[13] Accents n°212 septembre 2012
[13] Accents n°212 septembre 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°212 de septembre 2012

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général des Bouches-du-Rhône

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 6,2 Mo

  • Dans ce numéro : c'est la rentrée pour tout le monde.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DR * Agnès van Zanten est directrice de recherche au CNRS. Elle enseigne à Sciences-Po Paris. Dernières publications : « Sociologie de l’École », avec Marie Duru-Bellat (4 e édition - Armand Colin - collection « U » - 2012), « L’école de la périphérie » (2 e édition - Presses universitaires de France – Quadrige - 2012) et « Choisir son école » (Presses Universitaires de France - Le lien social - 2009). 4 ACCENTS n°212 Interview « Les inégalités devant l’école sont fortes » Comme il l’a réaffirmé lors de son intronisation, François Hollande entend faire de l’Education le chantier prioritaire de son mandat. Il y a urgence car les inégalités devant l’école se creusent, souligne la sociologue Agnès van Zanten. Accents : Le Président de la République s’est engagé dans un processus de refondation de notre système éducatif. Pour ce faire, il met en avant le concept d’égalité des chances. En quoi consiste cette notion ? Agnès van Zanten : Le concept d’égalité des chances peut permettre de fédérer des gens de tous horizons. Mais il peut être compris de plusieurs façons. On peut envisager une politique s’attachant à lever les obstacles que peuvent rencontrer les bons élèves issus de milieux défavorisés. Dans ce cas, on s’adresse, via une forme de discrimination positive, à des individus. Et pas nécessairement à ceux qui en ont le plus besoin. Cette approche présente un intérêt dans la mesure où elle peut permettre un certain renouvellement des élites. Mais elle ne règle pas la question des inégalités que doit affronter la masse des élèves issus des milieux populaires. Sans compter que les gouvernements de l’ancienne majorité, qui vantaient cette approche, n’ont jamais fourni les moyens nécessaires. Comment concevoir autrement l’égalité à l’école ? A. v. Z. : La France est l’un des pays développés où les inégalités sociales devant l’école sont les plus fortes, les études le montrent. Et ce phénomène s’accentue, avec un système éducatif qui a parfois tendance à accroître encore des inégalités déjà présentes avant l’entrée à l’école. Dans ce contexte, à mon sens, l’État doit plutôt créer les conditions permettant de tendre vers une égalité des résultats entre établissements et entre quartiers. Concrètement comment y parvenir ? A. v. Z. : Il faut d’abord une réponse pédagogique et dans ce cadre la question de la formation des enseignants est cruciale. Or depuis dix ans, 40% de l’effectif enseignant a été renouvelé et l’on n’a pas saisi cette opportunité pour repenser utilement la formation. On l’a au contraire négligée. Les enseignants ne sont toujours pas préparés à enseigner devant des classes hétérogènes et l’on ne sait toujours pas traiter les problèmes scolaires dès le plus jeune âge. Il faut ensuite que les enseignants puissent s’appuyer sur des ressources extérieures, sur des équipes qui les soutiennent et les appuient. Enfin, il faut concevoir des politiques visant à maintenir ou favoriser la mixité des profils scolaires et sociaux des élèves et non se contenter du fonctionnement actuel de la carte scolaire : trop de familles connaissent les stratégies pour s’y soustraire. Leur démarche est parfois com-
préhensible, mais pas toujours. Car s’il y a parfois de trop fortes disparités entre certains établissements, on constate aussi aujourd’hui un véritable zapping scolaire ! Comment faire réussir des classes où se côtoieraient des élèves de tous niveaux et de tous milieux ? A. v. Z. : Il faut avoir à l’esprit qu’un très bon élève n’enregistre, dans le pire des cas, qu’une faible perte de niveau dans une classe hétérogène. Et qu’un élève moyen, voire moyen-faible, peut progresser très convenablement dans une classe hétérogène, beaucoup plus que dans une classe homogène de bas niveau. En regard de ces résultats, les bienfaits de la mixité peuvent être très importants en termes de cohésion sociale et de réduction des inégalités. Mais attention : il n’y a là rien de mécanique. Pour que cela marche, il faut trois ingrédients : une équipe d’enseignants impliqués et formés pédagogiquement, des parents collectivement investis et une Éducation nationale qui assure un suivi et dispense les ressources nécessaires. J’ai vu de belles réussites dans certains établissements scolaires à Montreuil ou à Nanterre. Vous avez étudié les profils des nouveaux enseignants. Vous semblent-ils prêts à relever ces défis ? A. v. Z. : On assiste à deux phénomènes distincts. La hausse du niveau de formation demandé au concours conduit à un recrutement au sein de catégories sociales plutôt favorisées. À cet égard, il serait sans doute très positif d’encourager la mise en place d’un système de bourses adaptées pour les étudiants issus de milieux populaires qui souhaitent devenir enseignants mais que la perspective de devoir aller jusqu’au Master décourage. Cela dit, les jeunes enseignants, même issus de milieux favorisés, se montrent souvent prêts à travailler dans les établissements jugés difficiles pour peu qu’ils y soient soutenus. On rejoint là une des traditions du système français qui, contrairement aux États-Unis, trouve naturel de mettre des enseignants de bon niveau devant toutes les classes du pays. Pourquoi ne pas envisager une formule qui leur permette de s’y engager dans la durée, sur de vrais projets pédagogiques ? C’est ce qu’il faut pour qu’ils s’impliquent pleinement et efficacement. Propos recueillis par Jean-Michel Amitrano yuryimaging - Fotolia.com ACCENTS n°212 Interview 5



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