[02] l'Aisne n°203 jui/aoû 2014
[02] l'Aisne n°203 jui/aoû 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°203 de jui/aoû 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général de l'Aisne

  • Format : (190 x 280) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 4,5 Mo

  • Dans ce numéro : festival Un Été dans l'Aisne.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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histoire Etreux Plomion Tavaux-et- Ponséricourt Il y a 70 ans, 3 mois après le Débarquement allié, l’Aisne était libérée. Au nord du département cette victoire fut toutefois entachée par des événements tragiques. A Tavaux, Plomion et Etreux, les maisons sont incendiées, des civils sont violentés et exécutés. Cet été, une exposition commémorative est présentée en l’église de Pontséricourt, futur mémorial des villages martyrs de l’Aisne. "Un été de sang Quelques heures avant la Libération, la colère des Allemands s’est abattue sur Tavaux, Plomion et Etreux. Le Monument de Plomion. Suite au Débarquement, les Alliés ont progressé en vue de repousser les Allemands vers la Belgique. Pour les soutenir, les FFI donnèrent l’ordre aux Résistants de freiner les Allemands. Dans le nord de l’Aisne, les accrochages furent nombreux et les représailles envers les civils sanglantes. Deux armées américaines ont traversé le département : le VII e corps d’armée du Gal Collins qui a libéré Château-Thierry (27/28 août), Soissons (29 août), Laon (30 août) et Vervins (1er septembre) ; et le V e corps d’armée du Gal Gerow qui a délivré Chauny, Tergnier et Saint-Quentin (2 septembre) puis Bohain (4 septembre). Au nord du département, la Libération eut un goût amer... Trois villages dévastés Le 30 août - alors que Laon est délivrée - des accrochages se produisent entre des SS et des Résistants à Tavaux : ces derniers veulent empêcher les Allemands de dynamiter un pont à Saint-Pierremont. Des échanges de tirs font un mort dans chaque camp. La population craint des représailles. A 14 heures, les SS débarquent en nombre : les maisons sont incendiées, des civils sont arrêtés, d’autres massacrés. Des villageois sont tirés à vue, des enfants et des anciens sont abattus froidement d’une balle dans la tête. Vingt civils, vingt vieillards et enfants ont été massacrés, 86 maisons et fermes ont été détruites. Les Allemands n’ayant pas franchi la Serre, Pontséricourt a été épargné. Le lendemain le village est libéré par 300 Résistants arrivant des alentours. A Plomion, le 31 août, des jeunes villageois tirent sur une colonne allemande déclenchant la fureur des soldats : l’ordre est donné de prendre 20 otages et de brûler le village. 36 maisons sont incendiées et 14 Plomionnais de 16 à 73 ans sont fusillés. D’après les témoignages recueillis, les victimes ont été abattues par groupe de 3 d’une première rafale dans les jambes, puis d’une seconde en plein corps. Les soldats se sont ensuite acharnés sur les malheureux. Les corps sont découverts le lendemain. Le village meurtri dresse une chapelle ardente dans l’école pour pleurer ses victimes. Par la suite, un imposant monument sera érigé en mémoire des fusillés. Chaque année, les habitants s’y réunissent pour se souvenir. A Etreux, le 1er septembre, des Résistants attaquent des camions allemands, route de La Neuville-les- Dorengt. Le 2 septembre les accrochages se multiplient et un chauffeur allemand est tué. Les forces 30 Aisne mag 203 - Juillet/Août 2014
