[13] Accents n°211 jun/jui/aoû 2012
[13] Accents n°211 jun/jui/aoû 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°211 de jun/jui/aoû 2012

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général des Bouches-du-Rhône

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 5,9 Mo

  • Dans ce numéro : mondialisation, crise aux deux visages.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 DR Jacques Garnier, économiste, est chercheur associé au LEST, Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (CNRS/Université d’Aix-Marseille). ACCENTS n°211 Interview « Le monde productif traditionnel a éclaté « Spécialiste des mutations économiques et de leurs relations avec l’évolution de la société, Jacques Garnier est Co-Président du Conseil Scientifique du Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (2011-2013). Il a notamment publié « Un appareil productif en mutation. Les 50 ans qui ont tout changé en Provence-Alpes-Côte d’Azur » Éd. Economica (2011). Accents : La mondialisation est-elle responsable du déclin de nos industries locales ? Jacques Garnier : La mondialisation joue un rôle dans les phénomènes de destruction du tissu industriel traditionnel depuis 25 ou 30 ans. À l’époque, ce mot de « mondialisation » n’existait pas encore et les entreprises transnationales étaient en train de naître. Celles-ci se sont justement manifestées en rachetant et en restructurant des secteurs en crise (agro-alimentaire, réparation navale, centrale électrique de Gardanne…). Jusqu’alors, les capitaux investis appartenaient très largement à de grandes familles locales ou à l’Etat. À une autre échelle, des négociations de grande portée géopolitique entre Europe et Japon* ont par exemple amené la disparition des chantiers navals de La Ciotat en 1986. Mais le déclin du tissu industriel traditionnel trouve aussi son origine dans des choix étatiques (série de décisions relatives à l’industrie minière par exemple) comme dans la faiblesse de la résistance des milieux économiques locaux, culturellement plus sensibles au négoce qu’à la production. Le département et Marseille se sont révélés d’autant plus exposés aux grands bouleversements mondiaux que leur Port était justement orienté vers l’Afrique et l’Asie, c’est à dire l’ancien empire colonial. La mondialisation joue-t-elle aussi, à l’inverse, un rôle créateur ? J. G. : Au cours de ces mêmes trente dernières années, on a également assisté à l’émergence et à la croissance de nouvelles forces productives directement liées à la mondialisation. Que l’on songe à la micro-électronique et au pôle de compétitivité mondial SCS (solution communicante sécurisée) qui s’y rattache, au développement de Cadarache avec demain le projet international Iter, à la croissance d’Eurocopter comme aux nouveaux développements portuaires autour de Fos 2XL. Puisque je parlais de La Ciotat, on peut observer qu’une activité de réparation navale y a revu le jour, ciblée sur la haute plaisance et ancrée sur les réseaux mondiaux (yachts et équipages du monde entier s’y arrêtent). Dans * qui déboucheront sur le Plan Davignon, programme de restructuration imposé par le Commissaire européen du même nom.
ce dernier cas, on remarque que les décideurs locaux (Conseil général, Conseil régional) comme les syndicats ont joué un rôle majeur dans ce rebond. Pour ce qui est de la micro-électronique, à Rousset comme à Gémenos puis La Ciotat, c’est le soutien de l’État dans le cadre de politiques de reconversion (fin de l’industrie minière) et du plan en faveur des composants électroniques qui a joué un rôle important. Si la mondialisation est à la fois destructrice et créatrice, d’où vient son image souvent strictement négative ? J. G. : L’industrie traditionnelle (mines, chantiers navals, huileries, savonneries, agro-alimentaire, pétrochimie …) était organisée autour de villes/usines, de quartiers/usines ou de villages/usines. Il y avait un lien très fort entre l’appareil productif et la vie quotidienne d’un lieu donné, avec ce que cela représentait aussi comme solidarité, comme identification, comme paysages. Ce monde productif a éclaté. Par ailleurs, les grandes entreprises se sont imposées des cures d’amaigrissement, se sont recentrées sur leurs cœurs de métier pour jouer leur carte à l’échelle mondiale. Elles ont beaucoup externalisé, sous-traité. Aujourd’hui, il y a donc beaucoup de petits établissements éparpillés dans des zones industrielles peu identifiables. Beaucoup d’entreprises de haute technologie ont fait venir des ingénieurs, des cadres de l’extérieur tandis que la main d’œuvre moyennement ou peu formée d’ici se retrouvait massivement au chômage ou vivait un déclassement. Et il y a trop peu de passerelles entre ces deux mondes. C’est une des clés de l’avenir : il faut une toile de fond dynamique pour les entreprises de pointe. Il faut toute une galaxie de services divers (services aux entreprises, logistique, …). C’est vital pour le maintien sur le long terme de ces activités comme pour l’emploi de la main d’œuvre peu ou moyennement qualifiée du département. Propos recueillis par Jean-Michel Amitrano J. Winderberger Chantiers navals de La Ciotat en 1975 et, ci-dessous, les installations de la Semidep qui a pris le relais sur le site en 1997. Photo : J. Manchion ACCENTS n°211 Interview 5



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