[07] Reliefs n°50 déc 11/jan-fév 2012
[07] Reliefs n°50 déc 11/jan-fév 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°50 de déc 11/jan-fév 2012

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général de l'Ardèche

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : le pont de Mialan.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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solidarités BÉNÉFICIAIRES DU RSA L’ACCOMPAGNEMENT VERS LE RETOUR À L’EMPLOI Le Conseil général est le chef de file de la mise en œuvre du Revenu de solidarité active. A l’espace solidarité Nord, à Annonay, quatorze personnes travaillent à l’accompagnement des bénéficiaires du RSA. Le but : aider ces femmes et ces hommes à retrouver un emploi et à s’insérer socialement. 12 - - n°50 - hiver 2011-2012 L'équipe insertion de l'Espace Conseil général solidarité Nord « Quand on n’a plus rien, on a droit au RSA. Nous sommes la voiture balai, celle qui arrive quand tous les autres dispositifs ont été épuisés », confie Elisabeth Billars, animatrice locale d’insertion. Peut-être plus que dans tout autre domaine, l’insertion est affaire d’équipe. à Annonay, des assistantes sociales, des éducateurs spécialisés, un psychologue, un accompagnateur emploi, des référents parcours et même un conseiller de Pôle Emploi (spécialement détaché dans les locaux) accompagnent plus de 1 800 bénéficiaires du RSA. « N’importe qui peut se retrouver au RSA, constate Dora Amaniera, assistante sociale. Chef d’entreprise, artisan, femme au foyer, jeune diplômé… la perte de ressources peut arriver dans tous les secteurs de la société. » Une fois l’ouverture des droits effectuée par la CAF, un premier entretien avec un travailleur social est obligatoire. Il permet de faire un point sur le parcours et d’expliquer le dispositif, constitué de droits et d’obligations. « Notre objectif est d’apporter un soutien à la personne pour qu’elle puisse surmonter ses difficultés et retrouver une autonomie de vie, explique Rémy Sapet, accompagnateur emploi. Cette démarche implique des devoirs pour le bénéficiaire ». Ensuite l’accompagnateur du Conseil général et le bénéficiaire signent un contrat d’engagements réciproques avec des objectifs à court et à long termes, toujours avec cette notion de droits et de devoirs. « Chaque situation est particulière, insiste Dora Amaniera. Quand nous accompagnons une personne, il faut vraiment être à ses côtés : les objectifs inscrits dans le contrat doivent être réalistes et correspondre le plus possible au bénéficiaire ». « Si quelqu’un est dans le dispositif RSA depuis longtemps, ce n'est pas un hasard : les nombreux freins pour retrouver un emploi ne peuvent pas être levés facilement. » Dans le contrat, le travailleur social s’engage aussi à ne jamais abandonner un suivi. « On porte toujours un regard positif sur les bénéficiaires sinon on ne peut rien faire. Si un jour je ne crois plus que la personne va s’en sortir, autant changer de métier », conclut Rémy Sapet. ATELIERS DE MOBILISATION Lancés en 2010, les ateliers de mobilisation visent à remobiliser des personnes bénéficiaires du RSA et particulièrement éloignées de l’emploi. En 2011, sept projets répartis sur l’ensemble du territoire ardéchois ont permis aux bénéficiaires de retrouver confiance en eux, de se projeter dans un avenir professionnel et social et de s’investir dans une activité dans la durée et dans un cadre collectif. L’un des ateliers, mis en œuvre par deux associations (La marguerite rouge et Pourquoi pas), a pour but de réaliser un guide reprenant l’ensemble des producteurs labellisés de la communauté de communes Du Rhône aux gorges de l’Ardèche, en présentant des "balades agricoles". Cette même démarche avait déjà eu lieu en 2010 avec un guide agrotouristique sur le territoire du Coiron.
