[02] l'Aisne n°166 mai/jun 2008
[02] l'Aisne n°166 mai/jun 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°166 de mai/jun 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Conseil Général de l'Aisne

  • Format : (230 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : la pub de l'Aisne dans le Center Parcs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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La scolarisation des enfants handicapés est au centre des préoccupations de Jean-Michel Wavelet. Parcours 1957 : naissance à Soissons. 1972 : entrée à l’école normale d’instituteur. 1981 : licence de philosophie. De 1986 de 1991 : inspecteur des écoles maternelles de Soissons et des écoles primaires de Braine, Fère en Tardenois et Vailly sur Aisne. De 1991 à 1995 : inspecteur des écoles de Cuffies, Vailly sur Aisne, Fère en Tardenois, Anizy le Château et Belleu. 1987, 1989, 1991 et & 1995 : naissances de ses enfants. De 1995 à 2003 : se spécialise dans la scolarisation des élèves handicapés à l’échelon du département de l’Aisne. 1999 : première publication "Comment réussir l’épreuve de français". Depuis 2003 : inspecteur adjoint spécialisé dans la scolarisation des élèves handicapés auprès de l’académie de la Meuse à Bar le Duc. 10 l’entretien L’Aisne : que remettez-vous en question dans le système éducatif français actuel ? Jean-Michel Wavelet : son fonctionnement élitiste, son côté sélectif, qui a toujours été. L’histoire de l’école, c’est l’histoire de la sélection. Il faut impérativement arrêter de classer les élèves dans des catégories qui ne servent à rien comme les bons, les moyens, les faibles, si l’on veut lutter efficacement contre l’échec scolaire. Les « élèves en difficulté » n’existent pas. Chaque enfant est différent et a simplement besoin de méthodes d’ap- l'Aisne 166 - Mai/juin 2008 La mise en confiance, l’encouragement des élèves manque cruellement à notre système. Jean-Michel Wavelet : "l’éc prentissage adaptées pour développer des capacités qu’il ne peut développer au travers de situations et d’exercices purement scolaires. L’A : c’est à dire ? Soissons J-M. W. : l’école demande uniquement d’écouter et de restituer. Elle sollicite l’audition et la mémoire. Les élèves qui suivent sont ceux qui apprennent et retiennent leurs leçons. Ce système ne convient qu’à un certain profil d’élèves, les dociles, (doceo en latin qui a donné docte et docteur). Or, nous savons qu’il Vingt-trois ans consacrés à l’inspection de 3 000 classes et à l’observation de 60 000 élèves de maternelle et de primaire dans l’Aisne. Et un constat : les élèves en difficulté n’existent pas. Il n’y a que « des élèves extraordinaires dans une école ordinaire » et « des professeurs inadaptés face à la différence ». A 51 ans, Jean-Michel Wavelet, Soissonnais d’origine, est spécialisé dans la scolarisation des élèves handicapés, dans la Meuse. Philosophe et auteur, il met à profit son expérience professionnelle pour pointer dans ses ouvrages les dysfonctionnements du système éducatif français. Son dernier livre « Une école pour chacun » est paru aux éditions L’Harmattan. existe une dizaine d’autres profils d’apprenants dont certains peuvent être trop vite et mal jugés par les enseignants. Ces élèves exigent des trésors d’imagination et de créativité de la part des pédagogues pour développer leurs compétences. Parmi les profils d’apprenants, on trouve les littéraires, les matheux, les conceptuels pour qui le langage suffit à faire comprendre les choses. Ceux-là s’adaptent plutôt bien au système actuel. Mais il y aussi, les artistes et d’autres élèves qui ont besoin de se construire des représentations, besoin d’associer une idée à une image précise, concrète. D’autres enfants encore ne comprennent les choses qu’en les vivant. Ils ont besoin d’élaborer par eux-mêmes pour apprendre. L’école prétendument pour tous n’est tout simplement pas adaptée à chacun.