et de larmes" histoire allemandes reviennent alors pour boucler le hameau du Gard. Les soldats veulent se venger et visitent les maisons une à une : les fenêtres et portes sont brisées, les hommes sont exécutés devant chez eux, face aux femmes et enfants terrorisés. Ces derniers sont rassemblés dans le champ des otages, puis libérés lorsque les Allemands s’enfuient à l’annonce de l’arrivée des Alliés. Au hameau de La Junière, 9 otages sont emmenés dans la cour de la ferme Boulanger pour être fusillés. Certains parviendront à s’échapper. En ce jour funeste, Saint-Quentin et Chauny sont libérées. A Etreux, 36 habitants sont tués, 25 maisons sont détruites. Pour ne pas oublier Encore trop peu d’Axonais ont connaissance des événements tragiques s’étant déroulés au moment de la Libération de l’Aisne. Et pourtant Tavaux, Plomion et Etreux font partie des villages martyrs, au même titre qu’Oradour-sur-Glane. La population y a été meurtrie dans sa chair : 70 ans après, le souvenir de ces journées fait encore trembler les aînés. D’où la volonté de constituer un mémorial pour que les Axonais n’oublient jamais. Le mémorial des villages martyrs de l’Aisne sera installé dans l’église de Pontséricourt. Cet édifice, qui date des XII e et XVI e siècles, fut sauvé de la destruction dans les années 80 par Pierre Pottier, Président de l’Association de sauvegarde du Fort de Condé. En 2005 ce grand défenseur du patrimoine axonais s’associe avec Daniel Chapelet, ancien Résistant, et Alain Nice, historien, en vue d’engager un travail de mémoire autour des villages martyrs de l’Aisne. L’AMDVMA (Association pour un mémorial départemental des villages martyrs de l’Aisne) est constituée en 2008. Présidée par Alain Nice, elle compte aujourd’hui 80 adhérents. Les premiers travaux de restauration de l’intérieur de l’église – qui était désaffectée depuis 50 ans - ont été réalisés de septembre 2013 à mai 2014. 50 000 E ont été investis par le Conseil général, 6 000 E par l’Association et 3 000 E par la commune. Un gros travail reste à faire pour ouvrir le mémorial : aménagement d’un espace accueil-boutique, installation d’espaces consacrés à chaque village (avec des panneaux, des vitrines, des plans maquettes, des plaques en hommage aux victimes…), réfection de la toiture, création de sanitaires... Page Facebook Aisne 1944 Mémorial de Tavaux Une exposition en préfiguration du mémorial En 1944 la France se libérait. 70 ans après, et en préfiguration de ce que pourrait être le futur mémorial, une exposition labellisée « 70 e anniversaire de la Libération » a été installée en juin dans l’église de Pontséricourt. Composée de 32 panneaux grand format, cette exposition retrace la chronologie des événements dans chaque village, documents d’archives à l’appui (photos des destructions, portraits des victimes…). « Il reste tout un travail à faire autour des drames survenus dans l’Aisne au moment de la Libération. Il était temps d’enregistrer les témoignages des survivants de ces massacres » souligne Alain Nice, Président de l’AMDVMA. Deux documentaires ont été réalisés sur les villages d’Etreux et de Plomion et seront diffusés en boucle durant l’exposition. Ils sont basés sur les témoignages poignants de villageois ayant connu l’horreur : violences, destructions, massacres. Ces documentaires, qui s’appuient également sur des scènes de reconstitution, des images et photos anciennes, seront dans l’avenir en vente au mémorial. Un troisième est en cours de finalisation sur le drame de Tavaux. « Il est plus complexe à réaliser car nous disposons de peu de témoignages. » Ces documentaires mettent en avant la parole des derniers témoins, des récits bouleversants. A l’image de celui de Serge Adiasse, l’un des rescapés du massacre d’Etreux. Il faisait partie des 9 hommes capturés pour être fusillés. Ce tout jeune homme a eu la vie sauve en « faisant le mort ». Touché par plusieurs balles, il a cru mourir. Autour de lui ses amis tombaient un à un, encerclés par les bâtiments en flammes. Un récit qui vous prend à la gorge… L’exposition « Un été de sang et de larmes » est ouverte gratuitement jusqu’au 7 septembre chaque samedi et dimanche de 14h30 à 18h30. Aisne mag 203 - Juillet/Août 2014 31



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