TÉMOIGNAGE SANDRA, HIER BÉNÉFICIAIRE RSA, AUJOURD’HUI CHAUFFEUR POIDS LOURD A 26 ans, Sandra * travaille comme chauffeur poids lourd. Une qualification qu’elle a obtenue pendant le temps où elle était au RSA, épaulée par les équipes du Conseil général. Tranquillement assise sur un fauteuil d’une salle de réunion du CMS de La Voulte-sur-Rhône, elle est calme, posée, paisible. Cela n’a pas toujours été le cas. Un an et demi plus tôt, elle se tient dans ce même bureau, pleine de rage et d’impatience, remplie de déception et d’échecs en série, persuadée que plus rien de bon ne pouvait sortir d’un contact avec une institution. Elle a un projet, sait depuis longtemps ce qu’elle veut faire mais personne n’a cru en elle jusqu’alors. D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours voulu devenir chauffeur poids lourd. Elle avait commencé un BTS logistique transport mais cela l’année où le permis n’est plus inclus dans la formation. Elle abandonne en deuxième année et toque à toutes les portes pour se faire financer son permis. Là, ce sont des murs d’incompréhension qui se dressent devant elle : « On m’a dit que ce n’était pas un métier pour moi, que l’on ne me financerait pas, qu’il fallait que je change de projet ». Pendant un temps, elle accumule les petits boulots. Mariée avec un enfant à charge, elle entre dans le dispositif du RSA et le vit comme un échec : « J’étais jeune, capable et j’étais assistée ! Je ne me sentais pas bien d’être à la maison, je voulais terminer ce que j’avais en tête depuis toujours, m’accomplir enfin moi-même, et personne –à part mon mari qui m’a toujours soutenue– ne voulait m’aider. » « Vous ne servez à rien ! » Elle attaque donc ce premier rendez-vous avec Willy Jaurès, accompagnateur emploi, en partant du principe que c’est inutile. « Vous ne servez à rien », lui lance-t-elle en guise de préambule. « Vous ne me connaissez pas, lui rétorque Willy Jaurès. Une relation, cela se construit et votre premier problème, c’est la manière de traiter une personne. » Le ton monte, il menace de la mettre à la porte et de revenir quand elle sera dans un autre état d’esprit. « J’avais besoin que l’on me parle comme ça, se souvient Sandra, que l’on me rappelle qu’il faut s’adresser à une personne et non à une fonction. » Après quelques entretiens très rapprochés, la confiance se noue. Sandra est impatiente. Trop. Elle a un rapport au temps atypique, voudrait que tout soit déjà fini. Si le matin, Willy Jaurès lui demande des documents, elle les lui pose le soir même dans la boîte aux lettres, l’appelle le lendemain matin à la première heure pour savoir s’il les a eus… Sandra retrouve un second souffle : « J’avais enfin quelqu’un qui croyait en moi, qui me cadrait pour effectuer les démarches et qui m’apprenait à laisser le temps au temps. » Sandra passe le permis C pour conduire les 32 tonnes, le réussit, attaque la FIMO, une formation obligatoire pour le transport routier de marchandises, enchaîne sur le permis EC pour les véhicules de 44 tonnes. Les frais de formation dépassent le plafond alloué pour un allocataire du RSA. Willy Jaurès lui obtient une dérogation : « Nous avions une personne extrêmement motivée, qui prenait en charge tous ses frais annexes de formation, avec un emploi assuré à la clef et pratiquement aucun risque pour qu’elle revienne au RSA ». Un CDI à la clef Elle commence son premier emploi en CDD en mars, un an après ce premier entretien. Elle résume, lapidaire : « Sans Willy Jaurès, je ne l’aurais jamais fait et… je ne suis pas sûre qu’il s’en rende compte ! » Sans fausse modestie, l’accompagnateur emploi s’en défend. « L’important, c’est le parcours que nous avons construit ensemble, étape par étape. A part ça, moi, je n’ai quasiment rien fait : tous les déplacements et tous les examens, c’est elle qui les a faits et les a passés, pas moi ! » Pour lui, l’essentiel réside dans la démarche mise en place et le chemin parcouru : « Si je n’avais regardé que ses capacités à un moment donné, j’aurais vu quoi ? Elle n’avait pas le permis poids lourd, pas de formation, pas de promesses d’embauche, pas de financement possible pour l’ensemble ! Et rien n’aurait été fait. » Mais l’accompagnateur emploi a préféré regarder le potentiel de la jeune femme et l’aider à le développer. Désormais, même en cas de coup dur, Willy Jaurès est persuadé que Sandra ne reviendra pas au RSA : « Pas parce qu’elle a un diplôme mais parce qu’elle sait maintenant comment on travaille un projet et qu’elle a développé des ressources pour s’adapter à toutes les situations ». Sandra travaille désormais comme chauffeur poids lourd. Avec un CDI en poche et une nouvelle vie devant elle. * à sa demande, le prénom a été changé « On m’a dit que ce n’était pas un métier pour moi, que l’on ne me financerait pas, qu’il fallait que je change de projet » Matthieu Dupont hiver 2011-2012 - n°50 - - 13



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