ole pour tous n’est pas adaptée à chacun" L’A : une école pour chacun est-elle vraiment possible ? J-M. W. : absolument. Quelques modèles existent déjà de façon éparse en France et plus généralement dans les pays scandinaves où les enfants ont une approche très concrète de l’apprentissage. En classe, ils ne se contentent pas d’écouter comme chez nous mais font beaucoup d’expérimentation, de travaux de recherche. Ils participent également à des moments de réflexion et de mise en confiance. Il s’agit d’ateliers où ils abordent sereinement ce qu’ils ne comprennent pas. C’est ce qu’il faudrait créer en France. La mise en confiance, l’encouragement des élèves manque cruellement à notre système. Cela me fait penser à une enquête internationale qui a révélé que les élèves français étaient mauvais. Ce qui n’est pas tout à fait juste quand on y regarde de plus près. En fait, lors des épreuves, il y a eu beaucoup de non réponse. La cause : les élèves français ont davantage peur que les autres de se tromper. Et comme ils ne répondent pas, on pense qu’ils n’ont pas les capacités. Cela tient essentiellement à notre mode d’enseignement où l’erreur n’a pas droit de cité. En France, se tromper, c’est faire une faute. Le pouvoir d’apprendre par l’erreur n’est pas du tout reconnu et intégré dans nos mentalités. Chez nous, l’erreur sert uniquement à juger et à classer. L’A : que faudrait-il revoir selon vous pour redonner à chacun le goût de l’école ? Cela demanderait-il plus de moyens ? J-M. W. : non, ce n’est pas du tout une question de moyens mais d’état d’esprit, de changement de mentalités. Je le répète, l’école doit d’abord renoncer à son modèle d’école qui classe. Qu’elle devienne vraiment une école républicaine, qu’elle fasse sa révolution interne. En premier lieu, la formation et le recrutement des enseignants sont vraiment à revoir, plutôt que de modifier sans arrêt les programmes ou recréer de nouveaux dispositifs, de nouvelles réformes comme nous le faisons aujourd’hui. Le vrai problème n’est pas là. Il est dans la manière d’appréhender les élèves. L’école normative recrute ses maîtres parmi les bons élèves, les dociles. Ces maîtres ne connaissent pas d’autres manières d’apprendre et de réussir que la leur. Résultat : ils aiment et ne savent enseigner qu’à des élèves qui savent apprendre. Beaucoup d’enseignants n’ont pas été confrontés à la difficulté. Quand ils se trouvent devant un élève qui est différent d’eux, que cet enfant ne comprend pas quelque chose, « ils ne comprennent pas pourquoi il ne comprend pas ». Le métier d’enseignant est avant tout un métier relationnel. La première étape pour exercer cette profession n’est pas d’atteindre BAC + 3 mais de développer une aptitude à la relation. La forme d’int elligence nécessaire pour enseigner est l’i n t e l l i g en c e psychologique à savoir la compréhension de la logique de l’autre. Tous les élèves sont dans un parcours d’apprentissage. Ils ne sont ni bons ni mauvais, ils doivent pouvoir progresser. C’est le rôle des enseignants de les y aider avant de les juger. L’A : vous gardez vous-même un mauvais souvenir de votre scolarité que vous avez entièrement effectuée dans l’Aisne ? J-M. W. : j’ai fait ma primaire à l’école de Belleu avant d’entrer au collège Charlemagne puis au lycée Paul Claudel à Laon. A 15 ans, je me suis orienté vers l’école normale d’instituteur pour me préparer au métier d’enseignant. Et c’est tout à fait vrai, toutes ces années, je me suis souvent ennuyé à l’école. Aujourd’hui encore, elle reste synonyme d’angoisse pour moi. Lorsque je rentre dans une classe pour l’inspecter, je ressens un malaise. Mis à part ma scolarité, je conserve un attachement très fort et d’excellents souvenirs de l’Aisne notamment de mon enfance chez ma grand-mère à Belleu où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 11 ans. La vie y était pourtant assez rude. Je me souviens du poêle à bois, des toilettes dehors mais aussi des parties de foot avec les copains. J’ai un souvenir marquant à 11 ans de mes parents, très impliqués syndicalement, qui défilaient dans les rues de Laon en mai 1968. L’été, alors que tout le monde descendait dans le sud, nous, nous restions dans l’Aisne. Nous passions toutes nos vacances dans notre maison familiale, que nous avons toujours d’ailleurs, à Les Autels, une petite commune de Thiérache. « Je me souviens du poele ˆ à bois, des toilettes dehors, des parties de foot ». Jean-Michel Wavelet, chez lui à Laheycourt, près de Bar le Duc où il travaille depuis 3 ans. l'Aisne 166 - Mai/juin 2008



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