[13] Accents n°215 fév/mar 2013
[13] Accents n°215 fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°215 de fév/mar 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général des Bouches-du-Rhône

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : lecture pour tous, une nouvelle ère.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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“Le livre est une source de plaisir” Photo : J. P. Herbecq Damien Bouticourt dirige Maupetit-Actes Sud, la plus ancienne librairie de Marseille. Lauréat de l’appel d’offres pour la future librairie du Mucem, il vient d’ouvrir en association avec deux confrères marseillais, L’Odeur du Temps et Histoire de l’œil, deux librairies sur des sites phares de MP2013 : la Friche Belle de Mai et le J1. 4 Accents : Ouverture de deux librairies pour MP2013, future librairie du Mucem : alors que le livre et les libraires sont annoncés à l’agonie, vous faites feu de tous bois. Paradoxal ? Damien Bouticourt : En réalité, il pourrait y avoir plus de librairies à Marseille. Si elles sont rares ici - une vingtaine de librairies indépendantes - ce n’est pas parce que les gens lisent moins. Je prétends le contraire : les gens lisent moins parce que l’offre est trop réduite. D’ailleurs, lorsqu’une librairie ferme, ses confrères ne récupèrent qu’une part d’une clientèle qui semble s’évanouir d’un seul coup. Quand l’offre est présente, les gens font preuve de curiosité, s’intéressent : lors du week-end d’ouverture de MP 2013, nos deux nouvelles librairies ont connu un engouement aussi immédiat que spectaculaire. A. : Comment expliquer ce manque de librairies ? D. B. : Une librairie ne permet que des marges très faibles : 0,2 ou 0,3 % du CA en moyenne, quand ça marche ! Et qui dit rentabilité réduite dit comptes fragiles. Le moindre pépin peut avoir des conséquences dramatiques. Du coup, ACCENTS n°215 :: Interview il est très difficile de revendre une librairie et les départs en retraite se soldent souvent par un abandon de l’activité au profit de commerces différents supposés économiquement plus rentables. Créer une librairie est également très difficile. Il faut imposer une image que le lecteur saura identifier : cela nécessite du temps, un stock pertinent, des livres que l’on vend parfois peu mais qui sont votre marque de fabrique. Et ce stock-là, immobilisé, coûte cher, surtout quand on se lance. Un stock important, qualitatif, c’est notamment l’une des clés de la réussite de la désormais fameuse librairie des Bleuets à Banon dans les Alpes de Haute-Provence. A. : Vous dirigez la plus ancienne librairie de Marseille : 85 ans ! Quels sont les atouts dont vous disposez face à la concurrence de la vente en ligne ? D. B. : Chaque librairie est un lieu unique, porteur d’une histoire, reflet d’une vision et d’une offre spécifiques. Il faut maintenir vivante cette dimension, afin que les gens ne viennent pas seulement lorsqu’ils ont un besoin (pour leurs études, pour leur travail...), mais aussi et surtout pour le plaisir. Nous participons chaque jour à créer un environnement culturel dans la ville en
La nouvelle librairie La Salle des machines, ouverte à la Friche de la Belle de Mai le 12 janvier dernier pour le lancement de MP2013. Photo : J. P. Herbecq organisant non seulement des séances de dédicaces, mais aussi des débats, des expositions, pour devenir un lieu où s’épanouissent les débats de société, où l’on peut à la fois traiter de questions fondamentales mais également proposer des contes pour enfants. L’association Libraires à Marseille, dont nous faisons partie, est également moteur dans cette démarche : elle nous permet, comme nos confrères, de sortir souvent de nos murs pour se rendre sur des manifestations, des festivals, etc. Tout cela bien sûr vient s’ajouter à notre rôle fondamental et me semble-t-il irremplaçable du libraire : le conseil sur mesure. A. : Dans le même temps, Amazon permet de ne plus se déplacer pour s’offrir le livre dont on a envie… D. B. : Oui, mais cela peut avoir des conséquences graves pour le commerce de proximité, c’est vrai. Mais il n’est pas normal que cette entreprise échappe assez largement à l’impôt, contourne en partie la loi sur le prix unique du livre en jouant sur les frais de port tout en bénéficiant d’aides publiques pour les emplois qu’elle crée ! Il faut prendre conscience de tout cela. A. : Amazon mais aussi la FNAC parient sur les liseuses électroniques et les livres numériques. Quels enjeux pour les libraires et pour le livre ? D. B. : Le livre numérique ne me fait pas peur, pour toutes sortes de raisons. Il reste assez cher, si l’on compare au prix du livre “papier”. L’objet livre est aussi une source de plaisir en lui-même : on peut le manipuler, aller de chapitre en chapitre, le triturer, sauter des pages… Le travail d’édition, la typographie comptent tout autant, les formats et les caractères sont des marques de fabrique des éditeurs ; un ouvrage de chez Actes Sud est très différent d’un livre de chez Gallimard… Ajoutons que beaucoup de livres n’ont tout simplement aucun intérêt au format numérique : livres d’art, livres illustrés, livres animés pour enfants ou ceux dont la mise en page devient signifiante. Et puis comment oublier la dimension sentimentale : un livre cela se prête aux êtres chers, cela se transmet à ses enfants. C’est important la transmission ! Bref, le livre est une composante essentielle de notre culture. A. : Le numérique n’a donc pas d’avenir ? D. B. : Il peut bien sûr prendre une place, notamment sur les livres techniques ou dont les volumes ne permettent pas un transport facile. Mais nous avons un autre atout dans notre manche : l’impression à la demande. Il est désormais possible de réimprimer en 2 à 3 jours, à un exemplaire et pour un prix modeste, un livre réputé épuisé si un client en fait la demande. Ce qui permet au livre papier de continuer à occuper le créneau du fond de catalogue et satisfaire des demandes très pointues. A. : Le livre va donc bien ! D. B. : Edmonde Charles-Roux m’a confié son sentiment il y a quelques jours : “Je suis confiante, le livre papier a de l’avenir.” L’année 2012 a d’ailleurs été bonne. Et MP2013 va offrir aux libraires, acteurs à part entière et essentiels de la chaîne du livre, la possibilité de mettre en avant de nombreux éditeurs marseillais et provençaux dont le travail, souvent remarquable, donne sens à notre métier. Propos recueillis par Jean-Michel Amitrano ACCENTS n°215 :: Interview 5



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