[14] Le Calvados n°111 mar/avr/mai 2013
[14] Le Calvados n°111 mar/avr/mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°111 de mar/avr/mai 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Conseil Général du Calvados

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 8,2 Mo

  • Dans ce numéro : agriculture, un nouveau plan d'actions pour le Conseil Général.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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histoire & légendes © Greg Wait © Greg Wait par Michel de Decker Calvados et cavalcade Le département du Calvados est aujourd’hui devenu LA terre de cheval par excellence.” Avec ses huit hippodromes, ses quatre-vingt-dix clubs hippiques et poney-clubs, ses dix-huit centres de tourisme équestre, son établissement deauvillais de vente aux enchères et ses deux mille éleveurs, le département du Calvados est aujourd’hui devenu LA terre de cheval par excellence. Il est vrai que ses herbages ont tout ce qu’il faut pour satisfaire et réjouir les montures les plus exigeantes. Belles pâtures et bonnes cavalcades ! Bien brouter pour mieux trotter ! Et ce n’est pas Lutin d’Isigny, Ourasi, Gélinotte ou Abo Volo qui auraient pu prétendre le contraire. L’Amérique, si c’est un rêve, ils le sauraient… Le prix d’Amérique était un rêve, en effet, pour Annick d’Auvray et son alezan Lutin d’Isigny de Grandcamp- Maisy ; pour Raoul Ostheimer, le propriétaire d’Ourasi ; pour la famille Karle, aussi, avec leur Gélinotte de Croissanville ou encore pour Albert et Paul Viel de Mondeville et leur Abo Volo. « L’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai », dit encore la chanson de Joe Dassin. Eh bien, ils l’ont eue, l’Amérique ! Deux grands prix d’Amérique (1956-57) pour Gélinotte ; un prix (1985) pour Lutin d’Isigny, quatre (1986-87-88, 1990) pour Ourasi et, en 1997, ce fut au tour d’Abo Volo. Lutin étant drivé par Jean-Paul André, Ourasi par Jean-René Goujeon, Gélinotte par Charley Mills et Abo Volo par Jos Verbeeck. À Mondeville, aujourd’hui, Abo Volo s’est installé tout à côté de l’autoroute de Normandie et entre deux poètes. Entendez par là que la rue qui porte maintenant son nom est en effet bordée par la rue Paul Fort, d’un côté, et par la rue Jacques Prévert, de l’autre. « Le bonheur est dans le pré, coursy vite, cours-y vite », écrivait Paul Fort. Pour Abo Volo, il s’agissait sans doute du pré vert rencontré au haras de Coudray, près de Pont-l’Évêque, dans lequel il pouvait gambader sous l’œil attentif de Paul Viel, fils d’Albert et petit-fils d’un autre Paul du même nom. Car on était éleveurs de grand-père en En savoir plus sur… Les chevaux aux Archives départementales du Calvados Les rayonnages des Archives du département regorgent de ressources toutes plus intéressantes les unes que les autres sur ce sujet. Parmi celles-ci, on peut citer des informations concernant les premières courses hippiques et leur développement dans notre région, mais aussi des fonds sur les haras basnormands depuis le XVIII e siècle. plusd’infos 61, rue de Lion-sur-Mer – CAEN Du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Tél. : 02 31 47 18 50 Plus d’infos sur calvados.fr 38 www.calvados.fr
histoire & légendes petit-fils et même d’oncle en neveu chez les Viel. C’est en 1882 que le premier élevage a vu le jour avec grand-père Paul, un homme qui a d’ailleurs été maire de Mondeville à l’époque où la commune était encore un village. C’est à Mondeville que naît Albert, le 18 octobre de 1915. Il passera sa vie, lui aussi, après s’être employé à reconstituer l’écurie de son père décimée par la Seconde Guerre mondiale, à élever, entraîner et driver des chevaux de trot attelé. Président de la Société du Cheval Français, restaurateur de l’hippodrome de Vincennes, Albert a vu défiler dans les boxes de son écurie les meilleurs trotteurs du monde. Que ce soit avec Angelica III ou Bella Bonheur, avec Catharina, Turquetil © Greg Wait ou avec Feinte de mon Tourbillon, en quarante années sa casaque noire à toque rose (les plus anciennes couleurs du trot) allait en effet remporter quelque vingtdeux grandes classiques. Mais elle semblait maudite pour le prix d’Amérique, pour lequel elle avait fini en seconde position à sept reprises. La tête sur l’oreiller Jusqu’au dimanche 26 janvier de 1997 ! Ce jour-là, hélas, Albert Viel ne put aller voir courir son Abo Volo car il était malade. Le grand Albert, le patriarche de quatre-vingt-un ans. Il était hospitalisé au CHU de Caen et ses médecins n’avaient pas imaginé un seul instant qu’il pût aller, en plein hiver, hanter l’hippodrome de Vincennes même chaudement vêtu dans son traditionnel manteau noir et coiffé de son éternel chapeau d’aprèsguerre. Ce fut donc son fils Paul qui, après avoir savamment entraîné le trotteur bai sur l’hippodrome de Dozulé, arriva à Vincennes accompagné de Jos Verbeeck, l’homme qui était chargé de piloter le sulky et qui connaissait son trotteur sur le bout des doigts. Au vrai, Abo Volo était un cheval de rêve sous sa robe baie, avec sa crinière ébène et son encolure qui semblait jaillir de son poitrail viril. « Ce cheval est un vrai bonheur, oui, disait son lad. Je le connais depuis sept ans, on est complices tous les deux ! Je lui parle, il me répond. Il m’a dit qu’il allait gagner, aujourd’hui, et je sais qu’il a raison. Pensez donc, il a fini troisième en 95, second en 96, il est donc logique qu’il finisse premier en 97, non ? » Allongé sur son lit, les yeux fixés sur l’écran de la télévision du CHU, Albert Viel, lui, en attendant le moment où les chevaux allaient s’élancer pour parcourir les 2 700 mètres de piste, songeait sans doute à son père qui, en 1923, avait su habilement driver son trotteur Passeport pour le mener à la victoire, au nez et à la barbe d’un certain Ouistiti. Et c’est parti ! À cet instant, il palpite, le beau vieillard un peu bourru, il se tasse malgré lui dans ses oreillers en gardant la main crispée sur la télécommande. Quand il voit que, dès le départ, Abo Volo a pris la direction des opérations, il se redresse, s’assoit, serre le poing et encourage son cheval portant le numéro 18. Il est heureux de constater que son jockey-driver, Jos Verbeeck, l’a habilement placé à la corde, ce qui lui permet d’avoir l’œil sur son principal rival, à savoir Cocktail-Jet de l’écurie Wildenstein. Un rival qui fait mieux que résister, d’ailleurs, puisque les deux chevaux sont ensemble à l’entrée de la dernière ligne droite. Abo Volo fait alors parler la poudre et, malgré le retour en fanfare de Capitole, surgit de l’arrière comme un beau diable, il franchit le premier la ligne d’arrivée de Vincennes, c’est fini ! Il a gagné ! Au bout de sa vingthuitième participation, Albert Viel tient enfin son grand prix d’Amérique. La maladie aussi, hélas, était en passe de gagner car quelques jours plus tard, le 11 février précisément, l’église de Mondeville s’avéra trop petite pour accueillir tous les amis venus se recueillir devant le cercueil de ce grand homme du trot, cet homme qui avait contribué à faire du Calvados une terre et une véritable école d’élevage du cheval. www.calvados.fr 39



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