les mentalités et les comportements questions à Maxime Camuzat, Vice-président en charge de l’égalité femme/homme Le Conseil général a choisi de relancer l’action en faveur de l’égalité femme/homme. Pourquoi ? Maxime Camuzat : Nous avons engagé une action en 2007 avec, à l’époque, la création d’un groupe de travail sur l’égalité professionnelle et le respect de la dignité des femmes au travail. Nous souhaitons aujourd’hui fournir une impulsion nouvelle pour deux raisons. Des lois existent, mais il ne suffit pas de les voter pour que la situation dans ce domaine change. Il faut du temps pour faire bouger les mentalités et les comportements. Là est l’obstacle essentiel car on touche à des tabous de la société. Deuxièmement, les femmes du peuple subissent le plus durement les effets négatifs de la crise avec la précarité, le chômage. De plus, quand l’époux est à son tour frappé, il reporte souvent son mal-être sur sa compagne. Il y a donc urgence. C’est pourquoi j’ai insisté pour la création d’une délégation à l’égalité femme/homme. Sur quels terrains prioritaires souhaitez-vous intervenir ? Maxime Camuzat : Au sein du Conseil général, en sensibilisant les personnels et les services sur ses enjeux décisifs. à l’extérieur, en proposant la création d’un observatoire départemental avec des référents dans chaque canton. Nous continuons à soutenir les différentes campagnes comme celle menée contre les violences conjugales, les actions du CIDFF*… Nous poursuivons, en partenariat avec les services de l’état, les petits déjeuners professionnels sur ces questions, ouverts à la population. * Centre dinformation sur les droits des femmes et des familles. chermagazine| n°35 | mars-avril 2012 17



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :