[02] l'Aisne n°167 jui/aoû 2008
[02] l'Aisne n°167 jui/aoû 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°167 de jui/aoû 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général de l'Aisne

  • Format : (230 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 3,0 Mo

  • Dans ce numéro : des mains pour soigner les chevaux (portrait).

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Saint-Quentin Parcours Le boulanger saint-quentinois quittera la France pour la Chine à la fin de l’année. 8 février 1971 : naissance à Cambrai (Nord) 1985 à 1987 : apprentissage à Villers- Outréaux chez un vieux boulanger qui travaillait à l’ancienne. 1987 à 1994 : travaille à l’étranger, en Europe et aux Etats-Unis. 1994 : retour en France à Ribemont dans l’Aisne. 2000 : ouvre une boulangerie biologique "Le four à bois" à Saint-Quentin. 2001 : mariage avec Françoise 2008 : lancement des formations en boulangerie artisanale à Canton en Chine. 2009 : départ pour la Chine. 10 l’entretien L’Aisne : pourquoi avez-vous choisi de vous expatrier en Chine ? Pourquoi ce pays ? Jérôme Bruet : parce que je partage la même philosophie de vie que son peuple. Depuis des millénaires, les Chinois recherchent en tout la qualité et le naturel y compris dans l’alimentation. La santé, le bien-être et l’alimentation chez eux sont étroitement liés. Je me suis rendu trois fois en Chine ces deux dernières années, à Pékin, Hong Kong et à Canton pour faire connaître ma méthode de fabrication du pain à l’ancienne par le biais notamment de séminaires d’entrepreneurs. Mes produits et la passion de mon métier ont séduit. J’ai vite réalisé les opportunités de marché à saisir. Là-bas, j’ai beaucoup plus de chances de voir pérenniser mon métier artisanal de plus en plus menacé en France face au développement de la production indus- l'Aisne 167 - Juillet/Août 2008 Mes projets ont suscité beaucoup d’intérêt mais ont aussi été qualifiés de complètement fous. nes choses, un peu plus chères. Je le vérifie dans ma boulangerie à Saint-Quentin. Mes clients sont des gens qui ont un peu plus de moyens. Il suffit qu’une partie de cette clientèle parte en vacances et c’est tout de suite plus calme dans la boutique. Mon Jérôme Brue Jérôme Bruet, 37 ans, artisan boulanger de Saint-Quentin, s’exporte avec son savoir-faire. Il s’apprête à s’installer définitivement en Chine, pays décrié pour son régime politique, mais marché en pleine expansion. trielle. Je regrette de voir les consommateurs français courir de plus en plus après le produit discount, la faute à un pouvoir d’achat toujours en baisse. Cette situation leur fait perdre peu à peu le goût des bonépouse, Françoise, tient également une boulangerie bio à Ribemont. Pour maintenir notre activité artisanale, nous assurons plusieurs marchés par semaine dans l’Aisne et quelques grandes villes du Nord jusqu’en Belgique. D’ici quelques années, un grand nombre de boulangeries artisanales comme les nôtres vont disparaître. Au même titre que le métier de maréchal-ferrant par exemple, nos professions seront reconnues à titre posthume. Alors, je préfère anticiper et aller m’installer en Asie pour continuer à transmettre notre savoir-faire français très prisé là-bas. L’A : quels sont vos projets en Chine ? J.B. : j’en ai plein ! Tout est à faire là-bas ! Actuellement, je travaille sur trois princi-
t et la Chine : une histoire de baguettes paux projets : proposer de la formation en boulangerie, créer une boutique de pain bio et fonder un Groupement d’intérêt général économique équitable (GIE). La formation professionnelle est quasiment inexistante en Chine. Les centres de formation des apprentis n’existent pas. Lors d’un de mes séjours, j’ai pris contact avec l’une des rares écoles hôtelières du territoire qui se situe à Canton pour proposer aux élèves une option boulangerie artisanale. Il s’agit plus précisément de former les salariés d’une grande chaîne hôtelière chinoise qui privilégie un service à l’européenne. Le second projet consiste à créer une boulangerie dans le tout premier « green building » qui s’ouvrira en 2009 à Pékin. Ces « green buildings » sont des grandes surfaces entièrement dédiées à l’alimentation biologique et écologique. Ces centres sont initiés par une enseigne de la grande distribution, très présente làbas. A terme, mon objectif est d’implanter une boulangerie dans tous les autres « green buildings » qui s’ouvriront. Un autre projet déjà bien avancé concerne la création d’un groupement d’intérêt économique équitable dans la province de Yan Taï. Je compte travailler autant que possible avec la population locale. J’ai déjà trouvé un meunier et plusieurs agriculteurs pour cultiver les blés nécessaires à ma production de pain. Le but étant d’être le plus autonome sur place. En revanche, je tiens à importer des semences de France. Je ferai appel aux agriculteurs de l’Aisne, je souhaite promouvoir notre blé qui est de qualité. Ce projet de GIE Je ferai appel aux agriculteurs de l’Aisne. me tient à cœur depuis longtemps mais il était impossible à concrétiser en France à cause notamment des lourdeurs administratives. Et puis surtout, pour beaucoup, cela représente un bond en arrière de 50 ans. Ce système de production n’est pas intéressant économiquement parlant. Moi, je ne suis pas focalisé sur le chiffre. Je veux produire peu mais du bon. L’A : votre démarche est plutôt atypique. Comment est-elle perçue par vos interlocuteurs ? J.B. : en France comme en Chine mes projets ont suscité beaucoup d’intérêt et de curiosité. C’est vrai aussi qu’ils ont été qualifiés de complètement fous. Si fous « qu’il faut absolument l’aider », a même lancé un jour un conseiller de la Chambre de commerce de l’Aisne à Saint-Quentin. Les médias régionaux et nationaux suivent de près l’évolution de mes démarches. J’ai fait l’objet de plusieurs reportages pour des chaînes de TV françaises mais aussi chinoises. En novembre 2007, j’ai été sollicité pour participer au voyage économique du Président de la République en Chine. J’ai accepté. Moi, le petit artisan, je me suis retrouvé à représenter la France au beau milieu d’une délégation composée de grands patrons de groupes comme Total, Danone, Boeing. L’A : vous plaquez tout pour vous installer définitivement en Chine avec votre épouse à la fin de l’année. Vous ne craignez pas d’avoir le mal du pays ? J.B. : non, j’ai toujours beaucoup voyagé. Dès l’âge de 17 ans, mon diplôme de bou- langer en poche, j’ai dû partir travailler en Allemagne pour subvenir aux besoins de ma famille après le décès prématuré de ma mère. A l’époque, en Allemagne, je gagnais l’équivalent de deux fois mon salaire en France. Cela a duré 2 ans. Après quoi, j’ai entamé un compagnonnage dans toute l’Europe et aux Etats-Unis jusqu’à l’âge de 24 ans. Je me suis imprégné des spécialités boulangères et pâtissières des différents pays, la Belgique, l’Espagne, la Suède, le Canada… J’ai terminé mes pérégrinations en travaillant une saison pour une compagnie de croisière de Miami. Je suis rentré en France en 1994 et j’ai posé mes valises à Ribemont où j’ai rencontré ma femme qui tenait une boulangerie bio. C’est elle qui m’a définitivement converti au pain biologique. L’A : vous attendez la fin des Jeux olympiques pour partir. Les relations entre la France et la Chine sont plutôt tendues en ce moment. Vous même, sur place, en avez-vous fait les frais ? J.B. : oui, la situation n’est pas simple. Le déroulement des JO ralentit effectivement la mise en œuvre de mes projets. Sur place, je sens parfois une distance avec certaines personnes. J’ai déjà vu des Chinois cracher devant des Français. Ce que j’en pense ? Que c’est hypocrite de penser à boycotter la cérémonie officielle des JO. Il est bien temps de l’envisager maintenant ! C’est au moment de la candidature de Pékin qu’il fallait se positionner ! Seulement, c’est une histoire de gros sous. Un grand nombre de grosses entreprises françaises vivent grâce à la Chine. Concernant les Droits de l’Homme, chaque pays a sa propre évolution et les mentalités en Chine sont celles de la France il y a 50 ans. Jérôme Bruet propose 18 variétés de pains biologiques. l'Aisne 167 - Juillet/Août 2008



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