[02] l'Aisne n°200 jan/fév 2014
[02] l'Aisne n°200 jan/fév 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°200 de jan/fév 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général de l'Aisne

  • Format : (190 x 260) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 5,3 Mo

  • Dans ce numéro : bois énergie, un dossier brûlant.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 12 - 13  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
12 13
l'interview Naomi Baki, une réfugiée de guerre en quête d’une vie meilleure 12 Aisne mag 200 - Janvier/Février 2014
l'interview Arrivées sans papiers en France en 2011, Naomi Baki et sa fille Caroline ont depuis trouvé asile dans le département de l’Aisne. Réfugiée soudanaise, Naomi raconte son calvaire dans un livre : la guerre, les meurtres, les abus sexuels, la condition d’immigrées sans papiers… Du Soudan à la Grèce, Naomi, 28 ans, a fui dix ans avant de poser ses valises à Soissons où elle a intégré un chantier d’insertion. Elle se reconstruit pas à pas avec un seul objectif : offrir une vie meilleure à sa petite Caroline. L’Aisne : quels événements vous ont poussée à fuir votre pays en 1999 ? Naomi Baki : nous connaissons la guerre depuis de nombreuses années dans le sud du Soudan. C’est une situation difficile. Quand j’ai eu six ans, mon père a été fait prisonnier. Il est décédé en prison. J’ai fui durant les bombardements. A 14 ans, je me suis retrouvée seule. L’A : vous parlez dans votre livre d’une longue période d’errance. Quel fut votre parcours durant dix ans avant votre arrivée en France ? Naomi : un Congolais m’a emmenée avec lui, il disait qu’il m’aiderait à retrouver ma mère et mes frères et sœurs. J’ai eu confiance en lui. Ce fut une période très difficile de ma vie, j’ai été maltraitée, violée, humiliée. J’ai subi des violences comme des brûlures de cigarettes. C’était un homme méchant. Nous sommes allés en Arabie Saoudite, au Yémen puis en Syrie. Il n’a jamais recherché mes proches. Il m’a fait changer de nom et de religion car il était musulman. Finalement je suis tombée enceinte et c’était un problème pour lui. A la naissance de ma fille, en 2001, il m’a abandonnée. Avec l’aide de passeurs, je suis allée en Turquie à pied, avec ma fille sur le dos, puis en Grèce. Nous avons fait ce long voyage sans aucun papier, le Congolais m’avait tout pris. L’A : Arrivée en Europe votre calvaire était-il fini ? Naomi : non, nous avons été emmenées en centre de rétention. Nous y sommes restées trois mois jusqu’à ce que mon bébé tombe malade. Le centre était sale, il y avait beaucoup d’humidité. Nous avons ensuite été libérées et avons rejoint Thessalonique. Je n’arrivais pas à obtenir de papiers et pour travailler dans les bars je devais laisser ma fille seule la nuit. Une femme, directrice d’un orphelinat, m’a proposé de garder ma fille. J’étais contente puis j’ai compris qu’elle voulait la garder pour elle, j’avais peur car je n’avais pas d’argent alors que cette personne avait une situation. Mes amis ont réuni de l’argent pour que l’on puisse passer en France. Je me suis à nouveau enfuie. L’A : que devient une jeune réfugiée arrivée en France illégalement ? Naomi : nous sommes arrivées en 2011 sans papiers. Je ne connaissais personne. A la gare du Nord, j’ai abordé une Congolaise. Elle nous a hébergées puis nous a aidées dans nos démarches. Elle m’a conseillé de m’installer à Soissons. Le 115 m’a trouvé un hébergement d’urgence à Tergnier. Ensuite nous sommes restées au foyer AMSAM à Anizy le Château le temps de faire nos demandes d’asile. Caroline a alors été acceptée à l’école, j’étais très heureuse. Six mois plus tard on nous accordait l’asile pour 10 ans. Nous nous sommes ensuite installées à Soissons car c’est plus facile pour me déplacer, faire des démarches, et prendre des cours de français. L’A : qu’est-ce que vous a apporté votre entrée dans un chantier d’insertion ? Naomi : le chantier m’a aidée à devenir indépendante et à me former. J’ai une aide pour passer le permis, je suis active et j’apprends beaucoup de choses. J’ai fait deux années en chantier espaces verts au sein de l’Association Emplois et Services. Exceptionnellement mon contrat a été renouvelé 4 fois, le temps d’apprendre le français, de rechercher un logement et de bénéficier d’une formation d’hôtesse d’accueil. Ils ont vu que j’étais très motivée ! Au début cela n’a pas été facile. Je ne parlais pas français du tout et j’ai fait face aux moqueries de mes collègues. Ce n’était pas facile à vivre mais j’ai choisi de me concentrer sur mon travail. L’A : comment êtes-vous parvenue à garder l’espoir après tant d’années de souffrance ? Naomi : mes parents étaient très croyants. Durant la guerre je me suis souvent demandé si Dieu existait, pourquoi il m’avait abandonnée. J’ai vu des choses vraiment horribles. Ailleurs je savais que les gens vivaient heureux, le problème c’était la guerre il fallait partir. En Grèce, j’ai connu la dépression. Je recherchais une raison de vivre : je ne savais pas si ma mère était en vie, ni mes frères et sœurs. Je me disais que la mort était préférable. Les Grecs rejetaient les immigrés, ma fille n’aurait jamais été acceptée. Soissons Aisne mag 200 - Janvier/Février 2014 13



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :