[13] Accents n°207 oct/nov 2011
[13] Accents n°207 oct/nov 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°207 de oct/nov 2011

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général des Bouches-du-Rhône

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : ados, planète en crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 ACCENTS n°207 Interview « Ce sont les adultes et non les enfants qui ont changé » DR Laurent MUCCHIELLI est directeur de recherche au CNRS, membre du Laboratoire Méditerranéen de Sociologie à Aix-en-Provence. En 2011, au sein de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, il a créé l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS). Il s’agit notamment de proposer aux collectivités territoriales une aide scientifique pour le diagnostic des problèmes et l’évaluation des politiques publiques. ce chercheur vient de publier un nouveau livre : L’invention de la violence. Des peurs, des chiffres, des faits (éditions Fayard). Accents : « La France s’ennuie » disait Vianson Ponté peu avant Mai 68. Pensez-vous aujourd’hui que la jeunesse s’ennuie ? Laurent Mucchielli : Ce n’est pas qu’elle s’ennuie, mais elle n’a pas de perspective d’avenir. Du moins une partie d’entre elle, car la situation et les perspectives des enfants des « bonnes familles » ne sont pas du tout celles des enfants des quartiers pauvres. Accents : Le sentiment de déclassement, aggravé par la crise, est-il seulement une vision de sociologue ? L. M. : Le mot est effectivement un concept de sociologue, mais la chose à laquelle il renvoie est bien réelle. Pour la grande majorité des citoyens, qui tirent leur revenu principalement de leur travail, la menace du chômage est une véritable menace de régression à tous points de vue. Accents : N’aggrave t-il pas les ruptures avec un système scolaire décalé, trop éloigné de nouveaux modes de vie ? L. M. : Je ne pense pas que le système scolaire soit « décalé » par rapport à la vie. Je pense plutôt qu’il est confronté à des inégalités sociales qu’il n’a pas les moyens d’atténuer et qu’il fait l’objet, de la part des familles de milieux populaires, d’attentes de protection et de réussite qu’il n’a pas réellement les moyens d’honorer. De là des tensions fortes.
JackF - Fotolia.com Repères Accents : La demande d’autorité, qui est fréquemment une des réponses à la montée des insécurités, peut-elle être comprise par des adolescents en mal de repères ? L. M. : L’erreur des discours sur l’autorité est de la concevoir comme un cadre imposé dont certains auraient juste manqué et qu’il faudrait leur administrer. Certes, une minorité d’enfants ont vécu des situations de carences éducatives majeures. Nombre d’actions du Conseil général les concernent du reste. Mais pour la grande majorité, les repères et les normes de base ont été fixés. Le problème est donc ailleurs. D’abord, l’adolescence est par définition un moment incertain de la vie, où les individus sont en plein bouleversement et remise en cause générale. Ensuite, une fois passée l’enfance, l’autorité ne se décrète pas. Pour être reconnue ou accordée à quelqu’un, ce quelqu’un doit être légitime. La véritable autorité est là, dans la légitimité que vous reconnaissent les autres. Sans cela, il n’y a que des statuts, des rapports de force, de l’autoritarisme. > 1 adolescent sur 2 (53%) déclare avoir déjà rencontré un problème important. > La nature de ce problème est d’ordre familial (57%), scolaire (35%), sentimental (30%), psychologique (12%), addictif (12%). > Ces adolescents sont solidaires entre eux. 8 jeunes sur 10 ont demandé de l’aide à leurs pairs. > S’ils sont confrontés à un problème, les jeunes préfèrent demander de l’aide à leurs pairs (60%), avant leurs parents (40%) ou un adulte autre que leurs parents (18%). *Enquête Forum Adolescences 2005 réalisée par Ipsos Santé auprès d’un échantillon représentatif d’adolescents âgés de 13 à 18 ans. Accents : La violence des images, dans une société où le virtuel est omniprésent, n’explique pas des actes de violence, de délinquance à un âge de plus en plus précoce ? L. M. : Tout d’abord, la très grande majorité des jeunes font la différence entre le virtuel et le réel. Les imaginaires virtuels ne peuvent avoir d’impact que chez des jeunes qui ont de très sérieuses difficultés psychologiques et sociales. Ensuite, je ne crois pas que les jeunes soient « de plus en plus violents », « de plus en plus précoces », comme si le code génétique humain avait muté en l’espace d’une ou deux générations ! En réalité, ce ne sont pas fondamentalement les enfants qui ont changé par rapport à il y a une trentaine d’années, c’est le monde des adultes autour d’eux. Il est clair que si vous surveillez moins un enfant à certains âges, il fera plus de bêtises. Or notre monde est de plus en plus anonyme et individualiste, les adultes n’assurent presque plus de surveillance collective. Il est clair aussi que si vous - en tant qu’adulte - contestez la légitimité d’un autre adulte, votre enfant le respectera beaucoup moins lui aussi. Voyez l’évolution des relations entre parents et enseignants. Je crois que c’est ainsi qu’il faut poser le problème et, du coup, comprendre que l’on fait fausse route actuellement en cherchant à tout prix à changer les enfants sans se poser de questions sur les adultes. Propos recueillis par la rédaction d’Accents ACCENTS n°207 Interview 5



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